Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro (4)
Expériences dans des internats-prisons (2)
En 1981, je me suis inscrite en Doctorat (à l'Université de Paris VIII, sous la direction de René Lourau, bien que je sois restée presque pendant tout ce temps-là à Rio), ayant pour objet de recherche la Fondation philanthropique. Pour les raisons implicites qui avaient entraîné mon licenciement, j'avais des doutes quant à une éventuelle permission d'effectuer la recherche. Je me suis adressée au père de la collègue qui m'avait suggéré d'accepter le poste et celui-ci a trouvé très intéressant que l'Association soit objet d'une thèse de doctorat à Paris (3) ; et, à ma grande surprise, les portes m'ont été ouvertes pour que la recherche soit faite. J'y suis donc revenue, six mois après être renvoyée, et j'y suis restée pendant plus de 14 mois, comptant sur la collaboration des internes, qui étaient contents de mon retour. J'ai compté aussi sur quelques fonctionnaires qui se sentaient plus à l'aise pour me parler maintenant que je n'avais plus aucun lien d'emploi (peut-être se sentaient-ils moins menacés, ce qui n'a pas empêché certains de me demander si je travaillais pour la CIA).
La recherche a été extrêmement révélatrice : non seulement elle m'a permis de mieux comprendre le quotidien et la dynamique institutionnelle avec ses micro-pouvoirs, mais elle m'a aussi permis de saisir la difficulté qui se pose quand on fait une analyse institutionnelle sous forme d'intervention interne, c'est à dire la difficulté d'effectuer un travail d'analyse institutionnelle à long terme, tout en étant un fonctionnaire régulier... Utiliser le dispositif des groupes institutionnels et celui de l'assemblée générale (AG), en ce qui concerne les difficultés créées au travail qu'on envisage de concrétiser, c'est un être « dedans » et «dehors » constant, mais en même temps, la relation d'emploi engendre de la résistance ; dans ce cas, l'analyse institutionnelle est un « plus » de travail, comme l'a écrit G. Lapassade.
A l'époque où j'exerçais la fonction de psychologue sous contrat de travail, je répondais à la demande d'assistance psychologique aux internes, faite par les autorités de chaque établissement, aussi bien qu'à la demande des internes eux-mêmes. Etant donné le contexte et mes premières consultations, j'avais estimé que je devais limiter le nombre de séances à dix, pour que cela ne devienne pas un traitement trop long, vu qu'il arrivait que les internes soient mutés et aussi parce que le travail devait être prioritairement institutionnel. Je travaillais de manière individuelle ou en groupe, si cela me semblait le plus adéquat (plus difficile pour moi, mais moins harcelant pour eux). Ce fut le cas, par exemple, pour 10 jeunes considérés comme «les pires», que j'avais reçus à la demande du directeur. Cependant, dans ce cas, je me suis dérobée à mes obligations de faire des diagnostics psychologiques, en suggérant que les internes soient envoyés au service de psychologie de FUNABEM : accepter une telle demande de la part des autorités locales ou extérieures (un juge, par exemple) me semblait compromettre un peu trop le travail que je faisais, non seulement quant au temps nécessaire pour sa réalisation, mais surtout quant au diagnostic psychologique lui-même - l'interne sait qu'il est en train d'être évalué et cela aura forcément des effets sur lui, car l'enfant supposera, en général, qu'ils seront négatifs. Dans ce sens, il se peut qu'il y ait des conséquences désastreuses sur le reste du travail dans ma relation avec les internes, et aussi sur l'expectative engendrée chez les fonctionnaires - de solution magique et de culpabilisation de l'interne par les difficultés. Les occasions où il m'a été impossible d'éviter d'émettre un avis psychologique - avis qu'on m'avait demandé -, je l'ai fait sans perdre de vue l'ensemble du parcours Institutionnel de l'interne : je ne me suis jamais limitée aux entretiens que nous avions eu ; je recherchais son histoire personnelle et institutionnelle dans son dossier et j'en parlais aux adultes avec lesquels il développait une activité quelconque. - avec un style très différent de tous ces avis que j'avais déjà lus sur les élèves. J'attirais l'attention sur les défaillances institutionnelles, en ne laissant pas d'espace pour qu'on se serve de mon « avis » pour culpabiliser l'interne, c'est-à-dire, pour qu'on l'envoie dans un établissement à régime fermé, semblable à une prison.
Quelque temps plus tard, alors que j'étais en visite pour deux jours dans une école à l'intérieur de l'Etat, j'ai appris que j'avais été renvoyée par une lettre qui est arrivée chez moi. Je peux supposer que mon comportement professionnel, cité ci-dessus, ait déplu aux autorités. A l'époque, la Fondation était sous l'orientation de l'institution extérieure, la FUNABEM, par rapport à laquelle elle avait peu d'autonomie, car la FUNABEM, en plus de l'aide financière, dictait les règles concernant la prestation de services qui devrait être offerte à l'interne, y compris l'assistance psychologique !
Sonia Altoé
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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