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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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R. Hess, G. Weigand : Analyse institutionnelle et pédagogie rééd en ligne (45)

Mit-einander-sein, l'être-avec-l'autre

 

La notion de Mit-einander-Sein n'a rien à voir avec notre notion de la communauté. Pour définir cet objet, nous devons d'abord développer une critique du concept de Dasein de Heidegger. Comme le souligne H. Lefebvre (1), dans Métaphilosophie, le Dasein heideggerien, présence à soi, au monde, à "l'autre" (et de l'autre à soi), est posé et supposé au fondement de l'existence individuelle. Mais, en tant que rapport avec l'autre, il se définit par l'altérité : par l'ouverture indéfinissable et indéfinie vers l'autre en tant que chose, en tant qu'autrui, en tant que possible. La saisie "extatique", vouée à se dépasser vers des horizons toujours nouveaux, n'est cependant, guère plus qu'une conscience individuelle. Ainsi, remarque H. Lefebvre, ce Dasein n'a pas de sexe. La théorie freudienne de la libido (dérivant des mêmes sources que la pensée de Heidegger, à savoir Schelling et Schopenhauer, et relevant aussi d'une certaine tradition de philosophie chrétienne, Saint-Augustin, Jansenius, Pascal) est souvent plus riche et plus proche du concret que celle du Dasein. Comme le montre Herbert Marcuse (2), au-delà de l'opposition freudienne entre le principe de réalité et celui de plaisir, en projetant le dépassement du conflit et la libération du principe de plaisir, ne peut-on concevoir le renouveau du Désir? Le projet d'une délivrance du désir purifié des tares de la libido, affranchi des contraintes de la culture et de la civilisation, est au plus haut point poiètique. Très différent de la "cathartique du néant" dans Sein und Zeit, comme d'une vision du dévoilement futur de l'être, ce projet devient dans la psychanalyse une certaine pratique, d'ailleurs ambiguë et métaphysiquement interprétée. Ce projet se reconnaît chez des poètes comme Eluard ou René Char, qui n'ont peut-être pas la Grùnlichkeit et la Heimlichkeit d'Hôlderlin mais dont la parole dit poétiquement la pureté du désir, d'un Désir humain dégagé du désir animal et du besoin social. Ce désir reconnu et se reconnaissant lui-même, ce désir se désirant au-delà du voulu et du nécessaire est au cœur du poétique. Les poètes proclament le désir, au même titre que certaines phrases des plus illustres musiciens.

 

Jeté dans l'aventure du devenir, dégradé dans l'inauthentique, en proie à la banalité, fermé par les sécurités, l'homme heideggerien n'est pas homme de besoin, de travail, de jouissance. Par rapport au travail comme par rapport au sexe, il reste dans l'abstraction spéculative. Le Dasein comprend une description essentielle du drame de la conscience, Heidegger a expressément voulu éviter le subjectivisme. Il ne part pas d'une philosophie de la conscience. Le Dasein n'est pas la conscience mais son fondement philosophiquement saisi. Comme toute conscience philosophique, il sort difficilement de l'individuel. L'être-avec-l'autre, le Mit-einander-Sein, se fonde sur l'individu. Lorsque Heidegger parle magnifiquement de l'homme "qui ouvre son œil et son oreille", qui "déverrouille son coeur, se donne à la pensée", ces images émouvantes n'ont guère de sens qu'individuel. Seul le langage transcende la conscience privée de l'individu. Lorsqu'il introduit le peuple ou la nation, Heidegger accomplit un autre "transcensus", parfois dangereux. Faute d'avoir saisi la praxis, il ne peut que rester au sein de l'être individuel ou le transcender en le rejetant dans l'abîme. Cette lacune a d'autres conséquences. Heidegger qui se préoccupe de déceler le projet le plus général des sciences et surtout des sciences de l'homme, cherchant à dévoiler et à dénoncer le programme technologique au profit de son ontologie fondamentale, laisse de côté les acquisitions des sciences. Ou plutôt, il n'y a pas pour lui d'acquisitions. S'il n'ignore pas les "réalités" correspondantes, il ne porte aucune considération à la sociologie, l'économie, ou à l'anthropologie. Par opposition au Marx de 1844, il ne commence pas sa critique par une recherche anthropologique pour en déceler les limites.

 

(1) H. Lefebvre, Métaphilosophie, préfacée par Georges Labica, Paris, Syllepse, 2000,300 p.

(2) H. Marcuse, Èros et civilisation, Collection "Arguments", Éditions de Minuit, 1963

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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