Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L'autogestion à l'université
A l'université, un des points forts du terrain institutionnaliste, c'est une systématisation de l'appartenance de l'analyse institutionnelle aux sciences de l'éducation de l'université de Paris 8. Quand G. Lapassade a dirigé le département, il a organisé le département de manière à ce que le mardi toute la journée, on fasse 5 enseignements de 3 heures sur l'analyse institutionnelle, l'autogestion pédagogique, etc. Regrouper les cours sur toute une journée permettait aux étudiants salariés de suivre les enseignements en obtenant de leur employeur une seule journée de disponibilité. La plupart des collègues (R. Lourau, R. Hess, P. Ville, A. Savoye), venaient naturellement le mardi, et ils acceptaient l'idée de coordonner leurs enseignements. Le projet était de construire une journée continue. C'était en 1986. Cela a bien marché ; cependant l'équipe enseignante a rencontré un problème : les étudiants demandaient de faire des travaux pratiques.
A ce moment-là, des collègues institutionnalistes pensaient encore que le seul dispositif de travail de terrain de l'analyse institutionnelle était la socianalyse, analyse institutionnelle en situation d'intervention, faite à la demande d'un client. Il fallait donc trouver pour tous les étudiants (une centaine) des clients de la socianalyse (1). Des interventions se développèrent, mais c'était impossible de coordonner les interventions avec autant d'étudiants. Longtemps, la socianalyse avait été le grand rite d'initiation de l'analyse institutionnelle." La demande étudiante obligea à concevoir d'autres types d'intervention. Aujourd'hui, la socianalyse n'est plus qu'un rite parmi d'autres. L'ethnographie est aussi importante.
Croire au monopole du rite de la socianalyse fut une erreur, mais une erreur constitutive de notre école. La socianalyse, c'était faire du terrain à la demande d'un client. Cette forme d'intervention permit de visiter d'autres institutions, de les comprendre de l'intérieur, tout en étant de l'extérieur. Ce tourisme institutionnel comportait une dimension interculturelle : on voyait d'autres modèles de gestion, surtout quand ces interventions se développaient dans un autre pays.
Une nouvelle expérience d'autogestion pédagogique s'est développée à Paris 8 en 2002-2004. Avec une promotion, les Institutionnalistes renouvelèrent l'expérience de 1986... La dimension interculturelle ne fut pas absente de ce chantier : de nombreux participants la vécurent comme rencontre entre différentes cultures. Dans l'équipe pédagogique de cinq enseignants, on avait un Brésilien. Du côté des étudiants, de nombreuses identités nationales et culturelles enrichirent les sujets traités.
(1) - Sur cette période, voir Anne Vancraeyenest, in R. Hess et A. Savoye, Perspectives de l'analyse institutionnelle, Paris, Méridiens Klincksieck, 1988. P. Boumard, R. Hess, G. Lapassade, L'université en transe, Paris, Syros, 196 p.
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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