Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Enfin, le changement!
Son successeur allait nous apporter le changement radical. Il était formé aux principes de l'éducation nouvelle. Pour moi, ce fut un soulagement, je pourrais dire une libération ! Je pouvais enfin pouvoir devenir responsable de moi-même, sans craindre les coups bas de la bureaucratie. J'allais pouvoir m'éclater ! Tous ceux, parmi les collègues, qui attendaient quelque chose depuis bien longtemps, furent enthousiastes. En quelques semaines, l'atmosphère changea entièrement au lycée. La plupart des professeurs finirent par reconnaître les valeurs nouvelles qu'apportait avec lui le nouveau chef d'établissement.
Avant, on était tous ensemble contre le chef. C'était un mur sur lequel on butait constamment. Le nouveau proviseur ne donnait aucune occasion de lutter contre lui. Il voulait que chacun soit responsable de lui-même, se prenne en charge, prenne des initiatives, s'assume dans un projet personnel qu'il soit capable d'expliciter.
L’ancien chef d'établissement voulait tout contrôler, les écrits des élèves, par exemple. Le nouveau ne voulait plus rien contrôler. Il voulait développer une pédagogie "libre" au lycée. Cela provoqua des effets d'agressivité. Certains professeurs ne savaient plus comment réagir. Les valeurs étaient bouleversées. Tout changeait ! Ceux qui étaient bien notés, jusque-là, se retrouvèrent perçus comme porteur de valeurs archaïques. Le nouveau proviseur voulait se centrer sur les élèves, non sur les formes extérieures de la bureaucratie.
Dans l'équipe de professeurs, cette réforme provoqua des conflits énormes.
Ce que je peux dire de cette expérience, c'est que le chef d'établissement a une fonction déterminante. Il surdétermine un nombre considérable de comportements. Il crée un climat, une atmosphère. J'avais souffert au jour le jour, pendant des années, de ma situation. Au moment de l'arrivée du nouveau proviseur, dès le premier jour, je me suis parfaitement entendue avec lui. J'ai senti que je partageais totalement sa conception de la pédagogie. J'appris qu'il avait étudié la théologie, la philosophie, la germanistique. Il était amateur d'art. Il était aussi un homme de théâtre. Il a imposé du jour au lendemain une autre image de la fonction de chef d'établissement.
Qui sommes-nous derrière notre rôle?
Avec les années, j'ai découvert qu'il était "personnaliste". Je l'ai découvert, lorsque j'ai écrit mon habilitation. Dans cette somme sur l'école de la personne, je donne une grande place au personnalisme.
Ce qui surdétermine la posture de quelqu'un n'est pas toujours facile à identifier. On voit l'autre dans des situations. On sent qu'il se démarque d'une autre posture. Mais on ne sait pas répondre à la question: Où va-t-il donc puiser ses principes éducatifs?
Nous nous inscrivons tous dans des traditions de pensée. Notre action s'inscrit dans un continuum théorique et pratique. Moi, ma recherche sur la pédagogie institutionnelle a été déterminante dans mon rapport à la classe, dans mon rapport aux élèves.
Le patron traditionaliste qui m'avait fait tant souffrir ne connaissait pas mon arrière plan théorique, mais il percevait très bien que mes conceptions, mes principes étaient aux antipodes des siens. Autant sur le plan organisationnel qu'idéologique, il y avait un fossé entre nous.
Sans connaître l'enracinement personnaliste du nouveau proviseur, j'avais eu l'intuition, dès son arrivée, que nous étions faits pour nous entendre !
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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