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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (41)

II-  Discussion de la « communication préliminaire » sur l'analyse interne (résumé)

 

 

Il n'est pas possible de citer tous les participants qui sont passés dans l'atelier ou qui s'y sont installés. Outre la communication préliminaire, plusieurs contributions avaient été distribuées, parmi lesquelles: un texte d'A. Coulon sur la psychothérapie institutionnelle, un texte d'A de Schitère sur « la socianalyse interne », un autre de Remi Hess sur quelques dispositifs d'intervention interne (voir sa Sociologie de l'intervention), des textes de J.A. Bizet et de P. Boumard, une intervention de M. Debeauvais. Il n'est pas possible de les reproduire ici in extenso. On les trouvera dans le numéro 1 des Cahiers de l'éducation (département des Sciences de l'éducation. Université de Paris VIII à St Denis).

 

 

Pour A. Coulon, « organiser une réunion, un club, un groupe du personnel, ce ne sont pas seulement des actes. Ce sont aussi des dispositifs d'analyse... Ils sont explicitement analyse, et pédagogie, des soignants et des soignés ».

 

 

Dans son texte, A. de Schitère précise que dans la «socianalyse interne, il n'y pas de commande, et, par conséquent, pas de staff client, mais « autre chose, qui peut se présenter comme un groupe potentiellement instituant, éventuellement constitué en staff de sympathisants, ou du moins qui ont une demande plus exigeante que d'autres vis-à-vis de ce type d'analyse...». Il s'agit alors de savoir qui peut constituer ce staff, qui va matérialiser la demande du futur collectif, la demande sociale de l’institution. On le voit, cette socianalyse apparaît, dans son dispositif, et malgré les différences recensées, comme un transfert de modèle: on y retrouve quelques aspects essentiels du dispositif socianalytique classique. La notion de l'analyse interne présentée dans la « Communication préliminaire » désigne au contraire un dispositif faible, mal déterminé. De plus, notre «analyse interne » n'est pas l'affaire de spécialistes de l'analyse. Le modèle socianalytique y fonctionne plutôt comme un obstacle dans ce travail de recherche-action sur « l'analyse spontanée ».

 

 

Pour M. Debeauvais, «les institutionnalistes de Vincennes ne se rendent pas compte que Vincennes est plus intéressante pour la recherche institutionnelle que ce qu'ils peuvent observer de l'extérieur, dans leurs interventions psychosociologiques. Aucun d'entre eux, sauf G. Lapassade, n'a jamais considéré Vincennes comme un champ d'observation et d'intervention. Pourquoi ? ».

 

 

La même question est posée, avec quelque virulence, par J.A. Bizet et par P. Boumard. A. Bizet présente sa méthode pédagogique visant à faire apparaître et analyser l'Autorité. Patrick Boumard interroge : « De quoi en fin de compte, se soutient l'argument pseudo-psychanalytique, utilisé en réponse à Lapassade? De la nécessité de l'extériorité de l'analyste par rapport à son champ d'intervention ? Dans ce commentaire, écrit en cours d'atelier, P. Boumard dénonce le climat d'affrontements idéologiques qui s'y est produit : « La chute effrayante du niveau théorique, immédiatement après l'intervention initiale de G. Lapassade (« pourquoi ne faisons-nous aucun travail socianalytique sur Vincennes même ? ») laisse à penser que les socianalystes ont des raisons, nullement innocentes, de déserter Vincennes comme praticiens, alors qu'ils y sont installés confortablement comme chercheurs, voire comme théoriciens... Renversant ce que je considère comme une perversion de l'analyse institutionnelle, je propose, au contraire, à partir de la description de ma pratique de formateur d'enseignants, de privilégier l'analyse interne, permanente, de longue durée et multidimensionnelle... ».

 

 

Ces propos assez vifs font allusion aux débats qui ont éclaté au cours de cet atelier.

 

 

Dans son intervention, F. Mellet a décrit son enseignement à l'institut d'urbanisme de Vincennes, en revenant sur la « redécouverte des sources de l'analyse institutionnelle». Il reprend lui aussi la question qui aura finalement dominé le cours de cet atelier : « Pourquoi les institutionnalistes de Vincennes préfèrent-ils intervenir « socio-analytiquement » à l'extérieur au lieu de s'intéresser à l'analyse de Vincennes ? ».

 

 

Cette question du non-engagement des institutionnalistes enseignants à Vincennes était adressée à des absents. Occupés ailleurs, dans d'autres ateliers, les absents n'ont fait que passer dans le nôtre, où se déroulait leur « procès ».

 

 

Cette présence-absence était l'un des signes de la crise qui secouait depuis plusieurs années déjà (depuis 1973, avec le débat sur la bio-énergie, et depuis 1976, avec l'ouverture du Département d'AES à Vincennes) notre courant institutionnaliste. Et voici qu'avec ce nouveau thème de l'analyse interne, un autre clivage apparaissait entre deux attitudes : la « présence » et son contraire, la « désertion ».

 

 

Des enseignants institutionnalistes étaient accusés de déserter leur lieu de travail (sauf pour le strict minimum des heures d'enseignement).

 

 

Cette condamnation était sans nuance ; elle ne tenait pas compte du fait qu'à Vincennes, entre 1973 et 1980, les institutionnalistes n'ont pas été toujours absents. Certains ont participé à l'AES, non seulement pour y enseigner, mais aussi pour en suivre les effets analyseurs dans l'établissement. D'autres, tout en dénonçant notre « collusion » à l'AES, avec « l'institué », sont intervenus dans la vie de l'université en temps de crise... Ce qui a toujours manqué, c’'est la constitution d'un collectif permanent d'intervention.

 

 

On peut également considérer que la problématique de l'analyse interne, justement pour les raisons qu'on vient d'invoquer, mais aussi pour des raisons plus théoriques, était posée de manière trop rigide et trop «professionnaliste» en même temps.

 

 

L'analyse interne était présentée dans l'atelier, un peu comme une socianalyse inversée, et comme l'affaire de quelques spécialistes de l'analyse. En fait, dans la pratique, dix années d'expérience vincennoise nous avaient montré amplement qu'une telle «analyse», encore mal définie, multiforme, sans bases théoriques, ne saurait être une spécialité ; qu'elle devrait être au contraire l'affaire de tous. Et pas seulement en « période chaude », quand les institutionnalistes s'y engagent, tout en proclamant, justement, qu'il n'y a plus de spécialistes. Il existe dans des formations sociales diverses (établissements, associations) de la « recherche collective et spontanée » faite de l'intérieur, mais mal connue.

 

 

Il eût été préférable de partir de cette constatation, puis de chercher à voir si les tenants de l'analyse institutionnelle, dans cette analyse collective, «impliquée» intermittente, ont leur mot à dire, une place à occuper, une contribution théorique à proposer.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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