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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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R. Hess, G. Weigand : Analyse institutionnelle et pédagogie rééd en ligne (97)

Une autre posture éducative

 

Pour comprendre l'intérêt de cette bi- ou multi-valence de l'institutionnaliste, et l'importance que ce décentrement provoque par rapport à la culture unidimentionnelle (et donc trop souvent ethnocentriste) de la culture universitaire, on peut s'intéresser au travail sur les établissements scolaires qui fut constant depuis 40 ans.

 

L'école française est un domaine où le modèle national et républicain est encore dominant. L'ouverture à l'autre ne s'y fait que pour lui faire oublier sa culture et l'intégrer au modèle national.

 

Dans sa confrontation à l'ethnographie de l'école, sur le terrain des établissements d'éducation, sur la vie scolaire, sur la culture des jeunes, G. Lapassade confronte la tradition française des socianalystes aux apports de Peter Woods, Hugues Mehan et son ethnographie constitutive, ainsi qu’à l'ethnométhodologie de Garfinkel et Cicourel (1).

 

G. Lapassade a fait du terrain avec P. Boumard et R. Hess sur l'université de Paris 8 (Vincennes, puis à partir de 1980 à Saint-Denis). Cette université française est un espace unique de rencontre interculturelle, puisque 35% des professeurs et étudiants sont étrangers (2), mais il a travaillé, aussi, dans un collège voisin de l'université de Paris 8, où 70 % des élèves sont d'origine étrangère. Au bout d'un an de démarche psychosociologique et ethnographique, il est passé de l'observation de phénomènes scolaires, l'abandon des études ou l'absentéisme (3), à l'étude de la culture des jeunes, présente au collège, mais qui déborde largement l'établissement. Il a alors étudié la culture hip hop, le graph, les graphitis et la break dance, phénomènes qui permettaient de revenir sur le terrain des établissements avec une posture nettement interculturelle (4).

 

Cette posture démarque profondément les institutionnalistes de la sociologie de l'éducation, pratiquée à l'Institut national de la recherche pédagogique (INRP) qui trouve son origine exclusive dans la pensée nationaliste de Durkheim.

 

 

Dissociations mal maîtrisées ?

 

Cette expérience de G. Lapassade de double implication (la culture des jeunes et l'ethnographie exotique), peut être rapprochée de l'itinéraire de R. Hess qui a fait travailler l'école du point de vue de l'analyse institutionnelle, tout en explorant le thème des danses sociales ou de celui de Patrice Ville qui développe une pratique de consultant socianalyste à EDF depuis 25 ans, tout en gérant des dispositifs d'autogestion pédagogique, ou encore de Lucette Colin qui intervient comme consultante dans les organismes interculturels tout en gardant son ancrage de psychanalyste, etc.

 

S'agit-il, chez les institutionnalistes, d'une dissociation mal maîtrisée, ou plutôt d'une manière d'être dans l'«inter-cultures» et dans l'organisation, qui, du fait de son marquage par le mondial, se trouve confrontée à des phénomènes de confrontation des cultures qui n'a été identifié comme problème que longtemps après que les institutionnalistes s'y soient confrontés?

 

Elliot Jaques avait déjà fait la théorie instituante de cette posture. Ce socianalyste anglais, intervenant à la Glacier Métal, disait que pour qu'un consultant soit «libre», il ne devait pas tirer ses revenus d'une seule source (il pratiquait la psychanalyse à mi-temps). On retrouve ce dédoublement également chez Gérard Althabe. Dans sa biographie, Ailleurs, ici (5), l'anthropologue raconte comment il est conduit à étudier la tromba, ce qui fait que lorsqu'il revient en France pour y faire du terrain dans des quartiers périphériques (banlieues), des écoles, des entreprises, il est sensible à la culture de l'Autre. Le titre de sa biographie montre le mouvement de sa recherche qui va de l’ailleurs à l'ici.


(1) G. Lapassade, L'ethnosociologie, Paris, Méridiens Klincksieck, 1990.


(2) P. Boumard, R. Hess, G. Lapassade, L'université en transe, Paris, Syros, 1987.


(3) G. Lapassade, Microsociologie de la vie scolaire, Paris, Anthropos, 2000.


(4) G. Lapassade, Le rap, Loris Talmart, 5 éd. 2003.


(5) G. Althabe, Op. cit.


(6) Le mouvement institutionnaliste a consacré à ce thème un colloque de 6 jours au mois de juin 2005. On y a abordé cette question de l'analyse interne : cf. le n°9 des irrAlductibles, 2006.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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