Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L'entrée dans les grandes figures de la pédagogie
13/11/2010 8 h 57
Musique de la renaissance au temps de Monticelli
Récit d'un petit voyage au pays de Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592)
Beaucoup de réticences de ma part. Je ne sais trop pourquoi, peut-être car sa langue me semblait difficile à comprendre, parce qu'il était trop ancien, moyenâgeux (quelle erreur !). Pourtant, je n'aurai pas eu une telle réticence à étudier un auteur antique. Peut-être aussi parce qu'il est lié à la scolarité ou parce qu'il est toujours représenté d'une manière sérieuse à l'opposé de Voltaire, si souriant, voire espiègle.
Bref, je m'y suis mise ! Au départ, en m'obligeant. Ainsi hier, j'ai tenté plusieurs fois de m'échapper, saisissant une opportunité ou une autre pour aller mettre mon nez dehors. Et puis hier, je me suis dit que ce n'était pas des manières de faire et l'écho d'une des phrases de Montaigne m'est revenue : « quand je dance, je dance, quand je dors, je dors » et qu'il me fallait vivre à propos, être présente à soi dans le moment où l'on est. Alors j'ai répondu à cette invitation à travailler, au voyage et au bout du compte, j'ai passé quelques 13h avec Michel. Ce n'est pas un vrai voyage, c'est du tourisme, mais j'ai approché d'un peu plus près sa langue, son style vif, quelques unes de ses idées et ce qui m'a semblé être des contradictions.
J'ai tout d'abord commencé par la lecture de la séquence, 10 pages.
Elle présente sa vie faite me semble-t-il de deux moments forts : son passage au collège de Guyenne à Bordeaux, qui inspire ses pensées sur l'éducation et puis, après avoir laissé sa charge de conseiller au Parlement de Bordeaux son retrait dans son « arrière boutique », sa librairie dans son château où il écrit les Essais.
Il y est fait mention de ses liens avec les propos que tiennent Erasme et Rabelais sur l'éducation, leurs critiques de l'éducation scolastique et ce, en lien avec cette époque dans laquelle ils vivent : la Renaissance. Ils réfléchissent ou prônent une éducation qui tienne compte de l'enfant, qui favorise son éveil, qui ne soit pas basée sur la contrainte et la mise en mémoire de connaissances. En puisant dans le modèle gréco-romain, ils définissent un but à l'éducation qui est de former un homme.
Pour Montaigne, c'est un gentilhomme, qui aura une tête bien faite plutôt que bien pleine. Cette éducation doit privilégier le jugement, le développement de la conscience. Elle se fait par l'intermédiaire d'un conducteur, qui doit écouter l'enfant et lui permettre d'émettre son jugement sur la matière. Ce conducteur doit développer l'envie d'apprendre, le plaisir, la curiosité. Il accorde une grande place à la philosophie qu'il veut pratique.
Cette introduction m'a ouvert l'appétit. Montaigne me semblait plus léger. Le temps passait, je commençais à me dire que d'autres matières m'attendaient, que les heures m'étaient comptées....mais je ne sais pourquoi, je n'ai pu en rester là. Alors, je suis allée voir un peu sur internet. J'y ai relevé deux textes, un enregistrement audio de France Culture de 2008, un film de l'INA. Je manque de connaissances pour apprécier la qualité des auteurs des textes.
Premier texte : L'éducation selon Montaigne de Gabriel COMPAYRE (6 pages)
http://agora.qc.ca/Documents/--education_selon_Montaigne_par_Gabriel_Compayre
Gabriel Compayré fût au 19ème siècle le grand spécialiste français de la pédagogie, dixit le site.
Dans ce texte, j'ai retenu que Montaigne s'attaquait aux méthodes éducatives qu'il avait subit avec beaucoup de verve, et critiquait les spécialistes. Cela me fait penser aux précurseurs étudiés en psychosociologie et notamment Socrate qui dans ses groupes pédagogiques cherche à détruire les illusions du savoir.
Montaigne ne s'en prendrait pas aux matières elles-mêmes mais à la manière dont on les enseigne. Il souhaite que l'éducation développe une intelligence ouverte, capable de tout comprendre, mais aussi un caractère ferme. En cela l'éducation doit être une gymnastique au même titre que celle du corps.
Alors que le Moyen Age subordonnait tout à la théologie, il veut tout soumettre à la morale.
Sur les moyens à utiliser, il conseille l'étude des langues étrangères, les voyages afin de se débarrasser de ses préjugés. L'instruction ne se fait pas qu'au moyen des livres mais aussi dans la compagnie des hommes et l'observation des choses.
Il utilise une métaphore pour décrire ce que l'on peut attendre d'un élève. C'est celle des abeilles qui butinent plein de fleurs mais qui fabriquent leur propre miel. Ainsi, il faut mettre en pratique ce que l'on apprend, le digérer.
Il conseille l'indulgence et la douceur et la nécessité de proportionner les études aux aptitudes de chacun.
Après cela, j'ai commencé à lire le texte de Gérard Wormser, tiré de Perspectives, revue trimestrielle d'éducation comparée.
