Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro
Tout en retraçant les chemins que j'ai parcourus pendant la construction de mes choix professionnels et en analysant la manière dont je m'y suis impliquée, j'envisage d'aborder quelques caractéristiques qui approchent et distinguent l'analyse institutionnelle (AI) de la psychothérapie institutionnelle (PI) - la première agissant plutôt dans la sphère éducationnelle, bien qu'elle ne soit pas spécifique de ce domaine et permette une action plus diversifiée, et la seconde agissant dans le domaine de la santé mentale.
L'intérêt que je porte à l'analyse institutionnelle (AI) a débuté au milieu des années 1970, et vient, en grande partie, de mon envie de travailler comme psychologue dans des institutions d'enseignement et de santé. Mon expérience, en tant que lycéenne d'une école religieuse à Cachoeiro de Itapemirim, ville située dans l'Etat de l'Espirito Santo au Brésil, me faisait croire que le travail du psychologue devrait atteindre l'institution dans son ensemble et devrait également tenir compte de ses effets sur la production de subjectivité. Ceci s'ajoute à la raison pour laquelle j'avais choisi de faire de la psychologie car, à mon avis, il fallait que l'école change, qu'elle prenne en compte la singularité de l'élève. Cependant, je ne souhaitais pas que mon trajet soit lié à la pédagogie, cours suivi par mes deux sœurs aînées et qui n'éveillait en moi aucun intérêt particulier. J'avais pour but de comprendre l'être humain, sa capacité créative, sa motivation ou son inhibition vis-à-vis des études ou vis-à-vis de la vie sociale. Je voulais penser l'école, l'éducation, l'enseignement, en étudiant les effets causés par l'institution sur les individus qui y participent. Dès le début, je me suis engagée dans le domaine de l'éducation et de la clinique, à travers des études - axées sur la santé mentale et les hôpitaux psychiatriques - que j'ai poursuivies et développées pendant mes études universitaires de premier cycle (1970-74) à la Pontiflcia Universidade Católica (PUC-RJ).
En tenant compte de l'histoire de la PI et de celle de l'AI, j'essaierai de montrer l'importance que ces deux mouvements ont eu dans mon parcours et ma pratique professionnels.
Au début des années 1970, l'accès à la formation dans les sociétés psychanalytiques était au Brésil fermé aux psychologues. Cela a donc représenté une puissante raison pour que ceux-ci suivent avec élan des cours extra-universitaires, notamment dans l'axe Rio-São Paulo, cours offerts dans la plupart des cas par des professionnels argentins - dynamique de groupes, groupes opératifs, psychodrames, techniques expressives, techniques corporelles, gestalt-thérapie. Ces cours avaient lieu sur un rythme de « marathonien ». En effet, ils se déroulaient sur deux ou trois jours consécutifs ou sur toute une fin de semaine. Personnellement, j'ai profité de cette formation qui me semblait très utile au travail avec des enfants, adolescents ou adultes en contexte institutionnel. En tant que psychologue, j'ai mis en pratique quelques-unes des techniques acquises, associées à une approche d'analyse institutionnelle dans les deux premières activités professionnelles que j'ai exercé, - pendant environ 18 mois-, jusqu'au jour où je me suis décidée à aller faire ma maîtrise en analyse institutionnelle à Paris. Bref, outre le désir juvénile d'aller étudier à l'étranger, de connaître d'autres parties du monde, j'ai été poussée par deux expériences de travail intéressantes :
- la première, en ce qui concerne l'éducation, dans une école privée à Cachoeiro de Itapemirim ;
- la seconde dans le domaine de la santé, dans une Association philanthropique - l'Association d'appui aux handicapés de Caxias (ACAE) -, située dans la municipalité de Duque de Caxias, à Rio de Janeiro, où l'on recevait pendant la journée des enfants et adolescents « arriérés » (il y avait parmi eux un groupe assez important de psychotiques).
Ces emplois m'ont apporté tous les deux des effets très intéressants. J'avais pourtant beaucoup de doutes, plus nombreux en ce qui concernait l'école que par rapport à l'ACAE, où j'avais réemployé les techniques apprises. Je me suis aperçue que, si d'un côté, ces techniques pouvaient permettre une expression plus grande des groupes institutionnels - en partie en raison de leur aspect ludique ; d'un autre côté, on risquait facilement de tomber dans un psychologisme de groupe, négatif en lui-même. Le groupe lui-même pouvait vite se rendre compte qu'il n'avait pas demandé tel ou tel genre de travail de sensibilisation (ceci risquant de devenir une source de problèmes). Cela permettait aussi qu'on échappe à des questions institutionnelles plus importantes.
D'autres questions m'inquiétaient et m'incitaient à étudier, à savoir : connaître les limites des techniques groupales, les difficultés du travail fondé sur l'analyse institutionnelle lorsque le psychologue est attaché par un contrat de travail dans le lieu où il intervient ; comprendre le processus d'institutionnalisation des établissements dans leur rapport avec le travail développé et les idéaux de leurs propriétaires ; aller au-delà des questionnements soulevés à l'intérieur de l'institution, tout en sachant que ceux-ci sont en rapport avec les institutions extérieures ; l'assistance institutionnelle et les questions concernant la clinique individuelle dans le traitement d'enfants présentant un handicap mental ou psychotiques.
Sonia Altoé
Professeur adjoint au Département de Psychologie Sociale et Institutionnelle, professeur au cours de Spécialisation en Psychologie Juridique et au cours de Maîtrise en Psychanalyse/UERJ.
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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