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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 10:16

Samedi 29 octobre, 14 h,

 

Ce matin, j’ai relu les épreuves du livre de Luca Paltrinieri, La Sanction scolaire, une approche socio-clinique, à paraitre chez Petra. C’est un livre remarquable. Il expose très clairement la différence entre règle et loi. Son chapitre sur le « groupe-sujet » est objectivement génial.

J’ai associé sur le fait que jeudi, j’ai mis à la porte de mon cours deux étudiants qui « bavardaient ». J’enseigne 6 heures d’affilée et je ne supporte pas que des gens viennent organiser, dans mon cours, un « salon » rival du mien, car, d’une certaine manière, mon cours est une sorte de salon où l’on vient pour participer à une méditation collective.

Je leur ai demandé de sortir. Ils ne bougeaient pas. Alors, j’ai commencé à remballer mes affaires et j’ai dit.

- Vous ne sortez pas ? Eh bien, c’est moi qui pars ! J’ai fait mes 40 ans. Je vais prendre ma retraite ! Adieu !

Surprise dans le groupe.

Finalement, les deux « délinquants » sortent. Je commente :

- Vous n’êtes pas obligés d’être présents à mes cours, mais si vous venez, j’exige de vous une présence à ce qui se fait ici !

Personne n’est contraint de suivre mes délires. A leur place, souvent, j’écrirai mon journal. Cela permet d’être sujet, mais sans déranger le prof !

Je suis conscient que peu de collègues peuvent avoir ma désinvolture de l’être. S’ils n’étaient pas sortis, je ne serai jamais revenu. C’est ainsi que l’on constitue des « groupes-sujet ».

J’adore mes étudiants. Je les aime. Je ne supporterai jamais que certains sabotent la beauté du moment pédagogique. J’attends de ce moment qu’il soit une transe, une hystérie ! Sinon, je pars. Je retourne dans mon atelier pour peindre. La « transe pédagogique », sinon rien ! Cela m’amuserait que mes étudiants lisent cela.

Ce qui rend insupportable une certaine manière de vivre le métier de prof, c’est que, pour gagner son salaire, l’enseignant soit obligé de faire un métier de gardien de prison. Experice ne sera jamais une prison ! C’est un espace où l’on vient pour jouir du plaisir d’être ensemble.

 

Remi Hess

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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commentaires

C
Il y a dans ce post quelque de la perte. Quelque chose qui ne permet plus de supporter l’évènement, une évènement qui passe par l’oral et non l’écrit. Une sorte de basculement entre l’écrit et la
parole. Entre l'amour du journal « A leur place souvent, j’écrirai mon journal, cela permet d’être sujet mais sans déranger le prof » et le rien, le rien de ceux qui n'écrivent pas. Je pense aux
agendas scolaires de collégiens que je suis en train de récupérer, d’archiver. Créatifs, remplis d’humour, sorte de journaux de résistance. Pourquoi écrire un journal ferait de celui qui perturbe
un cours, un être plus "sujet" qu'un autre ? Alors qu'il l'est autant en écrivant un journal qu’en parlant et discutant avec d'autres, et en se posant comme perturbateur ? N’est ce pas la même
façon de se mettre à l’écart du collectif ? Est-ce que écrire c’est la même chose que penser à, et parler de ? Je m’en pose des questions. Pourquoi soudain dans un cours un élève n’est plus
attentif au collectif, qu'est ce qu'ils avaient donc à se dire ces deux là ?. Moi qui aime tant écrire, je sais que le journal est un outil de résistance formidable, silencieux, ami, confident,
consolateur, intime, réparateur … Qui perd dans ce jeu, ceux qui sont sortis ou ceux qui ne sortiront pas ? Pourquoi donc choisir le bruit alors ... comme ces deux "délinquants".
Le journal lui est toujours là, physique mais pas vivant de respiration, il n’est pas de chair et pourtant il est la vie. C’est compliqué ce débat entre les lignes, mais aussi le débat collectif
oral, mais de là émerge la pensée de chacun. L’une se lit l’autre s’écoute.
Remi dans ce post nous parle de son désir que ses étudiants vivent « la transe pédagogique » comme lui, les mots d’amour et d'émotion y sont forts, "j’adore mes étudiants, j’aimerai, transe,
hsytérie" adieu, retraite, j’ai fait mes 40 ans je retourne peindre (Remi peignait-il à la naissance et avant la naissance) qu’est ce que je retour je me suis dit. Il écrit « Je retourne peindre
dans mon atelier ».
Quelle solitude finalement entre les mots écrits et la peinture, moi qui pratique les deux et qui ne suis pas une solitaire, je sais que ce sont des moments très seuls et en même temps bâtisseurs,
constructeurs et encore une fois consolateurs. Comme si ce n’est justement pas l’autre qui console, mais soi avec les ateliers, les chantiers que l’on mène à bien ou à mal, comme l’écriture d’un
livre ou l’achèvement d’un tableau. Ces naissances là, qui se renouvellent sans la dépendance de l’autre, sans dépendre de l’autre, comme pour la naissance d’un enfance l’autre est toujours là,
avec son pouvoir de ne pas nous l’offrir, nous faire devenir mère, père ou grand-mère et grand père. Le journal, ou la peinture (et d’autres créations qui engagent le corps et l’esprit) sont
sacrés, car elles sont à notre disposition sans se refuser à nous.

Dans ce post, je sens l’émotion des instants qui fondent, qui ne s’inscrivent nulle part, dans aucune mémoire. A part justement dans l’écrit et non dans la parole. Ce groupe perturbateur, n’est pas
dans le désir du prof. Ca a à voir avec justement la règle et la loi et la sanction de Luca, de la conférence de Luca. Quel cadre avons-nous pour maintenir ce désir de l’autre dans le possible
?
Quel désir avons-nous de l’autre ? Puisque même en étant perturbateurs, l’autre sera cité dans un post, il prendra plus d'importance que tous les autres élèves étudiants non perturbateurs. On
apprend dans ce post en effet « qu’ils sont sortis » ces deux « anti transe pédagogique », ils ont eu un instant le pouvoir de ne pas faire revenir le prof … l’abîme pédagogique, du découragement,
de la tristesse, de l’impuissance de la loi et de la règle sur certains.
Oral bien souvent supérieur à écrit, cet abîme qui rend chacun abîmé. Abîmé du désir de l’autre, du partage avec l’autre, du désir de l’autre. Ces étudiants, ces gens dans notre vie qui entrent «
chez nous » pour partager du « avec nous » et qui après être entrés de leur plein gré, en ressortent par effraction. C’est en cela je crois que ce découragement de Remi a à voir avec la perte, la
perte de l’autre, comme sujet désirant. C’est le désir qui est mis à mort, désir cruel "que l'autre m'écoute, partage, soit là, ait une présence", désir débouchant sur une déception aussi glacial
qu’une prison, dans laquelle bien sur la liberté seule est en jeu. Le prof se transforme en gardien alors pour préserver non pas son pouvoir, mais le désir du désir.
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