Gérard Wormser, Professeur agrégé de philosophie affecté à l'École normale supérieure « Lettres et Sciences humaines », enseigne à Sciences Po.
http://www.ibe.unesco.org/publications/ThinkersPdf/montaigf.PDF
C'est un texte que j'ai trouvé très complexe, il y reprend beaucoup de citations de Montaigne dans leur forme première (sans actualisation). J'en ai lu la première partie avec attention et la seconde plus légèrement.
Je suis loin d'avoir tout compris, mais ce texte me laisse l'impression que rien n'est simple, que Montaigne est partagé.
Wormser commence à parler de son époque, du bouleversement de l'identité européenne, du latin qui perd de son omniprésence faisant place aux langues diverses, dont Montaigne est un exemple puisqu'il écrit en français en utilisant d'ailleurs parfois des termes gascons.
Il y aurait dans les écrits de Montaigne la formulation d'une sagesse, d'une tolérance, d'une humanité, mais en même temps un scepticisme mélancolique et désabusé dû aux violentes guerres de religion dont il est le contemporain et qui le font douter de pouvoir établir la vertu dans les collectivités organisées. Et je pense à Socrate à nouveau.
Wormser dit qu'il y a un paradoxe à chercher en Montaigne un profil d'éducateur (relevé par Durkheim). Montaigne penserait fondamentalement que l'éducateur ne peut rien sur la nature de l'homme. Il serait moins un éducateur qu'un critique de l'éducation, ou d'un système éducatif.
Le savoir serait ce qui nous permettrait de mesurer la distance qui existe entre nos comportements et ce que la sagesse nous conseille.
D'après ce que j'en ai compris, Montaigne n'aurait pas confiance dans la personne humaine, qui serait plutôt vouée a subir des amalgames hasardeux.
Dans « l'institution des enfans » il y a un ensemble de propositions concrètes. Montaigne s'inspirerait de Platon pour une promouvoir une pédagogie dialoguée.
Après, j'ai un peu décroché... j'ai noté en fin de texte que selon Montaigne, l'éducation est un apprentissage de soi-même pour connaître ses forces, ses faiblesses, s'endurcir et accepter sa condition mortelle.
Après ce texte, j'ai été un peu aplatie par la prise conscience de mon inculture, de mon esprit lent, de mon manque de vocabulaire (eidétique : qui concerne les essences, un mot appris!!! il faut que je trouve une occasion pour l'utiliser. Dommage que les raffineurs aient repris le travail ;-)
J'ai poursuivi avec l'écoute d'une ancienne émission de France Culture, « Les vendredis de la philosophie » du 16/10/2008. Et je me suis mise à penser que les nouvelles grilles de France Culture avaient beaucoup perdu en qualité ! Très belle émission, écoutable là...
http://www.archive.org/details/MontaingeVieOeuvre
Mon écoute a été troublée car souvent l'enregistrement saute, certainement un problème de format.
Quelle légèreté cependant dans toutes ces personnes qui évoquent Les Essais.
De manière un peu décousue, je relève....
Insistance sur le fait que Montaigne vit au temps des guerres de religion.
Son texte ferait penser à l'attitude du cavalier qui est immobile sur son cheval mais qui avance quand même.
« Vivre, c'est être présent à soi, il faut vivre à propos »,«quand je dance, je dance», « mon jugement flotte comme un fragile navire... ».
Montaigne est un homme d'action.
Il décrit son texte comme « grotesque », avec des multiples ornements, il fait des «allongeailles ».
Montaigne enregistre ses propres changements durant les 20 années d'écriture des essais. Il a un regard sur lui-même et l'instabilité de ses pensées.
Il faut s'écouter pour trouver sa forme.
Métaphore des abeilles.
Les Essais sont un livre disparate, hétérogène, il contient des notes de lectures. « Je n'ai pas fait mon livre que mon livre ne m'a fait.
Il a un style soldatesque contraire au style dominant qui est celui de la rhétorique. C'est un livre parlé plus qu'écrit.
Il lit beaucoup de philosophie, s'empare des concepts de manière désinvolte.
Sur l'esprit : il est antérieur à l'entendement, il est dangereux, il bat la campagne, mais il est aussi créateur. Pense qu'on s'endort sans cesse et qu'il faut sans cesse se réveiller.
Il aime les cahiers (moi aussi)
Les échanges sociaux vivent du mensonge.
Je finis d'écouter l'émission, il est 18h30. Il me faut Les Essais !
Je prends la voiture et vite, vite, avant que ne ferme la librairie.
Ils avaient les essais, mais à 25 euros :-( Trop de grèves le mois passé, 25 c'est trop cher. A 3, 80 euros, je trouve les petits classiques Larousse, pour les bacheliers, il y a des extraits, et coup de bol celui sur «l'institution des enfans». Je rentre satisfaite. Mon esprit n'avait plus assez de vivacité, alors j'ai décidé de m'y remettre le lendemain.
Levée tôt ce matin, à 3 h 30, impatiente. Je veux lire le texte directement mais je m'oblige à lire la présentation.
Et j'ai bien fait.
J'y découvre que Montaigne est issu d'une famille de riches commerçants, qui ont acheté une terre noble. Sa mère est d'une famille juive espagnole convertie au protestantisme. Montaigne est catholique, comme son père. Ce dernier, revenant des guerres d'Italie et impressionné par la Renaissance éduque son fils en latin. Michel est l'aîné de 8 enfants.
Hélène M.