Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
30 avril (suite 3)
19 heures. Toujours le malaise, ça n'arrête plus, avec envie de vomir. Mes jambes sont faibles et j'ai peur du sida. Cette peur ne me quitte plus. Elle est certainement un élément essentiel de ma dernière transe. Elle commençait par le rêve du Macintosh, avec la mouche qui se promène sur l'écran, guidée par l'impulsion de l'utilisateur qui presse une commande et désigne, par la place de la « mouche », la fenêtre, qu'il veut ouvrir dans la mémoire de l'ordinateur.
Le Macintosh a quelque chose à voir avec mon Journal, où tout est juxtaposé comme dans ma vie, et peut-être dans toute vie. Elle simule non seulement l'inconscient, mais l'éclatement de la conscience dans toutes ses activités du jour et de la nuit. Il faut dans la vie continuellement penser à un rendez-vous,- et l'agenda l'indique -, à enregistrer une page du journal, mais aussi à écrire le Que Sais Je ? En ce moment, je voudrais passer de l'un à l'autre, sans changer de disquette, mais c'est impossible avec ma machine à traitement de textes.
Hier soir, F. Baudry m'a complimenté pour mon Journal : « Tu es peut-être en train d'inventer quelque chose », me disait-il, peut-être parce qu'il y retrouve la dérive psychanalytique, dans la cure, et donc se retrouve, dans ce qu'il appelait hier un « va et vient continuel, entre les rêves, l'analyse institutionnelle, la réflexion sur la fabrication de ce journal... ».
Le rêve, qui constituait le premier acte de cette transe nocturne, parle de mon Journal, de sa fabrication, de mes doutes. C'est un rêve sur l'écriture.
Mes ennuis d'oreille sont eux aussi pour quelque chose dans cette nuit de cauchemar ; ce mauvais trip.
La mouche parle de la mort qui vient.
Eveillé mais toujours fiévreux, je tente en ce moment un travail d'analyse de ce rêve. La nuit, je n'ai pas fait ce travail ; j'ai associé mais sans interpréter. Je pourrais maintenant essayer de comprendre pourquoi le festival de Mogador est un curieux truquage : il n'a plus lieu, mais, par un déplacement d'images, comme on peut traiter un texte en déplaçant certaines parties, nous allons faire croire qu'il aura lieu cette année.
Récemment, Abdelghani M., de passage à Paris, m'a annoncé qu'il y aurait un festival à Essaouira l'été prochain et j'ai pensé que je devrai me cacher dans la ville pour éviter de rencontrer mes ennemis.
Ces festivals marocains de l'été sont en rapport avec ma façon de faire de « l'ethnologie interventionniste » et, de là, avec mon malaise marocain. Mais tout cela est encore assez vague et je suis trop fatigué pour aller plus loin.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org
Lien vers le nouveau blog :http://journalcommun.overblog.com/
Si vous voulez recevoir automatiquement les nouveaux textes, dès leurs mises en ligne, abonnez-vous directement au flux RSS (colonne de droite)