Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Quelque part ici dans le corps du texte, dans une sorte de mise en abyme dans la prise de parole de Guy, nous introduirons notre demande des entretiens narratifs en proposant à Guy une biographie intellectuelle avec, bien sûr, une prétention et une promesse.
Le récit de vie se libère d'une quête passéiste présente dans l'histoire de vie obsédée par les liens qui donnent sens au parcours du sujet pour une narration qui ose se dire, non pas dans le futur que nous pensons dans la sphère de la détermination d'un projet, mais, dans l'avenir qui est l'espace du désir, du rêve, de la possibilité de la liberté dans la marche du temps (2).
Les biographes, mais pas tous, se sont souvent trompés en croyant que le narrateur est en train de relater son passé les yeux tournés vers le passé alors qu'il regarde devant.
En donnant au titre de cette expérience celui d'une confidence et non pas d'une biographie, nous ne sommes pas dans « la trahison des images » des tableaux de René Magritte que commente Michel Foucault dans le célèbre tableau « Ceci n'est pas une pipe ». Nous ne clamons pas que René Magritte qui devait donner un nom à sa représentation l'a donné en niant celle-ci dans ce jeu étrange du calligramme que «ceci» souligne que nulle part dans ce que j'écris et dans ce que vous voyez, il n'y a de pipe.
Ici, le pronom démonstratif « ceci » qui dit « ceci est une confidence intellectuelle des questions éducatives » ne nie pas la biographie mais la féconde, la déplace, la déborde dans l'excès d'un déploiement dans la réflexion qui s'interroge et interroge hier, aujourd'hui et la possibilité du demain. Le récit et la narration de soi ne sont pas que biographiques. Cette expérience se donne aujourd'hui non comme une biographie dans le projet de dire son passé dans le présent mais bien comme une confidence dans la promesse de partager son aventure d'existant qui se donne comme prétention de se prolonger et de se penser dans l'avenir.
Je n'affirme pas que « ceci n'est pas une biographie intellectuelle » alors que j'avais fait une démarche dans ce sens. Je ne suis pas dans l'affrontement des concepts. Je pose que cette expérience ouvre la perspective d'une écriture de la confidence qui excède, déborde le biographique par la liberté de la connivence qui se concrétise dans la confidence qui met la personne au travail face à l'autre dans sa liberté qui se relâche dans un repos méditatif laissant à l'histoire, l'avenir et la pensée advenir dans les mots partagés. Les gardiens du temple des histoires de vie et de la biographie pourront me rétorquer que nous sommes bien dans le biographique et que nous n'avons pas inventé la mer.
Nous répondrons alors que : « oui, nous sommes dans l'esquisse d'une relation de connivence narrative qui n'élimine pas pour autant l'énigme ». Celle-ci, ainsi que pourrait le souligner Christine Delory-Momberger, ne s'inscrit pas seulement dans un secret du passé mais aussi dans les possibles de l'avenir. Ceci est une biographie intellectuelle fécondée et débordée par la confidence comme mise en concrétion de la connivence.
Tout au long de cet ouvrage, le lecteur entendra et écoutera plus qu'il ne lira un pédagogue qui, comme Socrate, laissera la parole plutôt que du texte. Socrate n'a pas eu besoin que l'on parle de lui à travers des actes héroïques. Il a préféré faire parler les autres. Guy s'est toujours mis à l'écart quand le texte prend le pas sur la parole. Quand le verbe devient marbre.
Tout au long de ce chemin où Guy marchait avec ses mots entre la réflexion et la méditation, nous l'avons accompagné comme l'orgue accompagne une prière. Ainsi, le lecteur ou la lectrice entendra Guy et devinera Augustin.
(2) « Le possible correspond exactement à l'avenir. Le possible est pour la liberté l'avenir, et l'avenir est pour le temps le possible ». Søren Kierkegaard, Le concept d'angoisse.
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