Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L’identité:question métaphysique (5)
Identité et subjectivité:
Le caractère métaphysique de la notion de l’identité nourrit sa tendance à la totalisation qui conduit à la réduction et à l’exclusion.
En effet, lorsque l’on évoque l’identité, on ajoute un attribut territorial, national, communautaire, religieux ou culturel. Ces attributs ont un point commun qui peut se résumer dans une sorte d’ensemble, lequel par définition est très difficile à délimiter. Ainsi, nous avons affaire plutôt à un magma de magmas, souvent constitué d’éléments disparates, qui peuvent avoir quelques points communs, mais qui peuvent être aussi différents les uns des autres par certains aspects: Qu’est-ce qui peut constituer l’identité culturelle d’un pays par exemple? Les arts, l’architecture, la musique, la langue, le cinéma, la poésie, les institutions culturelles, la danse, la gastronomie et on peut continuer indéfiniment à citer ce qui fait partie de «l’identité culturelle». Cependant, dès que l’on essaie d’approfondir le travail sur tel ou tel domaine cité, on aboutit nécessairement à des similitudes, à des points communs, à des rapprochements avec d’autres cultures. L’identité totale et unique se trouve ainsi brisée en mille morceaux renvoyant à d’autre cultures.
Par souci d’objectivité, de globalité, ou pour répondre à des impératifs pratiques, l’intellectuel au service de l’Etat, d’un groupe ou d’une classe sociale, ou l’idéologue bâtisseur de l’identité, tend à négliger la spécificité, l’individualité, la singularité, qu’il sacrifie sur l’autel du jugement global. Lorsqu’il se trouve contraint de s’expliquer ou de se justifier, ce dernier a recours à des exemples quantitatifs empruntés aux statistiques qui se prêtent à toutes les interprétations possibles et imaginables.
L’absence de la notion de l’individu, du singulier, de la personne et du sujet, dans le débat sur l’identité est révélateur de plusieurs failles dans la pensée. Certes, il est rare de trouver, parmi les prétendants à ériger la vérité identitaire, quelqu’un qui commence par une analyse, une sorte d’introspection sur lui-même avant de parler des autres ou au nom des autres. Pourquoi? La réponse peut paraître simple et pourtant sa mise en œuvre comporte le risque de voir l’édifice discursif sur l’identité s’écrouler. En effet, si l’on considère que tout individu est le produit d’au moins deux autres individus et que tout au long de sa vie, il est amené à rencontrer d’autres individus ou groupes, sans oublier les déplacements, les différents moments de sa vie, etc.; peut-il objectivement prétendre faire partie d’une identité unique. On peut en déduire que l’identité en soi ne peut exister et que par conséquent appartenir à une identité en niant toutes les autres est un non sens.
Né dans une petite ville au Maroc, j’ai très tôt parlé quatre langues : l’arabe, le dialecte, l’amazigh et le français; émigré de l’est de la France vers le centre du pays, d’une petite vers une grande ville, j’ai appartenu à des groupes très divers comme tout le monde. J’ai quitté mon pays de naissance pour la France et ai recommencé une autre vie avec tout ce que cela suppose de changement, d’adaptation, de difficultés à surmonter. Etudiant à Besançon, j’ai fait des rencontres avec des étudiants de nombreux pays. Dans la région parisienne, je continue à faire de nouvelles rencontres et elles me paraissent toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Mon histoire de vie, comme celle de tout un chacun, est tellement riche qu’il serait dérisoire de l’enfermer dans une identité. Toutes les appartenances se valent: ce n’est pas parce que j’écris en ce moment en français, que je méprise l’arabe, l’amazigh, ou l’anglais par exemple. Mon identité linguistique est multiple. Comme je peux appartenir à plusieurs groupes en même temps, mon identité ethnique est aussi multiple, etc.
Si l’identité doit exister, elle doit être ouverte à l’infini; ce qui laisse la liberté à l’individu, au sujet d’opérer des choix en fonction de sa vie, du plaisir, des sentiments, de la passion, de la création, de projet d’avenir. En niant ces dimensions essentielles dans la vie, la notion d’identité s’éloigne de la réalité et ne peut accéder à l’universalité.
Benyounès Bellagnech