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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Augustin Mutuale, Guy Berger : Conversation sur l'éducation S'autoriser à éduquer Prologues (10)

 

* * *

 

 

 

Comme Karen Blixen dans « la ferme africaine », nous pouvons démarrer par le commencement, qui se veut moment idiomatique fondateur. Et pourtant, comme le fait remarquer si intelligemment Paul Ricœur, même le récit divin de la genèse n'a pas réussi à faire un discours unique de la création. Au commencement, il y a deux narrations de la création. Cela veut dire qu'il y a plusieurs narra­tions de la création.

 


En ceci, Guy a eu raison lorsqu'il m'a reçu dans ma prétention narrative de rendre publique la pensée en mouvement de la person­ne qui m'émeut intellectuellement. En ceci, Guy a eu raison de me dire qu'aucune photographie n'est fausse car elle est liée au désir du photographe mais aussi du focus, du sujet mouvant ou immobile, du hasard de l'instant où le doigt enclenche.

 


Oui, juste à cet instant-là, le monde continue à tourner autour du soleil et la photo est unique et vraisemblable. Il faut tenir les deux : la force de la prétention et le désir de la promesse. Est-ce encore une prétention ?

 


 

 

Dans le monde occidental, la figure de la prétention est repré­sentée par Jacob qui, pendant une nuit entière, a tenu l'ange dans un combat mortel jusqu'à ce que celui-ci lui dise son nom. Il en est sorti boiteux, peut-être heureux, en tout cas béni. L'ange a fini par lui dire qui il était mais seulement qui il était pour Jacob car l'ange ne répétera pas les mêmes mots aux autres hommes.

 


Comme le poète, c'est la parole qui relie l'humain au divin. C'est la parole qui se fait chair. La personne est verbe incarné ; d'où le fait de dire son nom comme commencement d'une identité qui se prolonge dans une énigme, dans le secret de l'origine et de l'identité.

 


Pourquoi se battre pour connaître le nom de l'ange alors que celui-ci avait par ailleurs un corps, un visage ? Emmanuel Lévinas nous a introduits dans la phénoménologie du visage comme lieu éthique par excellence. Mais, pourquoi Jacob a-t-il insisté pour connaitre le nom ? D'où vient cette profondeur du « qui je suis pour toi ? »? Le visage ne suffit-il pas ?

 


« Qui suis-je ? » est dans la phénoménologie de l'appel, de la convocation, du verbe. En ceci, les Grecs, avec le dialogos, ont saisi le sens du verbe. Le verbe, ce n'est pas seulement le fait de parler, c'est aussi la promesse d'un « dire qui tu es ». C'est l'interroga­tion. C'est la pensée. Tout humain rêve et exprime son monde dans ce qu'il est et finit par raconter dans ce qu'il advient face à l'autre.

 


Ma culture chrétienne en face d'un humaniste athée qui a béni ses étudiants et leur a fait grâce de son enseignement comme à des compagnons, ma culture, disais-je en écrivant, ose s'exprimer aujourd'hui, non comme pensait Emmanuel Lévinas pour croire à partir de l'athéisme, mais bien jusqu'à un certain point dans le sens de Jean-Luc Marion, pour écouter dans la distance, dans l'accueil, dans l'étonnement. Écouter Guy Berger dire son nom tout en faisant attention à ne pas trop m'estropier.

 


La prudence dans nos entretiens, la délicatesse, l'authentique exigeante délicatesse n'a pas pu faire cracher du sensationnel. Oui, c'est possible. Mais que fait-on avec du sensationnel ? Un fait divers qui enferme l'autre et se moque d'un monde tournant autour du soleil?

 


 

 

Tout comme les mots de Paul Éluard « si l'écho de leur voix s'arrête nous mourrons », le récit de vie doit ouvrir à l'autre et non pas l'enfermer dans la prétention philosophique et scientifique d'un démon de Laplace. Sinon, nous mourrons dans les lois générales et nécessaires où le futur abolit l'avenir et le nécessaire détruit le possible.

 


Ce récit de Guy est un appel à la vie, à la banalité créative que nous écoutons. Ça commence par «j'ai cinq enfants, c'est quelque chose de très important pour moi. En même temps, j'ai une vie plate... » Écoutons...

 

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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