Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

Georges Lapassade : La Fac ici et maintenant (Extraits d'un journal de route) (1)

La Fac ici et maintenant (Extraits d'un journal de route)

 

 

 

Yves Lecerf m'a apporté l'autre soir le volume III de la revue « Problèmes d'épistémologie en sciences sociales » qui contient des textes de Harold Garfinkel enfin traduits, des commentaires de Conein, de Quéré, de Pharo, de Renaud Dulong... pour la défense de R. Jaulin. J'apprends par la même occasion que la règle à Paris VII serait celle de l'indexicalité rigoureuse dans les récits et monographies : il faut que les mémoires de maîtrise et de D.E.A. soient écrits, me dit Lecerf « à la première personne toujours » et dans une perspective nominaliste que je connaissais déjà.

 

 

Pour Lecerf, ce bouclier garfinkelien, qui sera « fort utile à nos étudiants » (je donnerai un enseignement chez eux l'année prochaine sur les transes) est un détour obligé étant donné les exigences de l'institution universitaire : - « les mémoires écrits à la première personne ne font pas sérieux, il faut donc armer nos étudiants, leur donner les moyens de riposter à l'adversaire (les sociologues) en faisant l'analyse de l'indexicalité... ».

 

 

Je suis dans la même situation avec mon journal comme avec toute ma pratique institutionnaliste : je voudrais moi aussi justifier par Garfinkel (mais quel travail !) ma prétention de tout faire passer dans mon Journal et de donner comme « rapport de recherche sur les transitions à l'Université » ce seul Journal. Mais il faudra beaucoup argumenter, et d'abord pour moi-même, devant moi-même, pour me convaincre et m'autoriser à persévérer dans cette manière, et sur ce terrain. Une réflexion «ethnométhodologique » plus poussée devrait m'aider à admettre ma prétention de donner à lire ce qui se passe ici, au jour le jour.

 

 

J'évolue de plus en plus en ce moment vers une conception ethnographique et ethnométhodologique de l'analyse interne : c'est comme une endo-ethnographie qui prendrait en compte l'historicité du locuteur qui ne chercherait plus à s'inspirer de l'analyse en situation de consultation.

 

 

Je dois aussi me débarrasser de l'idée, que pour «construire » l'analyse interne (idée habitée par un relent de « professionnalité ») je devrais passer par le modèle de la socianalyse. L'analyse interne est toujours indexicale, historiale, de « sens commun » inévitablement, - au lieu que la notion de « l'analyse » véhicule une prétention à l'impossible « objectivité ».

(...)

 


Je suis entré à l'instant dans la salle 422 où se trouve mon armoire. Une fille fouillait dedans. D. avait installé dans la petite pièce un groupe de ses étudiants, de son U.V. de ce soir, leur avait confié sa clé du local avec la consigne, probablement, d'y retrouver quelques statistiques. Je les ai priés de sortir aussitôt, mais ils ont refusé avec une certaine insolence.

 

 

J'ai téléphoné à la loge pour demander aux gardiens de venir m'aider à expulser les occupants :

Nous ne sommes que deux ! ont répondu les gardiens, impossible de venir !

 

 

Pendant que je téléphonais, les cinq étudiants avaient abandonné, finalement, le terrain. L'un d'eux est revenu quelques instants plus tard, chercher une chaise en me demandant l'autorisation avec une fausse humilité narquoise :

D'ailleurs, je reviendrai encore vous ennuyer si j'ai besoin de quelque chose.

 

 

Quand Gisèle, l'autre jour, m'a proposé cette vieille armoire sans serrure pour mettre mes documents dispersés, j'ai eu l'impression qu'on me faisait une grande faveur. Je devais même la dissimuler soigneusement, n'en parler à personne. Ailleurs, dans les autres universités, les professeurs ont un bureau. Au pire, ils le partagent avec un collègue. A Paris VIII, nous n'avons rien. Nous avons tellement laissé pourrir notre «image » quand nous étions dans le bois qu'au moment du déménagement forcé, en 1980, il n'y avait plus personne pour nous défendre. On a dû se contenter de ce qu'on nous donnait à Saint-Denis.

 

 

Dans quelques années, si tout marche bien, si Frioux tient le coup, on sera moins nombreux dans la fac (mais c'est peu probable), et nous aurons peut-être de petits bureaux pour mettre notre manteau, l'hiver, et les thèses un peu trop lourdes pour les transporter à la maison. Mais je n'en profiterai pas, je serai alors en retraite.

 

(...)

 

 

 

Georges Lapassade


Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir : http://journalcommun.overblog.com

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article