Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L'arpenteur
« La révolution est le théâtre de l'histoire », c'est la première phrase du livre.
Lapassade explique que les évènements de Mai 68 ont mis en lumière trois éléments: un refus de l'ordre sexuel, un questionnement de l'Etat et de l'idéologie, une pratique syndicale à visée réformatrice. C'est un mouvement complexe, un laboratoire social qu'il a tenté de ré-expérimenter en répondant à l'invitation du recteur de l'Université de Montréal. Il précise que si cette complexité, cette action sur les 3 moments ne se produit pas, le changement n'advient pas, il n'y a pas de révolution.
Acte 1 : L'analyste et son client
Une invitation à Montréal
En 1969, Lapassade vient de sortir un livre « Procès de l'université » dans lequel il prend, entre autre, position contre l'idéologie participationniste. C'est pourquoi il est étonné de recevoir l'invitation du recteur de l'université de Montréal, université qui se prétend basée sur la participation. Le recteur veut mettre en place une sorte de commission d'évaluation du fonctionnement de l'université mais Lapassade ne croit pas trop à ce genre de procédé et se situe dans une perspective de recherche active, d'intervention (1).
Il raconte comment est née l'analyse institutionnelle à partir de la mise en lumière de l'impensé/le caché des T-Group, restée confidentielle jusqu'en 68 puis devenue une mode. Il pense que le recteur, même s'il perçoit Lapassade comme un contestataire, estime qu'il ne doit pas l'être tant que ça puisqu'il est professeur à l'Université.
Suspect et isolé
Lapassade arrive donc à Montréal en janvier 1970. Présenté comme venant analyser le système, le système se méfie de lui et il met un mois avant de pouvoir établir des relations. Il est vu comme un espion de la bureaucratie. Lapassade est démoralisé, il se sent impuissant.
Qu'est-ce qu'un analyseur ?
Ce n'est pas une personne mais un dispositif matériel qui fait « l'analyse ». Lapassade met ce terme en relation avec le divan de la psychanalyse, le dispositif de la cure. Il dit « L'analyseur est ce qui produit du matériau pour l'analyse ». Il fait la différence entre ce qu'il appelle un analyseur construit comme celui de la cure psychanalytique et un analyseur naturel qui émerge lors des mouvements sociaux et dont les analystes se serviront ensuite pour produire leur discours.
Le rôle de l'analyste institutionnel va être de créer un analyseur construit ou de le repérer s'il existe déjà. L'analyste est pris dans l'analyseur, il a donc une position interne et doit en permanence se surveiller, s'autocritiquer, s’extérioriser. Lapassade dit que ce n'est pas une position facile car on est mis face à ses contradictions.
L'analyste va tenter de repérer ce qui est épars dans l'analyseur.
Lapassade se sent comme un arpenteur en référence à l'ouvrage de Kafka, « Le château ». Dès son arrivée à Montréal, il se voit comme analyseur et non comme analyste, car sa seule arrivée provoque des réactions.
Déchiffrer le « caché » de l'institution
En fait, en arrivant à Montréal, Lapassade a une petite idée derrière la tête qui risque fort de ne pas être totalement en adéquation avec la commande du client. Lui, quand il entre en analyse institutionnelle, c'est dans le but de briser le refoulement social, libérer la révolution, la transformation du système par l'intervention de tous. Il doit, pour cela repérer et lever les mécanismes de la censure. Il faut aller chercher ce qui est caché, seul cela mérite l'analyse et le caché, c'est l'institué. Qu'est-ce que l'institué? Lapassade donne l'exemple des examens. Le visible, c'est la sélection, le caché, l'institué, c'est la ségrégation de classe.
L'institution universitaire croise des instances économiques (production de savoir et leur rentabilisation), politiques (formation de la future classe dominante), idéologiques (production d'un savoir au service de la classe dominante). C'est une institution dominante.
Le but de la socioanalyse n'est pas de modifier l'idéologie de l'institution dans un sens particulier mais de permettre à tous les acteurs de l'institution de se saisir de ce qui dévoilé lors de cette intervention. Pour cela, il faut tout dire.
6 h 38 Danger Mouse, dark night of the soul
Je voulais écrire rapidement avant de me préparer pour aller au travail sur la manière dont j'avais fait mon compte rendu de lecture de l'Arpenteur. Peut-être parce que c'est présenté sous forme de pièce de théâtre, j'ai eu envie de sortir du compte rendu « universitaire » pour tenter de faire quelque chose de vivant. Du coup, j'ai trouvé cela plaisant et je me suis dit que ce pourrait être une sorte de prolongement de ce que fait Franck (2) avec ses conférences gesticulées. Je me rappelle en 2007, dans le collectif d'éduc pop, un participant avait dit que lui, il ne pouvait pas lire des livres « sérieux » et que ce serait bien que quelqu'un les raconte simplement. Ma soeur Louise aussi dit qu'elle ne peut pas lire ce genre de livre et que c'est son mari Romain qui les lui raconte le soir dans le lit. Elle aurait aimé qu'il existe des groupes où chacun raconterait ses lectures. C'est une idée à travailler. Peut-être devrai-je ouvrir un journal des idées?
Du coup, je ne sais plus pourquoi, j'ai commencé à relire mon journal de ma formation et j'ai été impressionnée de me retrouver un mois et demi en arrière, c'est comme si je lisais quelqu'un d'autre. J'ai failli me laisser happer. Quelle drôle de sensation, cette extériorité par rapport à ce que j'ai écrit.
(1) Il faut préciser que Georges Lapassade entend par intervention une forme particulière d'action du socioanalyste, différente des interventions classiques des psychosociologues. Voir définition de l'intervention socioanalytique dans Georges Lapassade, Vie-oeuvre-concepts, p95
(2) Franck Lepage, « l'éducation populaire, Monsieur, il n'en ont pas voulu » Visible sur le site de la scop le pavé. http://www.scoplepave.org/conf_incul_1_vid.php
Hélène M.
http://lesanalyseurs.over-blog.org