Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Vers l’Italie, le lundi 27 mars 2006
Dans l’avion. Ainsi, nous avons bien rempli la journée. J’avais donné un exemplaire du livre de Christian Verrier à Martine, un autre au libraire de Vent d’ouest, qui m’acheta, comptant, 5 exemplaires du Journal des idées…
Cette journée fut décisive dans ma vie. Elle eut une dimension socianalytique. Kareen avait conscience de construire un dispositif d’intervention. Au départ, je n’en avais pas la conscience nette. Je savais que je partais pour écouter ce que les autres avaient à dire. Mon journal des moments m’occupe depuis 2000. Je me conçois comme quelqu’un qui tend vers l’homme total. Je cherche à développer toutes mes possibilités, toutes mes virtualités. Je sais cet idéal utopique. L’homme est un être inachevé, et l’on ne peut jamais réaliser toutes ses virtualités. La mort nous saisit bien avant. Cependant, cette tension vers, pour l’homme total est un moteur pour l’action.
J’ai conscience de devoir travailler des textes théoriques parallèlement à mon enquête sur le quotidien. Dans Desroches, j’ai quelques citations de Marx et d’Engels. Je puis faire des recherches dans Lefebvre. Je puis aussi relire Marcuse. L’homme unidimensionnel doit avoir quelque chose à voir avec ma problématique.
Sur l’articulation entre l’homme total et sciences de l’homme, il faut faire une place pour Dilthey.
Au moment où je commence cette enquête, j’ai plusieurs livres dans la tête.
- Le journal de recherche.
- Le vécu et le conçu (MAJ, Dilthey, HL)
- Rêve d’autogestion (Korczak, Lapassade, Lourau).
L’avion décolle. Me voilà dans le ciel de France. On nous annonce quelques turbulences. Je vais suspendre cette écriture pour faire un peu d’italien. Depuis samedi, j’ai suspendu mon apprentissage du Brésilien… Je ne peux pas tout faire ! Une difficulté de l’homme total, ce sont ses dissociations. Pour ma part, actuellement je me partage entre l’allemand, l’anglais, le français, l’italien et le portugais. Sans compter quelques interférences chinoises et espagnoles.
L’homme total est celui qui parvient à gérer ses dissociations. Marcel Mauss a étudié les techniques du corps. Henri Desroches veut étudier les techniques de l’esprit. Sa lecture s’inscrit chez moi dans un continuum de lectures entreprises durant cet été 2005 avec la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel et poursuivi avec Le principe espérance… Ce journal de L’homme total s’inscrit donc dans le prolongement de celui sur le moment conçu*.
Je suis heureux de partir pour l’Italie. C’est pour moi une occasion de faire le point sur les chantiers de traduction. Vito d’Armento, qui m’accueille ce soir, a lancé la traduction du Lycée au jour le jour. J’aimerais bien rééditer ce livre en français au moment où il paraîtra en italien. Cela fera évènement.
Un autre livre à rééditer : La Sociologie d’intervention.
16 h 45
Je suis dans un bus pour Bari, qui est sur le point de partir. J’ai eu la chance d’avoir une table confortable. J’ai eu peur d’être en rade ici, car, ce soir, il n’y a plus de train direct pour Lecce, pas de train qui puisse arriver, même avec une correspondance ! J’ai perdu beaucoup de temps entre l’aéroport et la gare. Il y avait des embouteillages monstres. Finalement, avec Adeline Miranda, une sociologue à cheval sur Paris et Naples (elle enseigne à Naples), nous sommes partis à pied vers la gare.
La prochaine fois, je crois que la solution est de prendre le taxi à l’arrivée à Naples pour ne pas perdre le quart d’heure qui fait couper le train précédent.
Je pars au pif pour Bari. Je sais que cela me rapprochera de Lecce, mais il y aura encore de la route à faire après. J’ai fait pas mal d’italien dans l’avion; il est 17 h : le bus part !
* Voir R. Hess, Henri Lefebvre et la pensée du possible, Théorie des moments et construction de la personne, Paris, Anthropos, 2009, pp. 535-673.
Remi Hess
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