Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

Rapport de soutenance de la thèse de Doctorat en Sciences de l'Éducation de Monsieur Valentin Schaepelynck (2)

 

Prenant ensuite la parole en tant que directeur de recherche, Remi Hess dit sa satisfaction de voir arriver à soutenance cette thèse de Valentin Schaepelynck. En effet, ce moment de soutenance s’inscrit dans un mouvement de recherche de l’impétrant sur l’analyse institutionnelle qui remonte à loin. R. Hess dit connaître Valentin Schaepelynck depuis plus de quinze années, celui-ci ayant partagé les années de lycée et d’études de philosophie de Charlotte Hess, sa fille. L’amitié de Valentin et Charlotte a d’ailleurs été, très tôt, singulièrement productive. Ensemble, ils ont animé Zones d’attraction, une émission de philosophie régulière sur Radio libertaire, émission dans laquelle R. Hess fut invité à la suite d’Alain Badiou, Jacques Rancière et beaucoup d’autres philosophes ou penseurs critiques contemporains français ou étrangers comme Toni Negri ou Judith Butler. Ensemble, ils ont travaillé à l’organisation des « évadés du bocal », un festival alternatif sur les conditions de la folie. Dans ce cadre, ils ont exploré la psychothérapie institutionnelle, mais aussi la pédagogie institutionnelle, invitant des praticiens à se confronter aux théoriciens de ces mouvements. Ensemble, ils ont aussi produit sur ce thème pour France-Culture…

 

Les échanges intellectuels entre Remi Hess et Valentin Schaepelynck furent donc d’abord informels. R. Hess appréciait que Valentin soit germaniste, et qu’à l’occasion de son DEA de philosophie, il ait traduit Ernst Cassirer. S’il a été étudiant à Nanterre, Valentin Schaepelynck étudiait principalement à Paris 8. On lui proposa de se faire recruter comme BIATOS à Paris 8 et d’assurer le secrétariat du conseil scientifique à l’époque du début de la vice-présidence d’Elisabeth Bautier. Ensuite, il travailla comme correcteur aux Presses universitaires de Vincennes, où il a laissé une image de grande efficacité.

 

Depuis le début des années 2000, Valentin était un lecteur assidu de G. Deleuze et F. Guattari, mais aussi de nombreux autres auteurs, notamment nord-américains. Parallèlement, il participait à de nombreuses activités du département des sciences de l’éducation de Paris 8. Il communiqua dans des colloques sur Henri Lefebvre, participa au colloque sur « Groupe, organisation, institution » en 2005, ou aux colloques sur G. Lapassade en 2008 et 2009. Il  a connu G. Althabe, compagnon de route des institutionnalistes vincennois ; de 2000 à 2008, il fréquentait G. Lapassade. Il suivait le travail de la revue d’AI : les IrrAIductibles.

 

En 2008, à la mort de G. Lapassade, se posait la question de l’après de l’analyse institutionnelle sur le terrain de l’université. Ce mouvement mondialement connu et qui avait tant stimulé de recherches aussi bien théoriques que pratiques en Europe, en Afrique, en Amérique latine, voire en Asie… aurait-il encore une place dans les sciences de l’éducation françaises ? C’est dans ce contexte que R. Hess proposa à Valentin de s’inscrire en thèse sous sa direction, pour explorer les relations entre le courant psychothérapique et le courant d’autogestion pédagogique universitaire de l’analyse institutionnelle qui avaient été à l’origine d’une dynamique productive, notamment à Paris 8 avec l’école de Vincennes. Ce dernier courant, avec sa composante sociologique d’intervention, était solidement implanté depuis 1973 en sciences de l’éducation. Après la thèse passionnante, mais très locale de Benouynès Bellagnech, il était nécessaire de produire un travail philosophique plus distancé sur ce courant de pensée. La formation transversale de Valentin Schaepelynck, son ancrage à la fois dans le groupe de la revue Chimères et celui des irrAIductibles (dont il devint rédacteur en chef à la suite de R. Hess) l’impliquaient d’une manière originale pour revisiter cette mouvance institutionnaliste. Refusant la ritournelle – comme aurait dit G. Lapassade (la ritournelle est le fait de répéter sans cesse la même histoire de notre mouvement) –,  Valentin Schaepelynck décida de revisiter, en érudit, les années fondatrices de ce courant. Le mémoire que présente aujourd’hui Valentin Schaepelynck, une fois édité, fera autorité dans notre école de pensée. Par ce travail, l’impétrant s’inscrit comme celui qui va reprendre le flambeau, après G. Lapassade, R. Lourau et aujourd’hui R. Hess lui-même.

 

Ce que R. Hess veut encore souligner, c’est que pendant les deux années où Valentin a été ATER dans le département, il a assuré des cours très appréciés des étudiants, dans lesquels il mettait à leur portée les résultats de son enquête qui ne fut pas seulement livresque, mais très concrète, allant sur différents terrains (la clinique de La Borde, par exemple), où il rassemblait des éléments d’information qu’il savait faire dialoguer avec ses lectures et son travail d’archives.

