Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L’Analyse Institutionnelle au Brésil
Ouvrage collectif coordonné par Lucia Ozorio
Paris, Editions AISF, coll. Transductions, 2005, 202p.
Ce livre a sa genèse dans le Colloque Georges Lapassade, lorsqu’en janvier 2002, l’Université de Paris 8 s’est intéressée à son histoire et a demandé à Remi Hess d’organiser une rencontre autour de l’œuvre de G. Lapassade. Ce dernier a exprimé, à son tour, son désir d’évaluer le mouvement qu’il a contribué à créer. Lucia Ozorio a été invitée à parler des séjours de Georges Lapassade au Brésil.
Dans son introduction, elle reprend des éléments de l’histoire de l’analyse institutionnelle au Brésil : « Ce livre fait partie de cette histoire. Il s’agit d’une manière de faire histoire, une histoire avec les historiens. Je m’explique. Il s’agit d’une histoire où les historiens s’impliquent dans son écriture. L’écriture, dans une perspective institutionnaliste, est une écriture autobiographique, d’après R. Hess (Delory-Momberger et Hess, 2001). L’écriture comporte l’acte de la restitution d’une recherche. Nous sommes toujours chercheurs si nous sommes des désireux connaisseurs de la réalité. L’écriture parle directement de l’implication du chercheur dans la recherche et de son implication dans l’acte de l’écriture ».
Elle ajoute : « Ce livre raconte une histoire où les historiens – chercheurs participent avec les autres acteurs, à une certaine production de vérités, multiples qui connaissent la transduction ».
Elle précise : « Au Brésil, le terme analyse institutionnelle est souvent employé d’une façon générique, essayant de rendre compte d’un paradigme « institutionnaliste ». (…)
« Pouvons-nous parler d’une analyse institutionnelle en dispersion au Brésil ? Si on prend en compte sa complexité historique, nous pouvons la comprendre dans ses mouvements « sur/vers un objet virtuel pour le construire et le réaliser. Ce serait une logique de l’objet possible et/ou impossible ». (Lefebvre, 1969 : p. XXIII). Il ne s’agit pas de slogans, ni d’un Sujet, ni d’un Discours homogène. Dans ce sens, l’analyse institutionnelle au Brésil est une praxis. Elle est toujours en train de se faire, transductivement, dans plusieurs moments (Lefebvre, 1962). Le moment ouvre une perspective du dépassement de l’histoire. En même temps, il donne une version positive de la transversalité. Un moment est la négation d’autres moments qui existent en même temps et peuvent donner une compréhension plus vaste des interférences dans un processus.
L’histoire de l’analyse institutionnelle nous autorise à parler des moments théoriques et pratiques. S’il y a des moments où l’on ne sent plus le poids du contrôle étatique, il y en a d’autres où les reliquats du système capitaliste sont plus présents et forgent poiétiquement dans la praxis des rassemblements. C’est là que se joue vraiment quelque chose pour inscrire l’analyse institutionnelle dans la minoritaire histoire. C’est là que se joue vraiment quelque chose pour affirmer la genèse sociale de la production de la connaissance.
Par la suite, différents auteurs brésiliens nous proposent leurs terrains à la manière de Georges Lapassade.
Tout d’abord, dans un entretien, Lucia Ozorio interroge Georges Lapassade sur son rôle dans l’introduction de l’AI au Brésil. G. Lapassade raconte son parcours et ses souvenirs. Les deux personnes se trouvent confrontées à leurs implications différentes vis-à-vis de l’histoire du mouvement.
Sônia Maria Pellegrini de Azeredo y relate sa recherche-intervention et son expérience en tant qu’Enseignant Orientateur de Stage pour les Licences de Psychologie de l’Education. Elle analyse les demandes des élèves-futurs maîtres en Psychologie de l’Education, les comportements des stagiaires en classe, - participant le moins possible et faisant preuve de peu d’initiatives, alors que le stage est une occasion de participer et d’apporter des connaissances-, ainsi que les dispositifs de restitution que sont les rapports de stage.
Pourtant, « nous pensons qu’à partir du moment où le stagiaire commence son année en élaborant son projet, il est déjà en train de s’approprier de ce territoire dans le domaine social de l’institution éducative.
Elle essaie de voir ce qui contribue à l’immobilisme de tant de jeunes pendant leur formation et de réfléchir sur les mécanismes de reproduction qui se logent dans l’univers des institutions éducatives.
La recherche-action de Lucia Ozorio porte sur des Politiques Participatives de Santé, processus de construction collective de la santé au Parque Royal, communauté, -terme préféré à celui de favela -, située dans le quartier d’Ilha du Governador, à Rio de Janeiro. Lucia Ozorio s’est efforcée de restituer la parole des habitants, de montrer leurs logiques de réflexivité, de conserver le vécu, et de prendre en compte l’historicité qui traverse leurs pratiques, afin d’avoir accès à la santé.
Pour comprendre les luttes de la population dans la construction de ces politiques, il faut considérer « leur potentiel instituant, créateur face aux problèmes qu’elles doivent affronter, autant que les vicissitudes des médiations qui caractérisent leurs relations avec l’Etat, mais aussi avec d’autres acteurs, dévoilant, soit le caractère ambigu, soit le caractère institutionnalisé qu’elles adoptent en certaines conjonctures ».
« Sur le terrain, ces politiques participatives de santé se constituent comme un travail socianalytique de longue durée, en profondeur, proposant dans leur problématique la collectivisation de la santé. Leur contingence et leur immanence, qui les lient au terrain, sont des traces indispensables qui sont prises en compte. La santé à Rio a une histoire pleine d’autoritarismes qui insistent à considérer le savoir populaire comme mineur ».
La communauté-processus se manifeste, alors, dans plusieurs moments (Lefebvre,1962).
« Plutôt que de se situer dans le contrepoint intervenir versus partager, nous préférions relever les interférences relatives à cette rencontre dans le domaine des propositions de l’éducation populaire et santé, contribuant ainsi à la compréhension de la santé qui processuellement se fonde dans l’histoire. L’acte éducatif y compris dans la santé explicite des contradictions. Les modes de faire santé auxquels les politiques participatives s’intéressent sont des expérimentations de vie d’une communauté qui vit la communauté. Celle-ci favorise le partage des expérimentations de vie, en commun…. ».
(...)
Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org
Publié in Les IrrAIductibles n°10