Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L’Analyse Institutionnelle au Brésil
Ouvrage collectif coordonné par Lucia Ozorio
Paris, Editions AISF, coll. Transductions, 2005, 202p.
(suite)
La recherche-intervention de Marisa Lopes Da Rocha est centrée sur une école publique qui se trouve à côté d’une communauté pauvre de la ville de Rio de Janeiro.
Dans ce travail, l’équipe de travail est composée de chercheurs et de stagiaires rattachés au département de Psychologie Sociale et Institutionnelle et au Service de Psychologie Appliquée s’interroge « sur les facteurs prépondérants qui, à l’école, agissent sur la formation des élèves de classe populaire, car c’est l’organisation qui, dans notre société, actualise les institutions essentielles à la construction de la subjectivité. C’est dans le quotidien de l’école que l’équipe cherche à soulever les questions issues des conflits qui s’établissent entre la pratique de l’éducateur et la réalité des élèves, en ayant comme objectif la construction collective de projets de changement de la réalité ».
La recherche-intervention, menée dans des établissements d’enseignement scolaire, met l’accent sur les équipes qui s’occupent des élèves et des familles dans leur quotidien. Diverses questions se sont révélées être des impasses difficiles à surmonter : la question économique qui induit un important turn-over dans le système d’enseignement, la qualification professionnelle nécessaire à la diversification du travail avec une population toujours hétérogène ; les relations verticales qui engendrent, à l’intérieur de l’école, une forme de paternalisme qui aboutit à une désappropriation en chaîne des initiatives et des luttes du collectif ; la dure routine où le désir de connaître ne se traduit pas par l’intérêt d’apprendre - difficulté qui concerne non seulement les élèves, mais également les professeurs.
« Modifier la réalité, créer de nouveaux projets qui puissent mobiliser les conflits qui existent dans les modèles, cela signifie ouvrir la voie à des changements significatifs dans les institutions actualisées, dans les pratiques éducationnelles, dans les critères qui justifient la norme scolaire ».
« Cette perspective implique la rupture avec la bureaucratisation, forme naturelle d’organisation qui prescrit le quotidien à travers l’actualisation de modèles, d’évaluations permanentes et de sanctions qui disposent-classent par séries et rectifient, mécanisant les sujets dans les habitudes ».
« Analyser constamment le quotidien, c’est travailler à partir de pratiques comme sources productrices de connaissances ».
« En ce qui concerne l’enseignement public brésilien, - qui subit de fréquents changements issus des bureaux, dans le but de surmonter les questions qui mènent au non-apprentissage- , le défi serait de rendre aux éducateurs des conditions d’analyse, d’évaluation et de propositions de différents chemins pour la vie scolaire, en articulant les mouvements les plus larges, afin d’améliorer les conditions d’enseignement, avec les mouvements singuliers qui révèlent le quotidien des relations scolaires. Cela ne signifie pas une individualisation des problèmes de l’éducation, mais, au contraire, une analyse des implications des questions les plus générales dans les actions de chacun des groupes liés à l’école ».
« C’est dans le quotidien de ce travail que nous cherchons à soulever les questions issues des conflits qui s’établissent entre la pratique de l’éducateur et la réalité des élèves, avec pour objectif la construction collective de projets de changement de la réalité ».
Alfredo Martín nous montre à travers des exemples comment l’Etat inconscient fait son chemin en nous.
Il évoque tout d’abord l’exclusion et les exclus ce génocide invisible et quotidien en train de se/nous consommer. « Ce processus de culpabilisation massive, par lequel (implicitement ou explicitement), on attribue la faute à la victime, aux porteurs des symptômes, est l’un des premiers mécanismes excluants de l’Etat inconscient, dont nous essaierons, dans cet article, d’analyser quelques dimensions de sa logique ».
« On attribue la causalité du phénomène à celui qui porte les symptômes et subit les conséquences de cette stigmatisation. C’est la logique de la terreur d’Etat, de l’Etat terroriste, la logique même des tortionnaires (si je te torture, c’est de ta faute, disaient les geôliers argentins), des bureaucrates (ce n’est pas de ma faute, je n’ai fait qu’obéir aux ordres), des complices (je ne savais rien, je n’ai rien vu) et des commanditaires (je ne regrette rien, je l’ai fait pour une cause supérieure) ».
Il décrit ensuite plusieurs interventions socianalytiques menées au Brésil et en France :
- une expérience de sociodrame institutionnel avec une trentaine de militants d’une importante section syndicale à Rio, secteur, durement éprouvé pendant des années de dictature,
- une deuxième expérience sur le même thème avec un groupe très hétérogène d’une vingtaine de professionnels de la santé, réunissant psychologues, assistantes sociales, psychanalystes, artistes, coordinateurs de groupes de formation, journalistes, éducateurs, etc. Beaucoup d’entre eux avaient une large expérience de travail dans ce domaine, ayant été confrontés aux graves problèmes de la santé publique brésilienne et voulant y répondre par la création de structures coopératives populaires autogérées.
- un premier séminaire intensif d’initiation à l’économie solidaire et à l’autogestion, organisé par un des sept centres de formation syndicale au Brésil
- la proposition à l’université à l’extrême sud du Brésil d’une conférence sur l’analyse des implications du chercheur dans sa recherche, dans le cadre d’un séminaire intensif sur les méthodologies qualitatives, en tenant compte de la presque totale ignorance des travaux institutionnalistes sur ces thèmes
- son travail « comme psychologue en France avec des survivants des camps de concentration bosniaques, asiatiques, espagnols, etc., avec des rescapés de la torture au Kurdistan, des familles de disparus latino-américains ou avec des jeunes « difficiles » des banlieues ou chômeurs de longue durée et comme socianalyste avec des communautés, des bidonvilles, des Indiens, des ouvriers et paysans, des syndicats, etc. au Brésil et en Uruguay, j’ai été confronté, pendant plus de quinze années, au quotidien avec cette perte des droits, cette invisibilité sociale des victimes et cette impunité des responsables qui dénoncent les génocides ».
« On est poussé en permanence à se laisser prendre par les mécanismes de cette gigantesque machine-à–exclure de l’Etat inconscient et à devenir dans ces Temps Modernes, les charlots de la Pensée Unique, infimes et indispensables gouttes d’huile, dont les engrenages néolibéraux ont besoin pour répéter sans fin la cadence infernale des génocides à la chaîne ».
Il s’interroge : « C’est ici que d’autres processus peuvent voir la lumière. Dire non à l’engrenage, faire le geste inattendu qui ouvre un chemin de traverse, questionner sans cesse notre action, notre implication : ce que je fais là, avec telle ou telle personne ou groupe ou mouvement, est-ce une goutte d’huile ou un grain de sable dans la machine ? ».
(...)
Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org
Publié in Les IrrAIductibles n°10