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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (40)

I - Communication préliminaire (résumé)

 

 

1) Le mouvement institutionnaliste trouve sa première origine dans la psychothérapie institutionnelle. Quelle était la place de l'analyse interne dans les premiers commencements du mouvement ? A lire, ou relire, les textes fondateurs, on découvre que cette place paraissait assez restreinte. L'un des points essentiels de la nouvelle école tient en une formule célèbre de Tosquelles : « Il convient de soigner l'institution de soins». Ce programme est décrit dans une formule un peu plus développée : « Il convient avant toute chose de soigner l'hôpital en désaliénant les rapports sociaux, en tenant des réunions avec les malades, avec les infirmiers, en impulsant des coopératives, des clubs intra-hospitaliers».


Ces réunions sont des « lieux d'analyse ». Cependant, la finalité n'est pas l'analyse. Le but visé, ici, c'est de «débureaucratiser » l'institution. Ce travail de «débureaucratisation » implique une certaine dimension d'analyse du fonctionnement institutionnel.

 

 

Tosquelles   cite   à   l'appui   Daumezon,   dont le programme est le même : « Il faut que tous traitent l'hôpital, voire les hôpitaux psychiatriques en général ». Et il compare ce programme à celui de la révolution sociométrique de Moreno. La sociométrie morénienne, qui insiste sur l'importance de la « communauté », (concept équivalent à celui de « l'institution » au sens de l'établissement), est centrale dans les écrits de Tosquelles. Il montre que la réforme introduite dans l'hôpital va produire «une série de tensions». Ce sont ces tensions, écrit Daumezon, qu'il conviendra d'expliciter, d'éclairer de manière à les orienter vers la résolution... Commentaire de Tosquelles : «D'où la fonction des réunions du personnel». Que fait-on dans ces réunions? Des bilans, des commentaires de la vie quotidienne dans l'hôpital, et notamment des difficultés, rencontrées, au jour le jour, dans le travail. On met en oeuvre  ainsi    une   sorte   de «psychosociologie organisationnelle » qui est pratiquée de l'intérieur, et non par des sociologues étrangers à l'établissement.

 

 

Tosquelles cite une autre formule de Daumezon à laquelle, dit-il, il ne souscrit pas entièrement: « Tout doit se passer, en principe, dans le cadre des groupes sociaux, de telle sorte, par exemple, qu'aucune interprétation personnelle ne soit fournie au sujet, mais des interprétations collectives». Commentaire : «Daumezon a formulé cette règle très importante de ne pas donner au malade des interprétations de caractère individuel. Ceci nous semble devoir se rapprocher des techniques de psychothérapie de groupe où il semble bien que les interprétations au niveau du groupe, ou du phantasme de groupe, comme disait déjà Bion, sont l'a. b. c. du métier ».

 

 

Commentaire ambigu, et peut-être quelque peu restrictif: en effet, le texte de Daumezon semble laisser ouverte l'éventualité d'interprétations collectives, énoncées, cette fois, à des fins directement thérapeutiques (et non plus de dé­bureaucratisation et de traitement des tensions organisationnelles). Ces « interprétations collectives se situeraient au niveau du groupe, mais aussi, dans le groupe, au niveau institutionnel qui le traverse ». Ce sera là, d'ailleurs, pour nous, en 1962, le point de départ de l'analyse institutionnelle dans les groupes.

 

 

L'interprétation des processus collectifs, lorsqu'elle s'arrête au niveau des interrelations dans le groupe, laisse hors analyse un impensé qui fonde le groupe : son institution, au sens actif et fort, ainsi que son environnement institutionnel.

 

 

Une impression générale se dégage de ces textes: l'analyse institutionnelle était implicitement présente dans la première psychothérapie institutionnelle, mais comme un accompagnement de l'action, une technique d'appoint. Contrairement à ce qui se passe dans la cure psychanalytique, l'analyse, en thérapie institutionnelle, est une technique d'appoint.

