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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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R. Hess, G. Weigand : Analyse institutionnelle et pédagogie rééd en ligne (39)

Continuum

 

Le travail historique de l'analyse institutionnelle consiste à dégager des continua, souvent la permanence d'un mouvement, d'une prophétie, d'une revendication, d'une méthodologie sur une longue période, d'un champ de cohérence délimitant le moment d'une recherche. Un continuum, c'est, sur une longue période historique, l'émergence puis le passage à la clandestinité d'un moment anthropologique, qui resurgit à nouveau. R. Vaneigem, dans Le Mouvement du Libre-Esprit, dégage un continuum, celui des continuateurs de J. de Flore, un théologien catholique qui en proposant une théorie du progrès en 1160, s'opposait à la conception statique du monde de Rathier de Vérone (IX siècle) qui justifiait la division sociale du travail (en guerriers, travailleurs et prêtres), suscite une succession d'hérésies qui menacent l'Eglise sur plusieurs siècles, en prônant la vie, la jouissance comme alternative au travail pour la survie. R. Lourau, dans ses études historiques sur la contre-pédagogie (1), ou plus tard sur la transduction, R. Hess, dans ses recherches sur la danse de couple, G. Weigand dans son histoire de l'école de la personne, A. Savoye dans son approche du moment de la sociologie clinique, Charlotte Hess avec ses études sur le romantisme... dégagent d'autres champs de cohérence qui émergent comme des continua historiques et anthropologiques... La permanence d'un mouvement n'empêche pas les variations de celui-ci. L'étude du continuum consiste à " évaluer le même et l'autre" dans cette permanence du moment.

 

Découverte de soi

 

L’institutionnalisation du sujet peut se décrire comme découverte de soi. Bachelard a accepté d'inscrire ce sujet : Découverte de soi, comme titre d'un doctorat. C'était au retour de captivité, en 1945. Le nom du doctorant : G. Gusdorf, qui fut un ami d'H. Lefebvre. Dans l'AI, Christine Delory-Momberger (2), a fait faire un grand progrès à cette problématique.

 

Dans Daumal ou le retour à soi (3) au fil de la lecture d'un collage, fait par Jean-Louis Accarias, "Attitude, degré zéro", qui a pour but de dégager l'attitude daumalienne, on trouve une méditation sur le "que suis-je?" de l'adolescent (p. 108), qu'avec le temps l'homme finit par oublier. L'entrée dans une profession, l'entrée dans le rôle social refoule la question : "Que suis-je?". Daumal fait dire à Sogol, dans le Mont analogue:

-J'ai peur de la mort de cette voix qui "du fond de mon enfance, interroge: "Que suis-je?" et que tout, en nous et autour de nous, semble agencé pour étouffer encore et toujours (4)."

 

Pourtant, cette question "Que suis-je?" est "dans son essence la plus irremplaçable. Elle est une flamme qui colore soudain pour un adolescent les formes les plus arides de la spéculation philosophique, qui engage à la fois sa pensée, ses passions et son action (5)."

 

Il faudrait "protéger et nourrir comme le plus précieux trésor", ce questionnement. Mais bientôt : "la vie intérieure du jeune être humain se trouve soudain aveulie, châtrée dans son courage naturel. Sa pensée n'ose plus affronter la réalité ou le mystère en face; elle se met à les regarder à travers les opinions des grands, à travers les livres et les cours des professeurs (6)."

 

La découverte de soi, c'est l'exploration de ses propres champs de cohérence, de ses moments, inscrits dans des continua historiques et anthropologiques. L'histoire de vie, le journal, aide à la mise à jour des implications du sujet. L'objectivation du poids de l'institution qui pèse sur chacun lui permet de se découvrir.

 

(1) R. Lourau, "études historiques sur la contre-pédagogie", in R. Lourau: analyse institutionnelle et éducation, Pratiques de formation n°40, nov. 2000.

(2)  Christine Delory-Momberger, voir bibliographie.

(3) Daumal ou le retour à soi, Paris, L'originel, 1981, 301 pages.

(4)  René Daumal, Le Mont analogue, Paris, Gallimard, 1981, p. 39.

(5)  René Daumal, Les pouvoirs de la parole, Paris, Gallimard, 1972, p. 12.

(6)  René Daumal, Le Mont analogue, Paris, Gallimard, 1981, p. 38.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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