Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
29 mars, 14 h
Je suis sur la terrasse de l’aéroport. Je me suis fait servir une bière, et je me suis allumé un Toscani. Je n’ai pas fumé pendant ce séjour, mais maintenant que je me suis fait enregistrer, je mesure combien j’ai eu raison de faire le choix de venir ici. J’ai énormément appris, sur moi-même, notamment, et sur la réception de mon travail. Je mesure combien peu de Français sont au niveau des étrangers qui s’intéressent à mon travail. Vito d’Armento suit tout ce que je produis. Tout ce que je fais l’intéresse. Et il parvient à y intéresser ses étudiant(e)s. Cela me stimule énormément pour aller de l’avant.
J’ai Gaby en Allemagne, Vito en Italie et Sergio au Brésil ! Si seulement je pouvais trouver un lecteur nécessaire en langue espagnole ! Je rêve d’entrer dans l’espagnol, parallèlement à l’italien et au Brésilien. Il m’a fallu beaucoup de temps pour découvrir ce moment des langues romanes. J’en avais le projet depuis des années. J’ai toujours su qu’un jour je parlerai l’italien et l’espagnol. Le portugais est un plus. C’est au moment où je commence à penser à ma retraite, que je découvre cet univers. J’ai envie, parallèlement, de me remettre au latin. J’ai acheté Ovide, Amori, en version bilingue (latin-italien). Je vais offrir ce texte à Lucette pour son anniversaire. Elle sera sensible au geste, mais je doute qu’elle se plonge dans l’une ou l’autre version de ce texte.
Au cours de ma dérive dans Naples, j’ai cherché un petit cadeau pour Lucette, mais ce que je pouvais trouver ne me semblait pas décisif. Finalement, je fais le choix d’un livre…
Mon passage à l’université Fréderic 2 a été bref, mais utile. Je me suis rendu compte du climat de cette fac. Hier, je parlais dans un amphi à Lecce. Aujourd’hui, j’ai traversé un amphi de droit, pendant une « pause ». Sentir la manière dont les étudiants vivent les uns par rapport aux autres… Ambiance spécifique : plus de monde qu’à Lecce, et surtout davantage de désinvolture de l’être. Les étudiants de Lecce sont très inhibés. Les relations profs-étudiants sont collé-montées. Quelle différence avec Paris 8 ! Naples est entre les deux. Les étudiants de Naples sont très soignés au niveau vestimentaire.
Ce qu’il y a d’étrange ici en Italie, c’est la présence d’appariteurs femmes. A Paris 8, nous avons un service d’hommes (de sécurité). A Lecce, ou à Naples, ce sont des hôtesses (en uniforme). Elles surveillent tout. Elles tiennent leur autorité de leur uniforme. Je n’ai pas suffisamment travaillé ma posture vestimentaire.
En mangeant mes coquillages à midi (un régal), j’avais de drôles d’idées. Je pensais encore, à la manière dont j’agence mes moments. Mon originalité vient du fait que je ne m’identifie pas à la manière, dont la société suscite l’entrée dans les moments. Je décompose des éléments que la plupart des gens gardent unis. Et cette fragmentation poussée me permet de créer des moments autres. Ainsi, ce matin, j’ai voulu connaître Naples, en faisant le maximum de kilomètres en bus et en train. Je voulais amortir au maximum le fait qu’un ticket permet de circuler 90 mn. J’ai fait des trajets plusieurs fois, en changeant de ligne, en changeant de bus.
Je suis entré dans l’église San Giovani : il y avait une messe. J’y ai assisté un bon quart d’heure. En Allemagne aussi, à Munich, j’avais cette curiosité d’assister au culte. Ce matin, un prêtre (jeune) célébrait sa messe devant une trentaine de femmes (vieilles). Les interactions verbales sont différentes ici, par rapport à Reims ou Munich. Même foi, mais que de différences dans la manière de vivre le rituel !
J’ai oublié les librairies. Je ne puis rien dire du livre à Naples ; à Lecce par contre, la présence du livre est envahissante…
Le ciel se couvre. Je vais terminer ma bière, et je vais entrer dans le tunnel qui va me propulser à Orly…
J’ai établi un lien entre le Journal de mes dissociations, et ce Journal de l’homme total. L’homme total se veut un dépassement des dissociations.
Remi Hess
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