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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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« L'importance extraordinaire de l'éducation » ou les vertus de la méfiance (4)

2 L'importance extraordinaire de l'éducation comme question philosophique

 

 

2.1 Entre histoire et philosophie : défricher le champ disciplinaire

 

 

Dans ce chapitre, je relie l’approche historique au national-socialisme à travers l’œuvre de Baeumler, à l’approche philosophique qui, en fin de compte, permet d’élaborer une approche critique pour le désamorcer.  A premier vue, l’exemple de Baeumler semble peu propice pour mon propos, car son nom est peu connu en France. Cependant, ses idées sont bien plus présentes que l’on ne s’imagine,[1] de manière discrète à cause des jugements sévères des instances alliées après la Seconde Guerre mondiale. Baeumler a été interné trois ans dans un camp et il était interdit à vie d'enseigner à l'université. Et pourtant, une traduction française d'un de ses livres majeurs, publié pour la première fois en 1923, est parue en 1999 aux Presses universitaires de Strasbourg. Dans sa note préliminaire, Jean Luc Nancy affirme que ce livre[2] est important et exempt de toute compromission national-socialiste (cf. dans Baeumler :1999, 5). Comment relier cette parution à notre tâche d'aborder la réception de la pédagogie de Herbart par Baeumler ? Nous rencontrons Le problème de l'irrationalité à nouveau dans un contexte pourtant similaire. Ulrich Barth, professeur de théologie protestante à l'université de Halle, et président de la société schleiermachérienne, enseigne assez régulièrement avec ce livre qui a été annoncé par Baeumler comme le premier volume d'une série de deux sur l'esthétique d'Immanuel Kant (1724-1804). Barth affirme, comme Nancy, que cet ouvrage est exempt de toute contamination national-socialiste, car rédigé bien avant 1933 (propos recueilli au Schleiermacher-Symposium 2010 à Wittenberg). Ce serait alors toujours une source pertinente pour l'enseignement de l'histoire de l'esthétique. Pour discerner la gravité de ce propos, je me permets de renvoyer à un texte de Schleiermacher, publié dans une première version en 1800, les Monologues. Cette réflexion approfondie sur la liberté humaine est conçue par son auteur comme pendant philosophique de son Discours sur la religion (1799).[3] L'argumentation des Monologues, conduite par un curieux élan prospectif, désamorce l'analyse existentiale (cf. infra) avant même que cette dernière n'a commencé à diffuser son poison à grande échelle à partir de la deuxième décennie du xxe siècle. Face aux résultats que Schleiermacher obtient dans sa méditation, la question comment un spécialiste de Schleiermacher a pu tomber dans ce piège de Baeumler, se radicalise. Il faut alors admettre que cette vision du monde est bien plus pernicieuse que l'on ne s'imagine. Il s'impose alors de toute urgence de vérifier qui est plus près de la réalité des faits ‒ le jugement des alliés[4] ou les disculpations de ses collègues ? Nous allons voir que  cet exercice est  gratifiant car, effectivement, Baeumler contribue à l’élaboration de la mythologie national-socialiste justement avec ce livre sur l’histoire de l’esthétique (cf. infra).


L’éducation à l’avènement du Reich vise une éradication radicale du sentiment de la liberté individuelle nécessaire à l'exécution aveugle des ordres suite à une soumission intellectuelle à cette vision du monde. Il faut alors une recherche portant sur l’histoire de sa mise en place pour voir comment cela s’est opéré. Contester, ensuite,  la légitimité de cette entreprise exige une réflexion approfondie de l’homme sur lui-même. Ce niveau est la ligne de partage ultime pour l’évaluation des approches pédagogiques comme les proposent par exemple Herbart et Schleiermacher ; au-delà de toute considération méthodologique et pratique en général qui conduirait peut-être aux évaluations sensiblement différentes.



[1] Cf. Buchenau, Stephanie,  «Réception et non-réception de l'anthropologie des Lumières : le cas allemand», dans Weill:2007, 121-135. ‒ Le fait de cette présence est un des nombreux indices que la victoire militaire en 1945 n'a pas réussi de  détruire le Reich.


[2]Le problème de l'irrationalité, cf. Baeumler :1967/1999.


[3]Schleiermacher a accordé une grande importance à ces deux essais et a veillé qu’ils soient régulièrement réédités régulièrement (avec des remaniements, cf. Schleiermacher:kga I.12).


[4] qui, pourtant, en se référant explicitement à ses publications après 1933, pose déjà problème.

 

 

 

Leonore Bazinek

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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