Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (5)

Chapitre 1

 

 

Analyse interne à Vincennes

 

 

Introduction

 

Le premier août 1968, Edgar Faure, sur l'avis d'Alliot, son chef de cabinet, décide de créer deux centres universitaires indépendants de la Sorbonne: Dauphine pour la gestion, l'économie et le droit, (Vedel fût nommé chargé de mission pour concevoir ce « Centre Dauphine») ; et Vincennes.

 

 

Création de Vincennes

 

 

Vincennes sera un centre spécialisé dans les sciences humaines. Las Vergnas, alors président de Paris-Sorbonne, eut la responsabilité de concevoir ce nouveau centre. Pourtant rapidement épuisé par Mai 68, il se déchargea plus ou moins du fardeau et passa le relais à Pierre Dommergues, son assistant à la Sorbonne.

 

 

D'annexe prévue pour 1500 étudiants, on passa progressivement à l'idée d'une université de 3000, puis 4500 et finalement 7000 étudiants au cours du mois d'août sous la pression du rapport de force conjoncturel de Mai-Juin 68, mais aussi grâce à l'insistance du groupe d'études réuni autour de Dommergues.

 

 

Il s'agissait alors d'essayer de définir de nouvelles conceptions pédagogiques telles qu'elles semblaient découler de Mai. Dommergues passa son mois d'août à tenter de visualiser ces projets en concevant le dispositif spatial (petites salles, choix des matériaux...) qui se forment à partir d'autres critères que ceux existant à la Sorbonne. Les enseignants devaient être choisis en fonction de leur compétence, mais surtout en fonction de leur intérêt pour les questions pédagogiques.

 

 

Michel Foucault fût chargé de composer l'équipe du département de philosophie; Passeron, celle de sociologie; Julliard, celle d'histoire ; Levailland, celle de Français ; Frioux, celle de Russe ; Debeauvais, celle de sciences de l'éducation... Il y avait aussi H. Cixous et Dommergues en anglo-américain, et quelques autres…

 

 

Deux conceptions vont alors s'affronter.

 

 

D'une part, celle d'une université critique, ouverte aux non-bacheliers et aux travailleurs ; d'autre part, celle qui voyait dans Vincennes un super centre de recherche (dont l'absence se fait toujours sentir).

 

 

C'est la première conception qui devait l'emporter. Non sans mal. Ainsi Pierre Dommergues était en difficulté avec le Ministère au moment des premières inscriptions: sur la question des non-bacheliers, Dommergues qui s'était occupé des examens d'entrée en faculté pour étudiants non-bacheliers lorsqu'il était à la Sorbonne, était isolé vis-à-vis du ministre... Ce qui a précipité les choses, c'est une action du personnel vincennois qui a mis à sac les salles d'inscription et qui, en distribuant largement des cartes d'étudiants à des non-bacheliers, a réussi à faire pression. (De ce point de vue, le Bulletin Officiel de l'Education Nationale de novembre et décembre 68 est intéressant : sa lecture montre les glissements successifs du Ministère sous la pression des premiers étudiants et enseignants).

 

 

Dès le départ, Dommergues voulut orienter le Centre universitaire vers un enseignement non-magistral, en vue de changer le rapport « enseignants-enseignes ». D'où l'importance de son travail pour fixer la base matérielle de l'institution, dans une perspective de non-retour. Cette institutionnalisation rapide ne peut pas être à l'abri de toute critique... Ainsi, l'acquisition de matériel lourd en audiovisuel (qui a coûté des centaines de millions) n'a pas été conçue rationnellement.

 

 

En effet, Dommergues, en tant que linguiste, n'avait de l'audiovisuel qu'une vision linguistique (laboratoires de langues...). Il n'a pas eu l'idée que ce pourrait être les besoins abordés du point de vue d'une modification de la relation pédagogique; conception par les étudiants du travail de création... qui aurait nécessité un matériel beaucoup plus léger...

 

 

Voici comment un autre instituant de Vincennes, Michel Debeauvais, présente cette naissance de l'établissement : « La création du « Centre universitaire expérimental de Vincennes», décidée en août 1968 par le Ministre de l'Education nationale a été à l'origine une « innovation décentralisée » conçue « à la base » par ses futurs participants.

 

 

Le projet n'a pas été élaboré par les Services du Ministère ; c'est M. Las Vergnas, alors Doyen de la Sorbonne (Lettres) qui fut chargé de préparer le projet et de soumettre ses propositions au Ministère. Celui-ci constitua un groupe de travail d'enseignants qui élabora en quelques semaines les quelques principes pédagogiques qui demeurent encore les seules modalités de fonctionnement réglementées à Vincennes: système des Départements, des semestres et des unités de valeur (10 par an), ouverture aux non-bacheliers et aux travailleurs, interdisciplinarité. Cette innovation n'a pas été planifiée à l'avance, mais a eu (et gardé) un caractère de quasi-improvisation. Entre septembre et décembre 1968, 250 enseignants volontaires furent nommés (par un système de cooptation en deux étapes), l'emplacement choisi, et la construction réalisée. L'accueil des premiers étudiants (10 000 au lieu des 7 500 prévus) eut lieu au début de janvier 1969, soit cinq mois après la décision initiale. Un décret précisa le statut expérimental du Centre universitaire sur quelques points particuliers : admission des non-bacheliers, inscription des étudiants sans conditions restrictives fondées sur le lieu de résidence, modalités du contrôle des connaissances.

 

 

Avec l'application de la Loi d'orientation sur l'enseignement supérieur (1969), le Centre universitaire de Vincennes est devenu l'une des treize universités parisiennes, sous le titre de Paris VIII. Son statut expérimental n'a été ni confirmé, ni expressément abrogé. Ce qui en reste dans les faits se réduit au recrutement national (i.e. sans limitation de résidence) et à des modalités plus souples pour l'admission des non-bacheliers et le contrôle des connaissances ». (in : Connexions, 4).

 

 

L'expérience de Vincennes, c'est celle de la cogestion instituée par la loi, mais « doublée » ou complétée par une « autogestion informelle ».

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article