Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Ma manière de voir
J'ai renoncé à la moitié de mes revenus pour prendre un mi-temps, pour pouvoir me consacrer à plein temps à cette recherche. Parfois, on m'a reprochée de devenir l'exemple de l'exploitation, un modèle pour une nouvelle forme d'aliénation !
Dans mon optique, j'étais à fond dans l'expérience. Je ne pensais pas à l'argent que je gagnais en travaillant. Je n'ai jamais travaillé pour gagner de l'argent. Je travaillais parce que j'étais passionnée par mon travail. Je gagnais de l'argent, mais étant investie totalement dans ma recherche, je n'avais pas de temps du tout pour consommer. J'ai conscience d'avoir été un contre-modèle pour les syndicats. Mon attitude permet à l'Etat de trouver des justifications pour ne pas créer de poste supplémentaire. Je faisais faire des économies à l'Etat, c'est évident. Il faut dire qu'à l'époque, j'écrivais mon habilitation. J'avais donc choisi de prendre du temps pour moi.
Ce mode de vie me permettait de prendre de la distance par rapport aux conflits que je percevais davantage sous l'angle écologique. Je ne me sentais jamais agressée, personnellement. Une grande partie des autres collègues était impliquée affectivement, car ils ne parvenaient pas à prendre de distance par rapport à leur quotidien professionnel. Souvent, pendant la durée de l'année scolaire, le moment du travail occupe tout le temps; et quand surviennent les vacances, on se défoule : on part, on se repose. Cette coupure entre travail et loisir n'organisait pas ma vie.
Le travail en équipe
Une chose que les collègues appréciaient dans ce projet, c'était le travail en équipe. Former des équipes permettait de renouveler le rapport au travail. L'Etat acceptait de payer une heure par semaine pour 3 ou 4 collègues par classe de surdoués, pour aider à la constitution d'équipes. C'était la première fois, dans l'histoire de l'éducation, que l'Etat payait des gens pour se réunir et discuter.
Nous avions ce budget pour 6 ans. Et pour les collègues impliqués dans cette expérience, il était évident que le travail en équipe était très supérieur au travail solitaire. Cette prise de conscience a favorisé la conception de projets communs : temps, espaces, contenus furent débattus. Sur le plan personnel, on a découvert que l'on n'était pas seul avec ses problèmes.
Partager avec d'autres les difficultés que l'on rencontre, en faire l'analyse, permet de sortir de son isolement : c'est plus intéressant. Cela permet de sortir de l'idée (très répandue en milieu enseignant) selon laquelle l'incompétence serait personnelle. Non, il y a des problèmes qui existent, qui doivent être réfléchis, en dehors de soi. L'équipe est là pour chercher des solutions. C'est un progrès pour dépasser la solitude traditionnelle des enseignants, et situer les problèmes à l'endroit où ils se posent: le groupe, l'organisation, l'institution, (et non: soi, ou la relation inter-individuelle, comme on a tendance à le vivre).
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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