Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
De l'autogestion pédagogique à l'analyse interne
L'analyse institutionnelle a foi au changement institutionnel. Par exemple, à la question "peut-on changer l'école?", les institutionnalistes répondent qu'ils ont cru que, par l'autogestion pédagogique, ils allaient changer l'institution, mais ce mouvement n'a pas donné tous les fruits que l'on en attendait. Pourtant, les institutionnalistes s'intéressent toujours à ce thème. G. Lapassade visite le lycée autogéré : il en suit l'analyse interne. Sans faire appel à des consultants, les acteurs font l'analyse de leur établissement scolaire. Au début de l'analyse institutionnelle, l'analyse interne (1) était pratiquée dans les hôpitaux psychiatriques. Les médecins voulaient faire l'analyse de l'établissement sans faire appel à des consultants. L'idée s'est développée que pour soigner les malades, il fallait soigner l'institution de soin.
Cette analyse interne avait une composante interculturelle : en engageant des médecins espagnols, réfugiés en France après la Guerre d'Espagne (François Tosquelles) à l'hôpital de Saint-Alban (Lozère), on s'aperçut que la loi française ne leur reconnaissait pas l’équivalence des diplômes. Il fallait leur trouver des statuts d'économes ou de cuisiniers. En même temps, tout le monde leur reconnaissait une compétence thérapeutique, égale aux médecins français. On inventa la distinction entre institutions externes (imposées de l'extérieur : la validité nationale des diplômes, les statuts des personnels, etc.), et les institutions internes : celles que l'on se donnait entre soi, et dans lesquelles le psychiatre espagnol, par exemple, était considéré comme un soignant. Cette exploration fut poussée très loin. On s'aperçut que la séparation soignants / soignés instituée dans l'hôpital pouvait être revisitée : certains malades pouvaient être soignants pour d'autres malades. Certains soignants avaient besoin de se faire soignés, etc.
Toute une organisation nouvelle naquit de cette expérience interculturelle héritée des suites de la Guerre d'Espagne. Ce qu'il faut souligner, c'est que c'est la prise en compte de toutes les composantes d'une situation interculturelle, qui a produit la première conceptualisation institutionnaliste.
L'analyse interne interculturelle est donc pratiquée dans les années 1950 par la psychothérapie institutionnelle. Elle s'ouvrira dans les années 1960 à la pédagogie : c'est la naissance de la pédagogie institutionnelle. Quand on parle de pédagogie institutionnelle, on pense surtout au dispositif de l'autogestion pédagogique, mais ce dispositif ne fonctionnerait pas, s'il n'y avait pas une autoanalyse permanente du fonctionnement de cette autogestion. De ce point de vue, la démarche de Raymond Fonvieille était un phare, un point fort de l'autogestion pédagogique (2). Là encore, c'est la prise en compte de la différence interculturelle qui produit le mouvement. Dans le mouvement Freinet, on avait un modèle figé de classe rurale, s'adressant à des enfants de la campagne. Comment transposer ces concepts pour les enfants de banlieues, surtout s'ils ont des problèmes psychiques ou sociaux ? C'est la différence qui produit la pédagogie institutionnelle. La pédagogie Freinet était une vraie personnalisation de la pédagogie, oui, mais pour enfants d'un certain type.
Célestin Freinet n’acceptait pas de revoir ses techniques remises en cause par Fernand Oury, Raymond Fonvieille, pour les enfants des cités. En plus, ces pédagogues institutionnalistes prétendaient utiliser les ressources des sciences humaines ! Lui, il n'en avait jamais vu l'utilité. La pédagogie institutionnelle enrichit la pédagogie Freinet en se donnant des outils nouveaux.
(1) Le mouvement institutionnaliste a consacré à ce thème un colloque de 6 jours au mois de juin 2005. On y a abordé cette question de l'analyse interne : cf. le n°9 des irrAlductibles, 2006.
(2) Voir les ouvrages de Raymond Fonvieille sur cette question, notamment : L'aventure du mouvement Freinet, Paris, Méridiens Klincksieck, 1989, et Naissance de l'autogestion pédagogique, Paris, Anthropos, 1998.
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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