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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (82)

30 avril (suite 2)

 

 

Transe de la nuit dernière (suite).

 

 

Je me suis couché une fois encore, et puis, je me suis levé à nouveau pour noter que je relis en ce moment, ou plutôt que j'ai entrepris l'autre jour la lecture d'un essai de Freud, intitulé « Rêve et occultisme ». Mais il m'est pénible de me lever ainsi continuellement ; je devrais garder près de moi, la nuit, un magnétophone pour enregistrer le texte de mes transes, et les transcrire le lendemain.

 

 

Je ne peux pas passer le reste de cette mauvaise nuit à me lever, me coucher, me lever encore pour noter tout ce qui se passe ! Je vais laisser la lampe allumée, mais la lumière va chasser mes rêves.

 

 

Baudry me parlait, hier de la dimension hallucinée des rêves. Décidément, voila qu'il fait figure d'analyste dans ma transe. Je m'arrête à cette curieuse expression : «faire figure».

 

 

C’est une image qui a un sens fort, mais cette force s'atténue, pâlit et s'abolit quand je me lève à nouveau.

 

 

Mon style même change selon que je suis couché dans mon lit ou debout.

 

 

Il est maintenant 5 heures 45 à mon réveil, 6 heures 05 à ma montre : vivement que le jour se lève ! Il chassera mes noires images comme le lever du jour fait mourir Nosfératu. Je revois sa mort, filmée par Murnau.

 

 

Deux idées-images me viennent maintenant : la première est celle du festival « cinéma et paranormal » : je pense encore à Nosfératu, puis à Mabuse... Mais, voici que le jour se lève, enfin !

 

 

Je suis maintenant tout à fait réveillé. Il est six heures. Ma fatigue de ces derniers jours m'inquiète, c'est peut-être le nouveau médicament qui me coupe les jambes.

 

 

Je retrouve une réflexion de Baudry, hier, sur les relations entre l'amour et l'hypnose, où l'hypnotiseur remplace l'idéal du moi. Amour, hypnose, rapport, transfert : le transfert n'est pas liquidé par l'analyse. Baudry semble penser qu'il peut être « liquidé ». Il ne l'est pas, de sorte que l'analyse est une hypnose au long cours. Dans la psychanalyse, l'hypnose est maintenue.

 

 

Quand j'ai écrit ce qui précède, j'en avais une idée très claire, très vive, et je savais en même temps qu'elle était condamnée à ternir, qu'au moment de la transcrire, elle aurait perdu son éclat de la nuit.

 

 

Il est maintenant 6 heures et le jour s'est levé. Je vais pouvoir maintenant me lever, alors que tout à l'heure j'avais très peur de me coucher avec mes fantômes. Je trouvais mon lit cruel. Je n'aime pas dormir dans mon lit, j'aime aller dormir ailleurs que chez moi.

 

 

Je ne voulais plus me coucher. J'ai noté : « la couverture noire du deuil ».

 

 

Je n'aime pas cette couverture, qui vient de Tunisie. Elle évoque pour moi le lourd voile noir, avec des larmes de fil argenté, dont on couvrait le catafalque à Arbus, le jour de l'enterrement. Je ne mets jamais cette couverture sur mon lit.

 

 

Otrante. Je pense au voyage de Michaux dans le Salente. Je me suis trompé, je voulais écrire « Leiris » pour Michaux. Double lapsus : mon intention était d'écrire « Baudry » : il me parlait, hier soir, de son voyage dans le Sud italien. Nous avons évoqué alors les petits ports de la péninsule salentine, Castro, Gallipoli, mais je ne parvenais pas à désigner celui auquel je pensais à ce moment là : Otrante.

 

 

Or, à chaque fois que j'ai visité Otrante, j'ai pensé au livre noir anglais : Le château d'Otrante et de là à toute cette littérature de terreur qui inspira Balzac. Lorsque j'ai retrouvé le nom que je cherchais, j'ai revu le grand Arbre de vie qui décore le sol de la cathédrale d'Otrante. C'est un grand livre d'images, une enluminure médiévale géante. J'ai écrit « enluminure » parce que ce dernier épisode, cette image ultime d'Otrante, me faisait retrouver à la fin le premier thème de mon rêve, celui qui s'était présenté le premier dans mes souvenirs de la nuit.

 

 

Je me suis levé à 9 heures. J'ai pensé que cet épisode pénible de ma nuit ne pouvait pas être transcrit dans mon journal comme un rêve suivi d'associations.

 

 

Il m'arrive assez souvent de passer ainsi une heure, à peu près, à associer sur un rêve, - comme je l'avais pour le rêve d'un autre château, lui aussi en relation avec Nosfératu, que j'ai noté, transcrit, puis égaré.

 

 

Je me souviens maintenant, à 17 h 30, que Michaux me disait l'autre soir : « On peut rester sur un rêve durant des années ».

 

 

A 9 heures, ce matin, j'ai écrit : « quel nom donner à ce qui vient de se passer ? J'ai pensé à «séance », à «tranche » (d'analyse), puis à « sabbat », je me suis souvenu alors d'une lecture récente : un livre, publié probablement en 1889, par le Dr Meignard, de l'école de Charcot, avec un long chapitre sur les sorcières. Meignard raconte qu'au sabbat, selon la croyance populaire, on mangeait des crapauds.

 

 

(Puis) : « Je suis dans une mauvaise passe, avec ce chapitre encore à écrire, pour mon Que Sais Je ? sur la psychanalyse et la transe. Il m'oblige à lire et relire Freud continuellement, ce qui réveille probablement mes démons ».

 

 

Georges Lapassade

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

 

Lien vers le nouveau blog :http://journalcommun.overblog.com/

 

 

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