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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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L’analyse institutionnelle au Brésil (4)

(suite)

 

 

Au Brésil, à cette époque-là, un travail en cours indiquait déjà des lignes de la cartographie institutionnaliste. Je me réfère aux travaux de Célio Garcia, de Belo Horizonte, de Chaim Katz et de Marco Aurélio Luz, de Rio de Janeiro.

 

 

Il n'y a pas de texte sans contexte, disait Paulo Freire (2001). Et le texte de l'analyse institutionnelle au Brésil, commence transversalisé par un moment très difficile de notre histoire. Dans la décennie 70 du siècle dernier, au Brésil, nous vivions ce que Cecilia Coimbra (1995) appelait «Les années d'institutionnalisation ». La dictature sévissait dans certains pays d'Amérique Latine comme le Brésil, l'Argentine, le Chili, l'Uruguay. Dans ces années 70, on trouvait aussi bien des mouvements qui essayaient d'institutionnaliser la violence institutionnelle, par la torture et les exécutions, que des mouvements instituants, avec l'entrée en scène, comme le dit Eder Sader (1988), de personnages qui s'efforçaient de forger de nouveaux espaces de liberté.

 

 

Parmi ces mouvements instituants des forces de la non-conformité, nous pouvons rappeler la pédagogie libertaire de Paulo Freire (1974 ; 1975), une des dérives du Movimento de Cultura Popular, Mouvement de Culture Populaire (MCP), au Nord Est, dans l'Etat de Pernambuco, à l'époque du gouvernement Miguel Arraes (1959; 1963), mouvement auquel Paulo Freire a participé. Ce mouvement a été une des plus riches expériences de la participation populaire dans la construction de la culture brésilienne.

 

 

Il y avait la Théologie de la Libération, ainsi que les mouvements des communautés pauvres connues aussi comme favelas, contre une idéologie ratifiée par des politiques étatiques, ségrégationnistes, qui cherchent encore jusqu'à nos jours à criminaliser la pauvreté. Il ne faut pas oublier que, dès le début du XXème siècle, les « plans de nettoyage » de l'Etat de Rio de Janeiro, menaçaient, expulsaient et tuaient leurs habitants (L.Ozorio. 2004). Beaucoup de mouvements quotidiens montraient, comme le dit Ana Maria Doimo (1995), que « a comunidade cal na boca do povo », « la communauté est adoptée par le peuple ». Je dirais qu'il s'agit là de la  construction  d'un  comunitarismo, c’est-à-dire, d'une  communauté en devenir.

 

 

Dans cette conjoncture, Lapassade se rend à l'asile, à l'université et ailleurs. Il est invité dans un hôpital psychiatrique, à donner une conférence sur l'anti-psychiatrie (L. Ozorio, 1994 : 40). Tout le monde attendait une conférence. Au lieu de cela, Lapassade a donné la parole à l'auditoire ; la parole circulait, «rolando de bôca em bôca» (Vozes, 1973, in L. Ozorio, 1994 : 40). La parole du conférencier est devenue un analyseur (4) des institutions.

 

 

La revue Vozes n° 4 de 1973 publie quelques articles sur le séjour de Lapassade au Brésil.

 

 

« Vozes » signifie « Voix ». Le titre de cette revue de la maison d'édition Vozes, est intéressant car il exprime la volonté de cette dernière de donner des espaces-temps aux voix critiques de la dictature et de l'oppression au Brésil. Il faut noter aussi la résolution prise par les auteurs de ce numéro qui ont décidé que les textes ne seraient pas signés. Sans auteurs individuels, ils intervenaient dans « ...un axe articulatoire de la puissance de la théorie». L'importance de la contextualisation de l'écriture est soulignée. Nous vivions aussi dans un moment de structuralisme. La décision collective critique avec ironie une certaine activité intellectuelle brésilienne qui affine ses idées jusqu'aux ruptures épistémologiques, mais qui a un public assez restreint et passif pour les diffuser.

 

 

Le collectif de Vozes dit qu'il a au moins appris, avec l'analyse institutionnelle, ce que signifie la contre-culture. Par rapport au séjour de Georges Lapassade au Brésil, il y a un article de Garcia et d'autres auteurs qui remarquent «plusieurs débuts» précédés de réflexions intenses et douloureuses sur la pratique professionnelle, sur la complexité d'un programme de coopération culturelle... sur l'état précaire de la psychologie, sur les phénomènes religieux au Brésil. Ce collectif a réfléchi aussi, sur la médiocrité de leur réflexion concernant les problèmes nationaux (Garcia et allii, 1973 : 39)

 

 

D'ailleurs, il faut remarquer que le mouvement éditorial brésilien des années 70-80 du XXème siècle est marqué par une discussion considérable de thèmes institutionnalistes (Ozôrio, 1994).

 

 

(4) Selon l'analyse institutionnelle, l'analyseur est l'effet d'une dialectique de formes et de forces sociales ; il donne accès à la complexité institutionnelle. Les analyseurs sont des brèches qui permettent de s'exprimer aux domaines interdits, refoulés, oubliés. Ils donnent accès à la complexité institutionnelle. Les analyseurs dénoncent une crise plus vaste dans le tissu social (R Lourau, 1997 Ville, 2001 ; Ozorio, 2004).

 

 

 

 

Lúcia Ozório

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir aussi : http://journalcommun.overblog.com

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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