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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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L’analyse institutionnelle au Brésil (5)

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En 1978, un autre moment du mouvement est vécu dans le Secrétariat de l'Education de la municipalité de Rio de Janeiro. Il est intéressant de rappeler le « Cours d'Analyse Institutionnelle et Psychopédagogie» que nous (le groupe de psychologues de ce Secrétariat que je coordonnais depuis 1974) voulions réaliser dans ce Secrétariat. Il a été un agent assez significatif d'irruption de l'action étatique de la dictature, qui montrait encore ses griffes et me licenciait. Il a fonctionné comme un analyseur. Les différents temps de confrontation, que nous avons eus avec ce Secrétariat, ont éclaté justement au moment où nous avons décidé de provoquer des analyses plus collectives des institutions de l'éducation, fondées sur les idées de Paulo Freine, René Lourau, Georges Lapassade, Femand Oury et Aida Vasquez, Freud et Marx (Ozôrio : 2004). Le régime discrétionnaire en vigueur casse le mouvement social qui se forme au sein du Secrétariat Municipal de l’Education et qui, à chaque fois prend davantage de place dans  l'histoire des luttes pour la démocratisation brésilienne.

 

 

En 1994, écrivant sur l’histoire de l'institutionnalisme à Rio,  je raconte une histoire où il y a des engendrements de territoires singuliers, mais aussi des reproductions des hégémonies en vigueur. Dans ce processus, les institutions de la psychanalyse, de la psychiatrie, du dépaysement, de l'esprit scientifique rigoureux, de l'institution de l'analyse occupent une place privilégiée. L'ibrapsi (Institut brésilien de psychanalyse, groupes et institutions), est un personnage important de cette histoire. L'ibrapsi travaille avec les concepts du mouvement institutionnaliste français auxquels il ajoute les lectures de Foucault, de Deleuze et celles de groupes opératifs pichoniens (5) qui s'élargissent dans le domaine psi de Rio de Janeiro. Un des participants de l'Ibrapsi, dans un entretien, analyse : « cela a valu la peine, malgré tout » (Ozôrio, 1994). Ce témoignage peut être compris comme un analyseur des contradictions de l'histoire de l'ibrapsi qui donne des éléments pour une compréhension de la perspective historique-critique de la praxis institutionnaliste (Katz, 1984 ; Baremblitt, 1987 ; Ozôrio, 1994 ; 1997 ). Cette perspective ne nous laisse pas tomber dans une opacité idéologique, en comprenant l'institutionnalisme, comme toujours, au service de la libération ou des idéalisations révolutionnaires.

 

 

En 2001, Rodrigues met en question l'existence de l'Analyse Institutionnelle au Brésil et citant Foucault, comprend la possibilité de cette existence sous l'égide de l'introduction d'une différence significative dans le champ de savoir. Cela est accompagné, comme l'a écrit Foucault (In Rodrigues, 2001 : 163), par une récompense, éventuelle, du plaisir qu'on expérimente à travers l'accès à une autre image de vérité.

 

 

Cette problématique nous renvoie à la division instituée des savoirs et pratiques hégémoniques qui veulent le repos des formes parfaites, le contrôle et l'élimination de la différence. Par contre, c'est avec la praxis que la pensée se construit, se meut. Ce qui m'intéresse le plus chez l'institutionnalisme, c'est sa capacité à repousser ses propres limites et à les retrouver sur une échelle élargie, car l'institution, c'est la limite. La compréhension que l'analyse institutionnelle (dans le sens sociologique donné par R. Lourau) a de l'institution, comme du mouvement des forces sociales faisant et défaisant les formes sociales (R. Lourau, 1978 : 69), apporte à l'institutionnalisme une différence dans la compréhension de l'histoire. Nous sommes aussi sur le terrain de la praxis qui ne veut pas égaliser les différences, qui s'ouvre à leurs manifestations, mais qui vit les contradictions de cette ouverture. Dans la différence, il y a toujours quelque chose qui reste ouvert. Cela a quelque chose d'un reliquat, ressource d'énergie de la négation et de l'affirmation.

 

 

Le mode dialogique de l'analyse institutionnelle (encore dans le sens sociologique donné par R. Lourau) : avoir l'accès à l'institution, affronte des résistances de la part de l'homogénéisation étatique. Il y a ceux qui mettent en question « le tout dire » dans la collectivisation des analyses proposées par l'analyse institutionnelle, en parlant d'un parolisme qui peut provoquer l'hypertrophie du processus. Pourtant, la communication dialogique dans cette collectivisation d'analyses provoque des manifestations de l'institution. On la laisse se manifester. Et il ne s'agit pas de prononcer purement et simplement un discours, mais de réaliser l'intervention dans les institutions. Certes, nous sommes dans un champ de production de vérités, des vérités d'ailleurs transitoires qui ne nient pas la singularité du devenir.

 

 

Par contre, l'analyse de l'institution de l'analyse, proposée par l'analyse institutionnelle, plus qu'un analyseur de ce faire dialogique, est un analyseur d'un exercice historico-critique de l'institutionnalisme en tant que mouvement. C'est un analyseur privilégié de son historicité, dans le hic et nunc de la praxis. Il s'ouvre à d'autres sens que les rapports entre genèse sociale et théorique du paradigme favorisent, en intervenant dans des propositions qui veulent le réduire à une simple technique avec un ensemble de concepts vidés de leur sens politique.

 

 

René Lourau (1980) dans ses recherches sur l'autodissolution des avant-gardes, (6)remarquait que l'analyse institutionnelle a une histoire qui fait peur. Plusieurs d'entre nous, participants de l'institutionnalisme, sommes d'accord avec René Lourau. Combien de fois la violence institutionnelle, la, - si nous pouvons dire-, réifi cation de l'instituant, qui fait pleurer le poète, quelquefois mourir, nous font douter de la dialectique et du dépassement. L’affrontement des forces étatiques a un côté mort plein de nuances qui donnent des rythmes au mouvement social, mais aussi à ses acteurs. Mais ce que je trouve plus intéressant dans cette remarque, c’est l'analyse que Lourau fait de son implication dans le mouvement. Il n'est pas commun ce type d'analyse, d'affirmer la peur de la violence des institutions dans lesquelles plusieurs mécanismes peuvent y expliquer l'aliénation. C'est là que se joue vraiment quelque chose pour l'herméneutique implicationniste de l'institutionnalisme. La peur reconnaît les limites de la praxis et ses moments, suppose des analyses critiques, mais possibles. Par contre, elle provoque des éclairages dans l'histoire. Si elle nous fait expérimenter l'impuissance, elle provoque aussi le recul nécessaire pour qu'on puisse plus tard expérimenter la puissance. La peur de Lourau, une analyse de l'implication d'un chercheur qui travaille avec les institutions, inclut, à mon avis, l'analyse du vécu d'une sorte de communauté, la communauté de destin (Loew, 1959). Je fais référence à la souffrance irréversible que plusieurs d'entre nous éprouvons lorsque nous partageons, à travers les interventions, le destin des sujets impliqués avec lesquels nous travaillons.


(1) De Pichon Rivière

(2) J'emprunte le titre de son livre L'Autodissolutton des avant-gardes (1980)

 

 

Lúcia Ozório

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir aussi : http://journalcommun.overblog.com

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

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