Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L’Analyse Institutionnelle au Brésil
Ouvrage collectif coordonné par Lucia Ozorio
Paris, Editions AISF, coll. Transductions, 2005, 202p.
(suite)
La recherche de Jacyara Carrijo Rochael-Nasciutti concerne le coopérativisme. En effet, « la prolifération de coopératives au Brésil ces 10 dernières années, se présentant comme une solution alternative au chômage récent et aux changements dans le système de production économique, éveille des questionnements et suscite des études dans les différents domaines du savoir scientifique concernés par ce thème, notamment dans l’économie et l’administration. (…) Cependant, peu d’études ont été effectuées dans le sens de réfléchir à la re-signification du lieu du sujet social dans la structure coopérativiste. Celle-ci s’oriente vers le redimensionnement du sens subjectif du travail et vers des relations sociales, institutionnelles, dont la notion de travail diffère de celles des structures cristallisées du modèle traditionnel des entreprises ».
Elle porte son intérêt « prioritairement sur l’étude des coopératives populaires, en raison de l’importance grandissante qu’elles occupent dans le contexte socio-politique actuel du Brésil qui se reflète dans leur augmentation expressive et quantitative. Le rapport de conformité de leurs objectifs primordiaux avec la doctrine fondatrice du coopérativisme nous intéresse également. Les contradictions et conflits entre l’application de la doctrine coopérativiste et la tendance actuelle d’incorporation des coopératives au modèle de mondialisation économique se répercutent de manière incisive dans leur dynamique fonctionnelle et se diffusent chez leurs adhérents au niveau personnel. C’est à travers les coopératives que nous pourrons appréhender, de façon plus nette, les aspects psychosociaux attachés à leurs objectifs facilitateurs de l’exercice de la citoyenneté. Nous tenons aussi compte du pouvoir croissant des acteurs sociaux ».
Le biais institutionnel lui a semblé adéquat à l’étude des coopératives populaires. « La relation individuelle avec l’institution s’enracine dans l’identité sociale, culturelle et politique, qui se « produit » dans la pratique quotidienne avec la mobilisation d’investissements et de représentations chez les acteurs sociaux qui peuvent ainsi s’identifier à la société en général ».
« La doctrine coopérativiste ne se restreint pas à une forme d’organisation des relations de travail. Il ne semble pas que cette doctrine ait été engendrée pour servir ou obéir aux divers régimes politico-économiques auxquels elle s’insère, même si l’on essaie de l’adapter. Elle peut donc exister dans n’importe quel régime. Mais, elle apporte dans son essence un point conceptuel qui rompt avec l’individualisme, avec la hiérarchie du pouvoir. Cette doctrine pose comme postulat des formes alternatives de sociabilité qui existent à un niveau micro-politique ».
Sônia Altoé : « Tout en retraçant les chemins que j’ai parcourus pendant la construction de mes choix professionnels et en analysant la manière dont je m’y suis impliquée, j’envisage d’aborder quelques caractéristiques qui approchent et distinguent l’analyse institutionnelle de la psychothérapie institutionnelle – la première agissant plutôt dans la sphère éducationnelle, bien qu’elle ne soit pas spécifique de ce domaine et permette une action plus diversifiée, et la seconde agissant dans le domaine de la santé mentale.
Son parcours en analyse institutionnelle croise le mouvement français.
Elle nous expose ses expériences en tant que psychologue dans des internats-prisons situés dans la périphérie de Rio de Janeiro, ainsi qu’à l’intérieur de l’Etat. Cela concernait une population de deux mille enfants de tranches d’âge différentes, allant des nouveaux-nés aux adolescents de 18 ans. Dans ces établissements, « deux questions surgissaient simultanément : celle de l’éducation et celle de la santé que l’institution se devait de promouvoir ».
« Face à la demande de promouvoir « un changement de mentalité » chez les fonctionnaires qui travaillaient directement avec les enfants internes – de manière à ce que ceux-ci deviennent « des éducateurs » au lieu de simples surveillants, responsables de l’ordre et de la discipline – et étant donné mon intention de rendre la prestation de service institutionnelle plus adéquate aux nouveaux questionnements qui apparaissaient, j’ai proposé un travail fondé sur l’analyse institutionnelle, et ce sans pour autant cesser de répondre aux demandes d’appui psychologique de l’enfant interne et sans cesser d’offrir aux professeurs de l’orientation en développement infantile ou sur d’autres thèmes sollicités par eux ».
Elle relate son intervention la plus difficile dans l’école Santos Dumont, à Ilha do Governador, qui abritait des jeunes filles considérées comme « délinquantes », puis analyse son travail dans un ensemble d’établissements éparpillés dans la ville de Rio de Janeiro, à l’intérieur de l’Etat, ayant un fonctionnement semblable à celui d’une institution totale, ségréguant des enfants et adolescents, les séparant de leurs familles, leur offrant un logement, de la nourriture et une école formelle de mauvaise qualité, créant d’innombrables problèmes d’ordre émotionnel, social et éducationnel.
(...)
Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org
Publié in Les IrrAIductibles n°10