Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Les chargés de cours
A Vincennes, on distingue trois catégories de chargés de cours.
1) Les « états 1 » sont les enseignants titulaires en poste à Vincennes et qui font par ailleurs, toujours à Vincennes, des heures en plus de leur service normal. Ces heures leur sont payées au tarif des heures complémentaires.
Les « états 1 » sont assez rares, semble-t-il, à Vincennes. Cette pratique a même été violemment critiquée dans certains départements d'avant-garde. On nous a cependant cité tel enseignant titulaire dans son département de Langues qui doublait ou même triplait, par ajout de ces heures complémentaires, son salaire de maître-assistant.
2) Les « états 2 » sont des chargés de cours, qui touchent un salaire à l'extérieur de Vincennes, soit cornme enseignants, soit dans une autre profession. Nous avons des médecins, des psychanalystes, des éducateurs, des architectes, des comédiens, des informaticiens...
Ils viennent compléter l'équipe enseignante en poste à Vincennes. Ils assurent en général 3 heures de cours hebdomadaires pendant toute l'année universitaire, c'est-à-dire pendant 25 semaines. Ils sont strictement payés pour les 75 heures annuelles d'enseignement effectuées au tarif de 80 Francs de l'heure environ.
3) Les « états 3 ». Les chargés de cours de l'état 3 devenus « état H » ont à Vincennes, un statut particulier qui leur est assuré au terme de 4 ou 5 années de luttes et de négociations. Ils assurent 6 heures hebdomadaires, soit 1 heures annuelles effectives. Us doivent être payés par décision du Conseil, au moins 330 heures pour l'année, ce qui correspond à un salaire de 2000 Francs mensuel.
Le conseil de l'université justifie cette décision de la manière suivante :
- Ces enseignants qui, en principe, n'ont pas d'autre rémunération que leur salaire de Vincennes, font un service équivalent, en temps d'enseignement, à celui des assistants Leur salaire n'atteindrait pas la moitié de celui des assistants s'ils étaient payés à l'heure effective d'enseignement.
- Pour rétablir une certaine égalité salariale entre assistants non agrégés, le plus bas degré de l'échelle des salaires à l'université, et chargés de cours état H, il faut payer ces derniers, non pas 150 heures, mais un minimum de 330 heures annuelles pour un service effectif de 150 heures d'enseignement.
- Les 180 heures de complément correspondent au temps passé par ces chargés de cours à recevoir les étudiants, à leur donner des conseils, à les orienter, à assister aux collectifs d'enseignants, à représenter les départements dans les commissions...
De fait, on compte traditionnellement dans les salaires des enseignants d'université non seulement les heures de cours, mais les heures de préparation, de direction de travaux (thèses, mémoires...), de réception des étudiants...
La « circulaire Salomon »
Cette décision du Conseil de Vincennes risque de provoquer des conflits avec le Secrétariat d'Etat aux universités, à la rentrée d'octobre 1976, et surtout en 1977.
En effet, une circulaire signée J.C. Salomon, stipule qu'à partir de la rentrée d'octobre, les chargés de cours devront être payés au tarif maximum de 200 heures annuelles. Ceci doit encore diminuer dans les années suivantes.
Le bureau du conseil a donc prévu une procédure qui rentre dans le cadre actuel des modalités de gestion :
1) Les états de paiement à 300 heures annuelles de ces états H seront adressés à l'agent comptable de Paris VIII.
2) L'agent comptable refusera, et cela est normal dans le système puisqu'il est personnellement responsable sur le plan financier,
3) Le président de l'université décide alors de réquisitionner l'agent comptable, et celui-ci transmet au rectorat, aux ministères intéressés (Finances, Education…)
l'annonce de cette réquisition.
4) On peut alors faire opposition « en haut lieu » à cette réquisition. Ceci ouvre une crise ; le président de Vincennes entre en conflit avec le Secrétariat d'Etat aux Universités : manifestations, délégations, pressions... Mais on ne peut faire ici que des suppositions sur l'avenir.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org