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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Journal d'Hélène M., un exemple de journal de formation pour la licence en Sciences de l'éducation à l'IED de Paris 8 (49)

13/12/2010 19 h 29 Handel Semelé

 

Je viens de poster une partie de mon journal d'hier sur le forum du journal. Je dis une partie parce que j'ai fait des coupes, celles sur mes réflexions sur l'échange avec Luca en psychosocio et ce en relation avec le texte d'Eugène Enriquez « Petite galerie de formateurs en mal de modèle ». Inutile de dire que je me suis défoulée. J'ai donc deux journaux de formation, l'officiel et l'officieux.

Depuis, A. m'a relancée pour que nous avancions sur le livre de Lapassade, L'Arpenteur, tout en essayant de calmer les esprits et puis aujourd'hui Luca, en répondant à une nouvelle inscription tardive a reconnu les défaillances de l'administration et a mis une touche ironique sur mon intervention. Pas méchante la touche, plutôt un clin d’oeil. Il a ouvert un sujet autogéré par les étudiants pour aider les retardataires. J'y ai mis un mail de bienvenue.

 

Bonjour,

Suite à la condition catastrophique dans laquelle est notre département et notamment son administration il y a des retards intolérables dans les inscriptions. Ce n'est pas votre faute, et par conséquent je vous inscris tous, mais je ne sais pas comment vous pourriez rattraper le retard. Vous êtes désormais une centaine, et je ne peux pas revenir sur les séquences passées pour aider les nouveaux arrivants. J'ai proposé de créer de groupe d'entraide entre étudiants "avancés" et nouveaux arrivants, mais on m'a accusé de proposer de normes liberticides.

On fait comme ça : je crée juste un espace vide, un forum. Je n'y interviens pas. A vous de l'autogérer et de trouver des solutions. Si ça ne marche pas, remarquez: A-S, H., A., A. et d'autres aident déjà les étudiants en retard dans les différents sujets ouverts. Il y a un sujet avec des fiches d'ouvrages lues. D'autres sur des questions ouvertes où vous pouvez intervenir tout le temps.

Luca

 

Toutes ces histoires m'ont appesantie et je n'ai donc pas beaucoup avancé. D'un autre côté, au moins dans un cours, il a été reconnu que l'administration avait merdé et rien que pour ça je suis contente. Peut-être qu'au niveau des enseignants, ils feront pression pour que des possibilités soient offertes pour aider ces étudiants. Nous verrons cela au regroupement du 29 !

Du coup se repose la question de cette licence et de pourquoi je me mets une telle pression. En permanence, j'oscille entre accélérer le rythme pour la finir cette année et y aller tout doux, la passer en deux ans ou pas du tout. On peut ne pas me donner le papier, ça n'enlèvera rien à ce que j'ai appris. Le problème c'est que ça m'empêche de continuer avec l'institution. Et je n'arrive pas encore à savoir si cette institution m'est indispensable ou non.

Je suis en retard sur tous mes autres journaux. Maudite lenteur !

 

14/12/2010 5 h 21

 

En reprenant la lecture de ce qu'avait écrit A. dans sa fiche de lecture sur L'Arpenteur, je me suis dit, qu'avant tout, pour continuer le travail avec elle, je devais m'attacher à présenter l'auteur. L'enthousiasme pour ce livre, fait suite, à tout ce que j'ai lu sur Georges Lapassade sans vraiment le noter. Il imprègne Paris 8, c'est une sorte de musique d'ambiance.

J'ai commencé la lecture de « Groupes, Organisations, Institutions » que je n'ai pas fini. C'est un livre parfois difficile à lire, il prend beaucoup de temps car il fait appel à des présupposés que je n'ai pas et que je découvre au fur et à mesure.

Dans L'Arpenteur, c'est un exemple de ce que cette théorie peut donner sur le terrain. C'est plein de vie, de créativité, de réactivité. Tout est tout le temps remis en question. Il y a un tel sentiment de liberté qui se dégage de ce livre, que l'on ressent une envie supplémentaire de vivre en l'ayant lu.

