Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L'analyse institutionnelle comme carrefour de disciplines
Si l'on se penche sur les histoires de vie des principaux théoriciens de l'analyse institutionnelle, on s'aperçoit que, contrairement à la plupart des universitaires d'aujourd'hui qui se spécialisent toujours davantage sur le plan disciplinaire, ce qui caractérise l'institutionnaliste, c'est qu'il ne se laisse jamais enfermer dans une discipline universitaire. Parfois, cela peut lui poser un problème d'identité. Originaires de disciplines différentes (philosophie, sociologie, littérature, psychanalyse ou psychosociologie, ethnologie, histoire, mais aussi économie, sciences politiques), tous les Institutionnalistes se sont confrontés à des disciplines autres que leur disciple d'origine. Cette ouverture les a conduits à travailler dans des équipes rassemblant des universitaires ayant des appartenances très différentes.
Si l'on observe le développement de cette «école» sur une quarantaine d'années, on ne peut pas installer l'analyse institutionnelle dans une discipline, mais plutôt au carrefour de plusieurs disciplines. C'est peut-être ce qui explique que ce mouvement se soit installé, en Allemagne, en France, principalement en «sciences de l'éducation», carrefour disciplinaire, au même titre que les sciences politiques, par exemple.
Variété des objets
Cette ouverture transversale sur le plan des disciplines se doubla d'une curiosité pour des objets extrêmement variés, utilisant à chaque fois des bibliographies, des univers et visions du monde, des communautés de référence différentes.
En 1969, G. Lapassade publie un Procès de l'Université; en 1971 un Livre fou, L'arpenteur, L'autogestion pédagogique, L'analyseur et l'analyste; en 1974, La bioénergie, Les chevaux du diable; en 1975, Socianalyse et potentiel humain ; René Lourau publie en 1969, L'analyse institutionnelle, en 1972 Les analyseurs de l'église, en 1974, L'analyseur Lip; R. Hess en 1974, Les maoïstes français; en 1975, La socianalyse, La pédagogie institutionnelle, etc.
Face à ce foisonnement et à cette prolifération d'objets, de méthodes, on a pu vivre, de l'intérieur, cette effervescence comme une richesse, mais, de l'extérieur, le nœud de cohérence du mouvement fut difficile à percevoir. Dans un écrit biographique récent, sur sa découverte de l'analyse institutionnelle, G. Weigand témoigne à la fois de son enthousiasme pour cette diversité, mais aussi de son désarroi pour mettre tout cela en forme structurée, et surtout présentable dans une thèse. Racontant sa découverte des productions institutionnalistes au moment de la rédaction de sa thèse de doctorat à Wurzburg (1978-1983), elle écrit:
«Suivant Georges Lapassade, je me lançais dans la dynamique de groupe. Avec René Lourau, je découvrais le marxisme. Et avec Remi Hess, je découvrais le mouvement Freinet (1) et ses successeurs (Fernand Oury (2) et Raymond Fonvieille (3). Alors que ces livres m'aidaient à résoudre certaines questions, je découvrais, dans le même mouvement, de nouvelles difficultés: je ne comprenais pas les rapports entre Hegel, Marx, l'autogestion pédagogique, Bessières, la pédagogie institutionnelle (4)...»
(1) Célestin Freinet, Pour l'école du peuple. Guide pratique pour l'organisation matérielle, technique et pédagogique de l'école populaire, Paris, Maspéro, 1969.
(2) Fernand Oury et Aïda Vasquez, Vers la pédagogie institutionnelle?, Paris, Maspéro, 1967, nouvelle édition, Vigneux, Matrice, 1997. De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, Paris, Maspéro, 1972. F. Oury et Jacques Pain, Chronique de l'école caserne, Paris, Maspéro, 1972.
(3) Sur Raymond Fonvielle, voir: "Eléments pour une histoire de la pédagogie institutionnelle", in A. Savoye et R. Hess Perspectives de l'analyse institutionnelle, Paris, Méridiens Klincksieck, coll. "Analyse Institutionnelle", 1988. L'aventure du mouvement Freinet, préface de R. Hess, coll. " Analyse Institutionnelle ", Méridiens Klincksieck, 1989. De l'écolier écoeuré à l'enseignant novateur, Vauchrétien, Ivan Davy, 1996. Naissance de la pédagogie autogestionnaire, préface de Michel Lobrot, Paris, Anthropos, 1998. Face à la violence: participation et créativité, précédé de "Ce qu'il faut faire pour les oiseaux pendant le froid", par R. Lourau, Paris, PUF, 1999. "Un chemin long de trente-cinq ans", in: René Lourau, brochure pour les obsèques, 2000.
(4) Gabriele Weigand, «Théorie et pratique de l'analyse institutionnelle : de ma découverte de la pédagogie institutionnelle à l'expérience de Ligoure», in Mohamed Daoud et Gabriele Weigand, Quelle éducation pour l'homme total? Remi Hess et la théorie de moments, coll. «Les grandes figures de l'éducation», Dar El-Houda, Ain M'iila, Algérie, 2007,428 p, (p. 164).
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org