Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L'enseignement par petits groupes
L'enseignement par petits groupes était déjà possible quand l'effectif réel ne dépassait pas dix mille étudiants. De plus, il supposait une régulation spontanée des flux, l'ensemble se répartissant de façon équilibrée à l'intérieur des activités proposées. Il n'y a pas, en principe, de « cours magistraux » à Vincennes. En fait, il y a des grands cours, avec un public qui s'entasse, et à côté des U.V. assez peu fréquentées, selon divers facteurs horaires, habitude, côte des enseignants, degré de son libéralisme pour les contrôles, encore qu'un libéralisme systématique provoque la désertion : à quoi bon venir assister au cours si l'on est à peu près assuré d'obtenir à la fin de l'année son inscription sur la liste des U.V ..... Dans ce système, d'ailleurs, les U.V. dites libérales servent de soupape, de déversoir, aux U.V. moins libérales, où l'on exige, et c'est plus fréquent qu'on ne le croit, (c'est pratiquement la règle aujourd'hui) de la présence, des travaux individuels écrits, des exposés...
Les travailleurs, les non-bacheliers
C'est pourquoi les « mesures de divers ordres » recommandées par les statuts à l'intention des non-bacheliers, des travailleurs, ne sont pas prises de manière systématique.
On l'a vu pour l'aménagement des horaires d'enseignement. Il ne correspond pas systématiquement aux réclamations de la population concernée. Il y a beaucoup d'enseignements qui se font le soir. Mais il semble que cela a tendance à diminuer.
Naturellement, ces critiques doivent être tempérées par le fait que non seulement Vincennes est actuellement la seule université de France à recevoir ainsi les travailleurs et les non-bacheliers, mais surtout qu'elle est la seule à pouvoir le faire : il est probable que s'ils étaient envoyés ailleurs, ces étudiants ne pourraient pas mieux y rester. La « pédagogie » de l'université exclut absolument une telle éventualité. Les conditions matérielles et pédagogiques d'accueil à Vincennes ne sont d'ailleurs pas les seules raisons de cette exclusion.
Autrement dit, et pour que tout soit clair maintenant, (mais on suppose cela déjà compris), tout ce qui est dit ici ne pourrait être dit ailleurs parce qu'ailleurs règnent le vide, l'ennui et le conservatisme pédagogique le plus plat. Il ne serait même pas possible de faire un livre sur Censier ou Jussieu qui n'ont aucune existence collective ni même sur une jeune ou vieille université de province comme on peut faire un livre sur Vincennes. Car Vincennes est d'abord un ensemble social réel avec ses propres normes, ces crises...
Le nombre relatif des non-bacheliers a tendance à diminuer. Il constitue entre le tiers et la moitié de la population étudiante. Pour les étudiants salariés, ou les salariés étudiants, les travailleurs d'usine y sont l'infime minorité; la plupart d'entre eux appartiennent au secteur dit « tertiaire » ; ils sont enseignants, animateurs, fonctionnaires de diverses catégories. S'y ajoutent enfin les chômeurs des ASSEDIC (allocation chômage attribuée pour poursuivre des études), qui sont ici pris en compte dans les départements au lieu d'être isolés, comme cela se fait ailleurs, dans des ghettos dits de recyclage et de formation permanente.
Quelqu'un disait un jour qu'à Vincennes, on ne fabrique pas de chômeurs, que Vincennes est la seule université française à ne pas fabriquer de chômeurs. Et dans un sens, c'est vrai. Cette idée signifie que les chômeurs y sont déjà pour une formation nouvelle, et d'autre part, vu l'importance des salariés ayant déjà un emploi et qui viennent y faire des études, (et donc qui n'auront pas à chercher un travail à la sortie comme les autres étudiants), eh bien que Vincennes se trouve être l'université qui a le taux de chômeurs, à la sortie, qui est le plus bas (et de loin).
L'organisation de l'année universitaire en trois « semestres », dont un l'été, nécessairement, est un projet depuis longtemps abandonné. L'organisation en deux semestres est, par contre, effective. Pratiquement tous les départements établissent chaque année, fin février, pour le premier semestre, en juin pour le second, les listes de validations.
Un étudiant peut obtenir un maximum de 6 U.V. par semestre. Chaque U.V., cela a déjà été dit, correspond à un enseignement hebdomadaire de 3 heures (On y ajoute le temps passé à préparer des travaux correspondant à ces 3 heures qui sont ainsi, en principe, triplées).
Cela signifie qu'un travailleur qui ne peut venir que le soir, arrive chaque soir à 19 heures, suit un enseignement de 19 à 22 heures pendant les cinq jours de la semaine, correspondant à 5 U.V. et peut également venir suivre des cours le samedi, toute la journée. Il peut, évidemment, cela va sans dire, suivre des U.V. dans la journée également s'il dispose du temps nécessaire, mais il n'est pas possible d'obtenir plus de 12 U.V. dans l'année.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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