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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Journal d'Hélène M., un exemple de journal de formation pour la licence en Sciences de l'éducation à l'IED de Paris 8 (52)

4 h 31

 

L'institution : jeune et vieille université

 

Lapassade explique qu'une intervention ne peut ignorer le contexte social et politique du lieu où elle s'exerce. Si l'université où il doit intervenir est une création politique qui trouve ses sources dans la contestation étudiante québécoise de l'automne 68, elle est cependant constituée d'un regroupement de plusieurs institutions pré-existantes qui vient juste de s'effectuer.

 

C'est l'époque de la révolution tranquille au Québec durant laquelle il y aura une transformation massive des institutions. Le système scolaire n'y échappe pas.

 

La nouvelle université publique créée et dans laquelle intervient Lapassade a pour mot d'ordre «participation», terme en vogue à l'époque. Elle entre en concurrence avec des universités privées plus anciennes. Le travail du recteur formé en management est d'arriver à regrouper et faire fonctionner ensemble toutes ces anciennes structures avec leurs caractéristiques propres. Les personnels des anciennes institutions sont insécurisés par ces changements.

 

Un nouveau système d'enseignement

 

Lapassade décrit les différentes instances de cette nouvelle université, qui sur le papier tendent à laisser penser que nous sommes dans l'autogestion, avec un étudiant/client roi. Cependant, en créant des pouvoirs et contre-pouvoirs, en institutionnalisant le conflit, le résultat est que c'est en fait l'administration, la bureaucratie qui détient réellement les rênes de la décision.

 

Après un mois de présence, d'observation, Lapassade en a encore du mal à s'y retrouver mais il a besoin d'agir. Il s'oppose à la méthodologie que veut lui faire suivre l'administration, celle d'une simple observation au sein d'une commission d'enquête et propose la « Bilan 70 », une assemblée générale de l'institution destinée à dévoiler la vérité, les conflits. La préparation de cette AG, il la veut autogérée.

 

 

Acte 2 : Le clan de la nuit

 

Le « 504 » et le Nouvel analyseur

 

Le bureau 504 est attribué par l'administration à Lapassade et ce lieu devient une sorte de ruche ouverte à tous, jour et nuit, où l'on parle de tout sans programme. Un journal quotidien est créé pour tenir la collectivité au courant de l'avancée des travaux, c'est le Nouvel analyseur, rédigé par les étudiants.

La nuit, les étudiants analysent les discours officiels, la presse, les documents de l'université, les entretiens qu'ils ont menés avec des membres de l'université, des réunions auxquelles ils ont assistés. Dans une ambiance « le plus grand déconnage permet le meilleur décodage», ils élaborent le contenu du journal et passent ensuite à sa fabrication en utilisant la technique des collages.

 

Les collages

 

Cette technique est présentée comme un exploratoire de l'inconscient. Des choix sont faits entre différents textes, images découpés ici et là, dans une ambiance de créativité collective telle qu'on peut la rencontrer dans des salles de rédaction des quotidiens de la presse. Lapassade établit des similitudes entre ce travail et les phénomènes de transe qu'il étudie dans le même temps.

 

Il présente le collage comme une contre-institution pédagogique en référence à Aragon qui disait : « une paire de ciseaux et du papier, voilà la seule palette qui ne nous ramène pas aux bancs de l'école. »

 

Ce travail est influencé par les idées de Mac Luhan sur les médias.

 

10 h

 

Dionysos

 

Lapassade revient sur le dispositif de la cure psychanalytique. A l'intérieur de celui-ci est créé un médium, l'attention flottante, la communication des inconscients de l'analyste et de l'analysant. C'est l'établissement de ce médium qui permet au refoulé de s'exprimer.

 

Dans nos sociétés, le refoulé, c'est Dionysos vaincu par Apollon, c'est la créativité et la transe vaincues par la raison. Le socioanalyste doit créer des outils, des médiums, pour libérer l'imaginaire social, la parole sociale. Il y a des temps où celle-ci se libère spontanément, ce sont les périodes révolutionnaires.

 

En lisant ceci, je me retrouve quelques mois en arrière, pendant la campagne contre la réforme des retraites, où chaque manifestant arrivait avec son propre petit panneau. C'était assez formidable de voir toute cette créativité pleine de révolte, de poésie. On n'arrêtait pas de prendre en photo les panneaux de chacun. Dans ces moments, nous avons vraiment vu la parole sociale se libérer et je crois que c'est pour cela que ce mouvement n'a jamais été considéré réellement comme une défaite, car la victoire fut cette libération.

 

La tâche du socioanalyste est donc en quelque sorte la création d'un bureau de l'imaginaire, la suspension des règlements, le dérèglement des sens pour permettre de mettre en lumière les règles du fonctionnement social.

 

Lapassade découvre cela avec l'expérience du Nouvel analyseur, c'est une rupture avec la sociologie positiviste.

 

« Il faut fouiller tout ce qui paraît inessentiel aux yeux de la science, décider contre Durkheim qu'il n'y a pas de coupure entre le « savoir » du sociologue et l'expérience populaire du « non savoir », mais qu'au contraire le vrai savoir est enfoui dans cette expérience comme à la fin du siècle dernier la connaissance de la sexualité infantile était encore, nous dit Freud, plus avancée chez les nourrices que chez les médecins des enfants. »

 

La fin du nouvel analyseur

 

Un jour le conseil d'administration de l'université se réunit à huis-clos pour décider de l'avenir du bilan 70. Lapassade en informe le 504 et les étudiants présents décident d'investir la salle de réunion du conseil. Ils s'en font chasser. Le jour-là, le numéro du Nouvel analyseur montre un dessin d'un étudiant se faisant chasser d'un coup de pied de la salle du conseil avec sur la porte de celle-ci inscrit le mot d'ordre de l'université sur la participation. Le recteur prendra alors la décision de cesser les aides à la publication du journal. Les étudiants désertèrent alors le 504 pour retourner dans les bars de la ville.

 

Lapassade constate que le mot d'ordre de la participation ne recouvre rien de réel et que cette mise à nu provoque l'abandon des étudiants déçus par ce système menteur.

 

Parmi les cadres de l'Université, la discussion s'ouvre sur la pertinence de continuer l'expérience du bilan 70. Le recteur veut y mettre fin mais Lapassade arrive à le convaincre du contraire. Cependant, entre temps, l'idée d'une grande assemblée générale autogérée, le colloque 70 a échoué.

 

Hélène M.

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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