 

 

2) Si, par institution, on entend un établissement (de soins, de formation...), alors la pédagogie institutionnelle est un mythe. Contrairement à ce qui se passait dans la psychothérapie institutionnelle, les pédagogues institutionnalistes n'avaient pas le pouvoir dans les établissements d'enseignement où ils exerçaient leur métier. Cette « pédagogie institutionnelle » se limitait donc au groupe classe, que l'on s'efforçait de mettre «en autogestion ».

 

 

Les chefs d'établissement, contrairement aux directeurs institutionnalistes de certains hôpitaux psychiatriques, étaient hostiles à notre pédagogie autogestionnaire, qui était une technique de groupe. Si analyse collective il y avait, c'était donc, le plus souvent, au seul niveau du groupe. Cependant, l'institution de l'autogestion dans la classe (et non dans l'établissement) avait, sur les établissements d'enseignement, des effets analyseurs à partir desquels l'enseignant pouvait être amené à parler de l'institution.

 

 

La notion de pédagogie institutionnelle était donc mieux appropriée là où je l'ai utilisée pour la première fois : dans les séminaires de dynamique de groupe, où l'on pouvait considérer que le stage, en son ensemble, avec ses groupes et ateliers, était, pour la durée du stage, l'équivalent d'un établissement.

 

 

Dans les années 60, l'analyse institutionnelle définissait une dimension nouvelle dans l'analyse de groupe : la dimension institutionnelle cachée de l'organisation et, au sens fort, actif, de l'institution de la formation. Passer de l'analyse institutionnelle ainsi conçue à la pédagogie institutionnelle c'était, pour nous manier autrement l'institution du stage et de la formation, pousser plus loin les limites de la non-directivité effectivement pratiquée dans les groupes (ateliers), mais pas dans l'organisation de la situation (horaires, programmes, succession des ateliers...).

 

 

La possibilité d'agir au niveau de l'établissement qui nous était refusée jusque là est apparue, après mai 68, à l'Université de Vincennes (A Nanterre, en 1967-68, F. Couchard, F. Gantheret et R. Lourau avaient institué un groupe d'analyse institutionnelle à la suite d'une grève, et jusqu'au 22 mars 1968. C'était une analyse interne de l'université en période chaude par des usagers, enseignants et étudiants. Ce n'était pas une pédagogie institutionnelle). Le Centre expérimental de Vincennes (faculté ensuite, puis Université de Paris VIII) était institué de telle manière qu'une analyse institutionnelle permanente y était possible et, d'ailleurs, affective si l'on entend par analyse institutionnelle, non plus une pratique de spécialistes, mais une recherche spontanée à faire, à la limite par tous, à travers les A.G., les réunions et commissions multiples, les collectifs de départements... Or, notre courant institutionnaliste s'est regroupé à Vincennes à partir de 1972-73 (nomination de G. Lapassade en Sciences politiques en 1971-72, de R. Lourau un peu plus tard, puis de chargés de cours en sciences de l'éducation : entrée de R. Hess, A. Savoye, P. Ville, Françoise Gavarini, Lourau en octobre 1973, puis de Laurence Gavarini, plus tard A. Coulon, A. de Schitère. etc. Entrée également de J. Ardoino. de R. Barbier... Puis à Saint-Denis, de P. Brossard, Y. Etienne). Si nous avons pratiqué souvent, surtout en période de crises, l'analyse interne à Vincennes, jamais nous ne sommes parvenus à nous concerter sur ce point, pour en faire une recherche active permanente. Jamais nous n'avons tenté de publier sur cette question, sauf une fois, et ce fut notre échec : la publication d'un livre collectif sur « Vincennes » par le courant institutionnaliste échoue in extremis en 1976. C'est donc à partir de ma pratique solitaire d'analyse interne à Vincennes (à l'AES, à partir de 1976, et en d'autres instances de l'université) que j'ai travaillé la question.

 

 

Ce retrait massif des institutionnalistes se refusant à pratiquer l'analyse à Vincennes me pose un problème que je n'ai pas encore résolu. Il constitue la dimension essentielle de cet atelier.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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