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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Etienne est venu questionner le mouvement des gilets jaunes (1)

Etienne est venu questionner le mouvement des gilets jaunes

 

Dimanche 3 mars 2019 à 15h

Je vais développer mon argumentation autour de quatre thèmes:
– la montée de l’autoritarisme : interdictions de manifester, violences policières et intransigeance du pouvoir

– les champs de l’impuissance : violence, médias, syndicats et partis politiques
– les dangers confusion rouge brune et ses citoyennistes

– les solutions : occupations, educpop, horizontalité, patience et l’international

 

Généalogie

Lorsqu’il est question d’analyser le mouvement actuel dit des « gilets jaunes », on peut soit revenir aux premières révoltes médiévales contre l’impôt ou se concentrer sur le cas Macron et la levée de l’écran de fumée sur son « nouveau monde » inauguré en 2017 et fait de suppression de l’ISF, de taxe sur le gasoil, de vaisselle et de barbouzeries en tout genre.

2014
Je compte pour ma part remonter un peu plus et débuter mon analyse en 2014. En mars de cette année, le gouvernement de Jean Marc Ayrault, alors Premier ministre de Hollande, est contraint de démissionner suite à la terrible défaite des socialistes aux municipales. Cette défaite signe un désaveu terrible des électeurs suite aux deux années de pouvoir mou de Hollande. Il impose une remise en cause du parti et de son orientation. La question se pose : prendre un virage à gauche ou vers la droite (qui a pris de très nombreuses villes)? La réponse de Hollande est claire : il place Manuel Valls à Matignon puis, quelques mois plus tard, le jeune Emmanuel Macron à Bercy. Après avoir mise en avant la politique de l’offre en janvier (première version du ruissellement), au Mali, il transforme l’opération de sauvetage Serval en occupation permanente du territoire par l’armée française Barkhane ; à Paris, il interdit les manifestations de protestations qui font suite au bombardement de Gaza par l’armée israélienne – n’hésitant pas à collaborer avec des organisations d’extrêmes droites telles que la LDJ et à assimiler toute critique de la politique du gouvernement Netanyahou avec l’antisémitisme le plus crasse. Fin 2014, on aura droit à tout un cirque autour de Dieudonné, Valls se chargeant de faire la promotion du clown antisémite et de ses quenelles. J’y reviendrai.

2015
L’année commence avec un drame : les attentats de Charlie Hebdo. Sous couvert de défense de la laïcité, les vannes de l’islamophobie sont alors ouvertes. L’Etat se construit un ennemi intérieur : les musulmans, sommés de se désolidariser des djihadistes, de rejeter le port du voile et de se garder de critiquer la politique française en Afrique comme au Proche Orient.
Pendant qu’on apeure les gens avec l’Etat Islamique et ses rejetons, Macron tisse sa toile, le CICE continue d’alimenter les grosses boîtes ; à la télé, les derniers auteurs des Guignols de l’Info sont virés par Bolloré, qui condamne l’émission à une mort lente. Les attentats de novembre initient une séquence de radicalisation de l’État : mise en place de l’état d’urgence, interdiction de manifester durant la COP 21 et projet de déchéance de nationalité. Début 2016, la question sociale parait totalement étouffée et ce sont les thématiques d’extrême droite qui alimentent les médias.

2016
Le réveil vient de la jeunesse et des réseaux sociaux. En février, un projet de réforme du Code du travail fuite et, bien naturellement, une mobilisation s’engage. Ce sont les lycéens qui, sans attendre, engagent un mouvement de grève avec blocage des lycées et manifs plus ou moins spontanées. La réponse de l’état est violente et choque. Sur internet, une pétition lancée par un militante de gauche recueille plus d’un million de signatures = on peut y voir le signe que désormais, les français sont massivement connectés et considèrent internet comme un espace de mobilisation politique légitime.

Cette incursion d’internet dans les mobilisations est manifeste lors du mouvement de la loi travail qui, en quelques semaines, va s’accompagner du développement de nouvelles pratiques:

– Nuit Debout : l’inscription de la démocratie des places sur l’ensemble du territoire : horizontalisme, autonomie, refus de représentants, rejet des grands médias, manifestations spontanées et non déclarées.
– le cortège de tête : son rejet des centrales syndicales et des partis classiques, son aspiration au débordement, la construction d’une esthétique insurrectionnelle, notamment via le riot porn.

– le recours aux nouvelles technologies pour les discussions, la production et la diffusion d’images et de sons (notamment des violences policières) qui ont permis l’apparition d’automédias et de figures telles que Rémy Cuisine ou Nnoman.

– la popularisation d’écrits et de médias marqués très à gauche.
– la construction de solidarités et de collectifs qui, non tenus par le cadre associatif, ont été à la manoeuvre sur les places et les manifestations durant tout le printemps.

L’autre fait de 2016, c’est la mise en lumière des violences de l’État, incarnées par Valls et l’impunité accordée aux policiers durant le mouvement social (notamment dans les nombreuses attaques contre Nuit Debout place de la République) et surtout à l’occasion du meurtre d’Adama Traoré en juillet. On remarque que, contrairement aux précédents crimes policiers, la mort d’Adam Traoré a été suivie d’une mobilisation aussi bien en banlieue qu’à Paris et du soutien des forces qui s’étaient constituées/renforcées au printemps : signe d’une convergence à l’oeuvre. Un phénomène qui s’est confirmé à la suite de l’agression subie par Théo quelques mois plus tard.

2017
Il est difficile de dire à quel point Macron a fait mouche dans sa stratégie de campagne, basée sur l’organisation horizontale de groupes de discussion que certains pourraient voir comme inspirés du besoin exprimé dans les Nuit Debout. Le soutien de Bayrou, ainsi que les péripéties du PS et des LR ont largement contribué à sa prise de pouvoir. Ce qu’il faut retenir de 2017, ce sont les chiffres de l’abstention, notamment lors des législatives. Toute une partie de la population a clairement déserté le champ de la politique institutionnelle, pour des raisons très diverses.
Il reste un « monarque républicain » qui croit pouvoir bénéficier de la faiblesse des corps intermédiaires (partis, associations, élus, syndicats), de la solidité et de la loyauté des forces de l’ordre et de l’idiocratie ambiante infusée chaque jour par les mêmes médias qui ont porté sa candidature.

Les restes de 2016 sont pourtant bien vivants. La place de la République ne rassemble plus plusieurs milliers de personnes chaque jour depuis bien longtemps, mais elle continue d’accueillir chaque week-end quelques irréductibles de boutistes. Qu’il s’agisse du Front Social ou de Génération ingouvernable, les acteurs du printemps 2016 sont déterminés à maintenir la pression sur le pouvoir aussi bien sur le plan local que national. Ainsi, dès les premiers et seconds tours de l’élection présidentielle, le Front Social organise des manifestations sur des bases clairement politiques tout en marquant une volonté de développer une autonomie d’action vis-à-vis des centrales syndicales.

Et puis il y a aussi la ZAD de NDDL qui a permis de montrer que seul un engagement au long court sur un territoire bien identifié pouvait accoucher d’une victoire, aussi amère soit-elle.

(...)

Source : site Debout Education Populaire

https://educpopdebout.org/2019/03/10/etienne-est-venu-questionner-le-mouvements-des-gilets-jaunes/

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