 

Pour R. Hess, ce chantier ouvert par Valentin Schaepelynck est un work in progress. Quand on a vécu les années 1960 comme acteur, on est stupéfait qu’un jeune né en 1978 puisse avoir acquis une telle maîtrise du contexte des débats de l’époque par l’érudition et l’enquête auprès des acteurs. Après cette thèse portant sur les années 1960, et donc sur la première génération d’institutionnalistes, il conviendra, pense R. Hess, de continuer avec les années 1970, qui correspondent au moment de l’internationalisation (traductions et interventions) du mouvement.

 

Durant tout le temps de l’écriture de sa thèse, Valentin Schaepelynck a été associé au programme de recherche franco-allemand sur « le moment interculturel dans les biographies », piloté par les universités de Francfort, Karlsruhe et Paris 8, dont les résultats ont été publiés en allemand et en français et présentés à Cologne cette année. Stefan Hessel, Alfred Grosser et la maire de Cologne ont participé à ce groupe de recherche… Valentin Schaepelynck est aussi branché sur le Portugal et est invité à participer au congrès mondial sur les groupes opératifs (Chili, août 2014) pour y représenter le courant français de l’analyse institutionnelle…

 

Le travail sur l’histoire des années 1970 sera facilité par le chantier de rangement et de classement des archives (14 m3) léguées par G. Lapassade à R. Hess et qui ont été déposées à Sainte Gemme, ferme champenoise dont la rénovation a permis l’accueil de groupes, travaillant dans une bibliothèque de 12 000 livres, et rassemblant les bibliothèques et archives de plusieurs pionniers de l’analyse institutionnelle. Avec Luca Paltrinieri et quelques autres, Valentin Schaepelynck a souvent été, aux beaux jours, un animateur de ce lieu. C’est lui qui va coordonner le dépouillement des archives Lapassade, avec un groupe de doctorants volontaires. Ces archives uniques permettront aussi de revisiter le moment de la création du centre expérimental de Vincennes, puis l’institutionnalisation de Paris 8 à Saint-Denis. La compétence de Valentin en matière d’édition permettra d’accélérer le programme de publication des inédits de G. Lapassade et de nombreux institutionnalistes.

 

Valentin Schaepelynck a la vocation de publier ce travail de thèse sous une forme ou sous une autre. Son rôle fédérateur entre plusieurs générations, entre plusieurs mouvances, entre plusieurs sensibilités intellectuelles et plusieurs disciplines, lui permet d’être chez lui en sciences de l’éducation, mais aussi de pouvoir intervenir en interface avec plusieurs disciplines. Cette riche transversalité apparaît d’ailleurs bien dans ce moment de soutenance, puisque parmi les 80 personnes qui assistent à la soutenance de cette thèse, on peut identifier les nombreuses communautés de référence de Valentin Schaepelynck : deux participants appartiennent à la génération des pionniers de l’analyse institutionnelle (Michel Lobrot et Anne Querrien), d’autres à la seconde génération comme Patrice Ville, Lucette Colin, Christiane Gillon, Catherine Sarrail (dans cette génération, Michel Blondeau a écrit pour dire qu’il aurait voulu être là, mais que son état de santé lui a interdit le voyage). Sont aussi présents de très nombreux représentants des nouvelles générations de l’analyse institutionnelle (Salvatore Panu, Sandrine Deulceux, Saädia Hatif, Déborah Gentès, Philippe Lenice, Camille Rabineau)… Il y a aussi le laboratoire Experice, représenté par des enseignants (Didier Moreau, Jean-Louis Le Grand, Nicole Blondeau, Martine Bodineau), mais aussi des doctorants ou post-doctorants (Katia Mendez, Anne Olivier, Laurence Gourdon, Léocadie Ngo Mbous)  ; des membres de l’équipe pédagogique de sciences de l’éducation de l’Institut d’enseignement à distance où a enseigné Valentin Schaepelynck (Swan Bellele, Anne-Claire Cormery, Bertrand Crépeau), plusieurs membres du séminaire d’épistémologie de Luca Paltrinieri à l’ENS où Valentin a présenté ses recherches sur Lapassade et Althusser… Le service de la recherche est représenté par Annick Clain qui fut la directrice administrative de Valentin. L’association Mordida est représentée par Véronique Dupont (elle précéda Valentin Schaepelynck au secrétariat du conseil scientifique de Paris 8)… Il y a aussi les membres de sa famille, ses amis… R. Hess sent, dans cette salle, le même climat de vie intellectuelle que le jour de la soutenance de thèse de Louis Althusser à Amiens, où il assistait en compagnie de G. Lapassade et Joseph Gabel…

 

R. Hess souhaite que Valentin Schapelynck puisse porter plus avant l’héritage de ces quarante années d’implication dans la recherche, d’intervention sociale et de pédagogie autogérée à Paris 8.

 

 

En conclusion, R. Hess dit son bonheur d’avoir pu partager avec Valentin ces cinq années intenses de recherche.

 

Http://lesanalyseurs.over-blog.org

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Je m'épuise depuis des années à faire admettre par la communauté scientifique que le concept d'institution est un concept durkheimien, relooké par le mouvement lapassadien... Il est malheureusement<br /> quasi impossible de se faire entendre dans ce monde théoriquement centré sur l'écoute de l'autre et où tout fonctionne comme dans une secte. J'ai aimé l'effort de Valentin pour éclairer un peu les<br /> choses.....
Répondre