Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Rapport de soutenance de la thèse de
Doctorat en Sciences de l'Éducation
de Monsieur Valentin Schaepelynck
Une critique en actes des institutions : émergence et résidus
de l’analyse institutionnelle dans les années 1960
Université Paris VIII Saint-Denis, mercredi 11 décembre 2013
(Laboratoire Experice, ED : Sciences sociales)
devant un jury composé de :
- M. Remi Hess, Professeur, Université Paris 8, directeur de recherche
- M. Régis Malet, Professeur, Université Bordeaux IV Montesquieu, rapporteur
- Mme Barbara Michel, Professeur, Université Pierre Mendès-France Grenoble 3
- M. Pascal Nicolas-le-Strat, MCF HDR, Université Montpellier III
- M. Jean-Yves Rochex, Professeur, Université Paris 8, Président du jury.
NB : Mme Gabrielle Weigand, Professeur, Université de Karlsruhe, rapporteur, souffrante, n’a pu participer à la soutenance, mais a envoyé un texte qui a été lu par le Président du jury et a été intégré au présent rapport.
Monsieur Valentin Schaepelynck présente son travail en un exposé synthétique, clair et précis. Cette thèse vise à saisir l’émergence de l’analyse institutionnelle (AI) dans les années 1960, non seulement en tant que courant ou mouvement de pensée, avec ses auteurs, ses concepts et ses ouvrages fondateurs, mais aussi et surtout en tant qu’elle se propose comme un mode particulier de problématisation critique des institutions. En effet, quand bien même elle est effectuée à l’aide d’intervenants extérieurs, l’analyse institutionnelle vise en réalité à favoriser la réappropriation de l’analyse de l’institution par ses protagonistes. De ce point de vue, on peut dire qu’elle vise une dé-spécialisation de l’analyse sociale, et parie sur l’intelligence et sur la disposition critique des acteurs sociaux. Comme indiqué dans le titre de ce travail, le type de critique institutionnel dans l’AI est une « critique en acte ». Cette expression implique notamment que la critique en question ne se déploie pas seulement dans la modalité d’une théorie critique des institutions, au sens d’une déconstruction informée et rationnelle des formes sociales établies ou des mécanismes de domination, mais d’une pensée qui ambitionnerait plutôt pour elle-même une performativité particulière, d’une pensée agissante, qui en quelque sorte relie l’intelligibilité des phénomènes sociaux à leur dérangement, à la déstabilisation de leurs routines instituées. Mais du coup, s’il y a critique en acte, saisir son projet suppose d’aller à la rencontre de toute une série de trames, de narrations, d’événements, qui relèvent pour une part davantage du spectacle vivant et des scènes du social que du livre et du silence de la bibliothèque.
Le caractère toujours ouvert de l’AI a conduit le candidat à s’inscrire dans la continuité du questionnement posé par G. Weigand s’interrogeant, à la fin des années 1980, sur l’existence ou non d’un paradigme de l’AI. Il a donc décidé de donner à voir et d’analyser l’émergence d’une problématisation particulière et critique des institutions, dont la pluralité d’approches était présente dès le début, dans les années 60. Il a donc choisi dans son titre, de souligner la pluralité de ces émergences, entre psychothérapie et pédagogie institutionnelles. Visant à dégager une approche conceptuelle de l’institution ou une contribution à une élaboration du concept d’institution, il fallait restituer ce moment des années 1960 comme un moment de croisement tout à fait singulier. Il s’agissait d’entrer plus précisément, et d’une manière socio-historique, dans la fabrique de l’analyse institutionnelle, dans celle de concepts comme ceux de goupe-sujet, d’analyseur ou d’instituant, qui semblent réfracter toujours non seulement une certaine logique et une dialectique des concepts mais aussi une certaine dialectique de la pratique. Dans une certaine mesure, le candidat a cherché à appliquer à l’AI ce que Dietrich Heiner, pour interpréter la première phase de l’idéalisme allemand, appelle une constellation philosophique, à savoir « un ensemble dense de personnes, idées, théories, problèmes ou documents en interaction les uns avec les autres », qui implique que seule « l’analyse de cet ensemble, et non celle de ses composantes isolées, rend possible la compréhension des effets philosophiques et du devenir philosophique de ces personnes, idées et théories ». En se concentrant sur les figures, en quelque sorte fondatrices, de F. Guattari et de G. Lapassade, il ne s’agissait pas de proposer une sorte de monographie de ces auteurs, mais de montrer de quelle manière ils ont été eux-mêmes les noms d’une interaction avec un certain contexte socio-historique dans lequel ils se trouvent inscrits et fortement impliqués.
C’est donc une interaction particulière entre théorie et pratique, entre concept et intervention clinique et entre clinique et implication politique, qu’il s’est agi de saisir. Cela signifie que dans cette traversée, les témoignages ont du être traités à égalité avec les écrits conceptuels, et que, du point de vue de l’analyse du corpus, il ne pouvait être traité de certains développements conceptuels sans en référer au récit d’une expérience, ce qui n’impliquait évidemment pas de prendre pour argent comptant les multiples narrations produites sur elle-même par l’AI et par ses protagonistes.
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