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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (11)

I) Les étudiants (1)

 

 

Des études statistiques sont assez régulièrement consacrées à examiner la population de Vincennes. Celles que l’on va utiliser ici sont de 1973, elles donnent une indication de tendances assez constantes, la différence essentiellement étant que, depuis lors, la population étudiante de Paris VIII est passée à 20 000 (rentrée 1974) puis à 32 000 (rentrée 1975).

 

 

En 1972-1973, des étudiants se distribuaient en trois groupes à peu près égaux :


- Un tiers des étudiants faisaient des études dites littéraires (lettres, langues) (les langues sont en partie fonctionnelles, en partie littéraires, mais on les classe traditionnellement dans les « lettres ».) Cette population a tendance à baisser ou à stagner comme partout ailleurs. Ce sont des études qui conduisent traditionnellement à l'enseignement dans les lycées et là, le marché de l'emploi est saturé.


-   Un tiers font des Sciences Humaines : la psychologie, la psychanalyse, la sociologie, l'histoire, la géographie, les sciences de l'éducation sont mises sous cette rubrique. Tendance ici à l'augmentation des effectifs; les licences délivrées ici sont comme les précédentes à réglementation nationale, ou comme on dit, ce sont des disciplines « reconnues », conduisant actuellement, à Vincennes à un diplôme national.


- Enfin, un tiers des étudiants de Vincennes allaient dans les autres disciplines : le droit, l'économie, les arts (musique, théâtre, cinéma, arts plastiques), l'urbanisme, l'informatique, les mathématiques. Ici également, il y a tendance à l'augmentation des effectifs.

 

 

Vincennes a été considérée au début essentiellement comme une faculté de «Lettres et de Sciences Humaines ».

 

 

On peut considérer, en effet, que les disciplines assurées relèvent en majorité de cette ancienne classification, antérieure à la loi d'orientation qui détruit, en principe les « Facultés » (plus ou moins remplacées par les U.E.R.) pour les remplacer, par des Universités pluridisciplinaires.

 

 

Vincennes serait, donc une «grande Faculté de Lettres», comportant en plus une « petite Faculté de droit » (Sciences Juridiques et Politiques, Economie Politique), une Faculté des Arts (mais ceci est nouveau, les « arts » relèvent d'autres instances que l'Université), et comportant enfin l'urbanisme, l'informatique, les mathématiques...

 

 

En tant que «Faculté de Lettres et de Sciences Humaines», Vincennes devrait avoir une population à majorité féminine, comme cela se produit partout ailleurs pour les disciplines dites littéraires, pour la psychologie, etc. Or, la même année (1973) il y avait 40% d'hommes inscrits à Nanterre, où la distribution des disciplines est assez semblable, et il y en avait 55% à Vincennes.

 

 

Vincennes est « plus masculine » que les Universités à composition semblable. Ceci est dû à d'autres facteurs (taux plus élevé d'étrangers, etc.) que l'on va examiner.

 

 

La population de Vincennes est plus âgée : l'étudiant d'université a en moyenne 22 ans ; à Vincennes, il a 27 ans. Les gens qui ont dépassé l'âge universitaire statistiquement normal dans notre système (soit entre 20 et 26-27 ans) viennent plus facilement à Vincennes où l'âge ne fait pas de problèmes. Ce sont des étudiants qui reviennent, après avoir quittés depuis longtemps parfois, leurs études, parce que Vincennes ouverte aux non-bacheliers leur en donnait la possibilité pour la première fois, ou parce que « l'ambiance » à Vincennes est si particulière, si ouverte, si libérale, ceci n'est pas un discours de propagande, mais la réalité difficile à exprimer, que des gens viennent à Vincennes pour reprendre des études qu'ils avaient, abandonnées, ou n'avaient pas entreprises.

 

 

La moyenne d'âge est plus élevée, également parce que Vincennes est largement ouverte aux travailleurs. On vient à Vincennes, dans la moitié des cas, après l'entrée dans la vie professionnelle, en étant déjà salarié à plein temps, alors que l'on ne va pas dans les autres universités après l'entrée dans la vie professionnelle.

 

 

C'est une définition tout à fait particulière. Ces caractéristiques d'âge, de professions, d'ouverture aux non-bacheliers, mais aussi d'orientation vers des disciplines non-traditionnelles, font que très probablement Vincennes préfigure une Université à venir après la crise et le dépérissement d'une Université ouverte à ceux qui veulent entrer dans la vie professionnelle à l'issue des études, etc.

 

 

Un autre caractère d'avenir dans la population de Vincennes, c'est son caractère international : un tiers d'étudiants étrangers. Ils viennent surtout des pays francophones, mais aussi du monde entier, y compris d'Amérique du Nord et d'Extrême Orient. Or, le pouvoir voudrait réduire à 10%, selon sa norme, le nombre d'étrangers.

 

 

On dit ici que c'est un caractère d'avenir parce qu'une université nationale n'a plus lieu d'exister dans la société moderne. On réclame des diplômes nationaux, alors qu'il faudrait créer des diplômes internationaux (le système d'équivalence ne suffit pas). Remarquons-le au passage : les enseignements de langues, qui sont en crise, ne pourraient trouver un sens nouveau que si Vincennes, pour ne parler que de cet établissement, était en connexion directe (pas seulement le «jumelage», assez fictif) avec le réseau mondial des universités, ce qui supposerait des échanges systématiques d'étudiants et d'enseignants, etc.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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