Pour sa biographie, j'ai donc pris le livre de Remi et Charlotte Hess, « Georges Lapassade] Vie. OEuvres. Concepts. (1)

 

Georges Lapassade est né dans un petit village du Béarn en 1924. Il en gardera l'accent toute sa vie et le sentiment de déracinement. Après avoir fait l'école normale de Pau, il devient instituteur. Il continue ensuite des études de psychologie et de philosophie. Il commence ses recherches vers 1947-1949 à Paris au CNRS. Il  fréquente le Quartier Latin et les Existentialistes.

Lecteur de la revue Socialisme et Barbarie et participant à la revue Arguments (dont il est fait mention dans le chapitre 9 du cours), il commence à s'intéresser à la dynamique des groupes en 1958 et invente l'Analyse Institutionnelle inspiré en cela par la psychothérapie institutionnelle de Jean Oury et Félix Guattari.

En 1962, il soutient sa thèse d'Etat sur « L'entrée dans la vie, essai sur  l'inachèvement de l'Homme ». C'est une période où il anime des sessions de formation de groupes pour les syndicalistes de l'Unef et élabore sa critique radicale de la bureaucratie.

Il fait un bref passage à l'université de Tunis, comme maître de conférence, d'où il sera viré pour avoir soit disant initié une grève dans le cours de Michel Foucault. Il commence à s'intéresser aux phénomènes de transe.

En 1965, c'est la sortie de « Groupes, Organisations, Institutions » et le développement d'une méthode, la socioanalyse dont le mot d'ordre est « faisons l'analyse de nos propres institutions ».

Il participera activement au mouvement de Mai 1968 et prend conscience que la remise en cause des institutions ne peut se réaliser réellement que par les institués eux-mêmes (2). Formé au Living Theatre et aux happening, il est l'un des animateurs critique de la contre culture et fera un passage remarqué au festival d'Avignon qu'on l'accuse d'avoir saboté.

Il continue ses recherches sur les phénomènes de transe entre 1970 et 1972 au Maroc à Essaouira et au Brésil. A la suite d'une conférence à Rio sur les institutions au cours de laquelle il évoque une question qui le concerne, celle de l'homosexualité, il est prié de quitter le pays.

Après la sortie de son livre « Procès de l'Université », il est invité à Montréal pour réorganiser l'université. L'arpenteur est le compte-rendu de cette intervention à laquelle le Parlement du Québec mettra fin.

En 1971, il entre à l'université de Vincennes créée en 1969 (transférée à Saint Denis en 1980) à la suite de la fondation en 1968 du centre universitaire expérimental. Il se liera pour le reste de son existence à cette université. Il y développera les concepts d'autogestion pédagogique et d'analyse institutionnelle.

En 1980, il commence à s'intéresser à l'ethnométhodologie.

En 2002, il participe avec des enseignants et des étudiants de Paris 8 à la création de la revue d'analyse institutionnelle, Les IrrAIductibles.

 

Une des particularités de Lapassade est de remettre en cause en permanence ce qui est établi, de dévoiler le caché, de permettre l'émergence du refoulé central du système social : la révolution.

Chacune de ses expériences, de ses interventions est l'occasion de la sortie d'un livre.

On lui reprochera souvent de foutre la merde ce à quoi il répondra : « Je ne fous pas la merde, je la remue! »

Vivant comme un pauvre, hébergeant et aidant les étudiants désargentés ou sans papier, il restera même après sa retraite et jusqu'à sa mort en 2008 un acteur fondamental de Paris 8.

 

(1) Les grands théoriciens, sciences humaines, Editions Ellipses, Paris, 2000, 122 pages

(2) Voir avant propos pour la troisième édition (1970) de Groupes, Organisations, Institutions.

 

Hélène M.

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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