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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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L’analyse institutionnelle au Brésil (6)

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En lisant la préface de notre livre, écrite par Remi Hess, nous sentons son enthousiasme pour l’institutionnalisme, notamment pour celui au Brésil. Remi Hess donne une autre dimension importante aux analyses du mouvement. Sa sensibilité ethnologique porte, dirait-on une attention particulière aux manifestations, aux oscillations, aux contradictions, et aussi à leur devenir.

 

 

Dans ce livre, nous avons aussi un entretien avec Georges Lapassade, entretien qui a eu lieu à Saint-Denis (France) le 08/01/2005. Il y évoque ses séjours au Brésil, dans les débuts de la décennie 70 du XXème siècle. Suivent les écritures de Marisa Rocha : Education et subjectivité. L'Analyse institutionnelle en mouvement ; de Sonia Pellegrini : Recherche Intervention : un mode de recherche et d'agir dans la formation ; d'Heliana Conde : Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme ; de Sonia Altoé : Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro; d'Edson Sousa: Pour une culture de l'utopie; d'Alfredo Martin: Entre le marteau du néolibéralisme et l'enclume de l'Etat. Quelques réflexions transductives sur des interventions soctanalytiques au Brésil ; de Jacyara Rochael Nasciutti : De l'individualisme compétitif à la coopération solidaire. Le coopérativisme comme alternative dans le monde du travail et de Lucia Ozorio : L'analyse institutionnelle et la santé comme manifestations de la communauté.

 

 

Nous essayons de faire une socio-historiographie du paradigme institutionnaliste. Cette histoire singulière est la seule forme d'exégèse qu'elle supporte et ses chemins la seule forme de critique.

 

 

Pourtant, je veux faire quelques considérations sur mes implications dans l'organisation de ce livre. J'estime faire des références à la tendresse. Celle-ci peut se constituer en un moment vécu par un collectif, où les filiations et les différences sont des ressources. Ce collectif qui se rassemble et donne sa force à ce livre, vit la praxis d'une certaine tension utopique. Ce rassemblement rappelle ce que Barthes (2002) nomme « pathos des distances », c'est-à-dire, une distance que ne brise pas l'affect, d'une distance où la tendresse la pénètre, pleine d’Eros et de la Sophia. L'absence de cette praxis dans plusieurs moments de l'institutionnalisme, m'a fait penser à ce qu'a dit Foucault (1982) sur l'historicité de nos jours, très belligérante. Barthes précise un peu plus sa pensée en rejoignant la valeur qu'il définit sous le nom de « délicatesse », il écrit « un mot quelque peu provoquant dans le monde actuel» (Barthes, 2002 : 179). Il affirme une relation qui a de la distance, de l'égard, une absence de poids, mais qui a de la présence d'une chaleur vive.

 

 

La multiplicité joue dans ce collectif. Cela vaudrait la peine d'insister un peu sur l'entretien de Georges Lapassade, à mon avis un travail en plus de Georges pour l'inflexion de l'anthropologie vers l'analyse institutionnelle. Le terrain d'après lui, c'est la «clé des champs», des champs de la microsociologie. Sur ce sujet, son écriture est vaste (Lapassade, 1971 ; 1974 ; 1991 ; 1996 ; 1997).

 

 

Je disais que ce que j'aime chez l’institutionnalisme, c'est sa capacité à repousser ses propres limites et à les retrouver sur une échelle élargie. L'entretien avec Georges confirme cela, lui, en parcourant son histoire dans le mouvement institutionnaliste au Brésil, re-fait cette histoire, son histoire. Dans cet entretien, il faut remarquer la tension de l'agir - se souvenir en présence. L'histoire racontée est la communication possible, une sorte de communauté de communication qui dénote une certaine conscience de l'inachèvement de l'homme (Lapassade, 1997) et de l'histoire.

 

 

Il y a aussi la présence d'Edson Sousa, différence qui particularise un mode de voyage entre les champs de savoirs de la psychanalyse et de l'analyse    institutionnelle. L'analyse institutionnelle au Brésil a toute une histoire transversalisée par la psychanalyse, et plus particulièrement par les soi-disants acteurs psi. Plus que les approximations et rivalités théoriques et pratiques entre ces champs, plus que les tensions conflictuelles, quelquefois belligérantes entre leurs acteurs (Katz, 1984; Baremblitt, 1984 ; 1987), je m'intéresse à ce que Edson amène, une sorte de rencontre entre le désir et la praxis. Comme il le dit, cela n'implique pas une réduction des désirs et de l'imagination. Par contre, il y a un intérêt par un accroissement de la capacité d'agir. J'aime bien ce compromis intellectuel, affirmant une tension utopique de la praxis. Parfois, lors des interventions, et dans des discussions sur l'institutionnalisme, je me dépare avec des remarques qui explicitent les limitations de la politique civilisée. Je me demande si l'institution est trop restreinte à ses espaces-temps. Et je pense comme Fourier (1967), à une politique complexe. Comme il l'écrit, l'humanité a besoin de s'habituer à s'aimer. Mais la civilisation a un certain mépris pour le plaisir, a des tendances à réprimer le désir et à phagocyter toutes les formes qui veulent le changement, même les plus embryonnaires. Ce qui importe est le capital et une praxis qui le confirme.

 

 

Par contre, l'expérience (Erfahrung) peut fonctionner comme une désignation libératrice, non substantielle, de la praxis. En entrant de pleins pieds dans mes implications, je peux dire que ce livre, pour moi, est la tentative, dans le sens de Montaigne, de donner une forme pour que l'expérience soit transmise.

 

 

Dans cette transmission, il faut que je mentionne deux artisans en plus : Bernadette Bellagnech et Benyounès, une soeur, un frère. Ils ont une singularité dans ce livre qui correspond à un compromis de l'interférence interculturelle, très suspect aux scientistes monoculturels. Cette praxis de l’interculturalité donne des voies à une parole plurielle, riche pour une herméneutique qui ouvre un peuple sur un autre peuple et qui rend leur fermeture à jamais impossible.

 

 

Lucia Ozorio

 

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir aussi : http://journalcommun.overblog.com

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

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