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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (6)

La cogestion instituée

 

La Loi d'orientation implique, non pas l'autogestion (le terme n'apparaît nulle part) mais l'autonomie de chaque Université et la cogestion dans le cadre de l'autonomie.

 

L'autonomie signifie essentiellement une « autonomie budgétaire ». Chaque université va recevoir une «enveloppe» pour ses équipements, son fonctionnement et elle va gérer cette allocation.

 

La cogestion signifie que des conseils d'U.E.R. et un Conseil de l'université, avec représentation paritaire des enseignants et des étudiants, vont être élus, qu'ils vont élire un Président de l'Université et qu'ils vont gérer le budget, les programmes, etc., dans certaines limites. C'est bien ce qui se passe à Vincennes.

 

Mais s'il est vrai que des Conseils de gestion sont élus dans la plupart des U.E.R. de Paris VIII, dans la réalité, ces U.E.R. ont presque tous éclaté en « départements » qui sont, de fait, autonomes.

 

Il existe à Vincennes comme ailleurs, un Conseil de l'Université régulièrement élu, un Bureau du Conseil, et un président de l'Université comme on l'a déjà indiqué. Mais un certain nombre d'enseignants ne vote pas.

 

Et pourtant, les enseignants - et moins directement les étudiants -, « participent » cependant, mais par des voies non institutionnalisées, à la gestion de Vincennes.

 

Et c'est là, semble-t-il, un trait original de ce «laboratoire social».

 

 

« L'autogestion informelle » : les « commissions consultatives »

 

Le conseil de Paris VIII, pour des raisons de conjoncture politique, est donc élu par une minorité d'enseignants et d'étudiants.

 

Or, il est nécessaire de « gérer », même si on ne «gère» que la pénurie. Plus exactement : on va gérer, précisément, parce qu'il y a « pénurie ». Par exemple : il faut répartir les crédits entre les différents départements qui réclament des équipements, des budgets de fonctionnement, des chargés de cours (assurant 60% des enseignements de Vincennes) pour compléter le personnel enseignant mensualisé.

 

Ce travail de gestion (concernant la répartition des budgets et des locaux, les options pédagogiques, la répartition des heures complémentaires, etc.) se fera dans des Commissions consultativesoù chaque département va envoyer un représentant.

 

Les départements eux-mêmes sont gérés par des collectifs d'enseignants» dont la tache tend à être plus effective que celle des conseils d'U.E.R. Enfin, dans les Départements, des Assemblées Générales des étudiants et des enseignants tendent, souvent, à prendre la direction des affaires ou du moins à devenir le lieu d'un contrôle étudiant.

 

C'est à ce niveau « informel », mais à ce niveau seulement, qu'on pourrait parler d'autogestion à Vincennes.

 

En réalité, il y a dans ce système, des zones d'autorégulation collective de la gestion qui se juxtaposent à la structure légale de la cogestion des U.E.R. et de l'Université.

 

Il s'agit donc là d'autogestion « spontanée » mais non institutionnalisée. J'entends ici par autogestion, en effet, la gestion par la collectivité des membres d'une institution donnée. Ainsi, il est bien vrai que les Assemblées Générales des départements sont des institutions « autogestionnaires ». Mais quel est leur pouvoir effectif de gestion? Tout le problème est là.

 

 

Un double système

 

Il n'existe donc pas un modèle simple de Vincennes. Vincennes est co-gestionnaire par la loi d'orientation et donc anti-autogestionnaire. Mais comme la conjoncture politique de Vincennes a empoché jusque ici l'application stricte de la cogestion, une autogestion de complément a permis à la cogestion instituée de fonctionner.

 

Il faut ajouter, enfin, que le modèle « autogestionnaire » implicite, ou informel, (non prévu par la loi, imposé par les circonstances) parait être actuellement en régression. En même temps, le pouvoir de la structure officielle co-gestionnaire (le Conseil de l'Université) est de plus en plus effectif.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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