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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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R. Hess, G. Weigand : Analyse institutionnelle et pédagogie rééed en ligne (28)

Du rapport de la psychothérapie institutionnelle à la phénoménologie

 

Peut-on faire un lien entre la psychothérapie institutionnelle et la phénoménologie? Cette question permet d'évoquer Sartre et Merleau-Ponty.

 

Sartre est quelqu'un dont l'influence sur Félix Guattari et Georges Lapassade est considérable. La critique de la raison dialectique ne paraît qu'en 1960. Mais ce livre est précédé d'autres textes, comme Question deméthode. Ces livres contiennent une réflexion sur la vie des groupes qui est à l'origine des concepts de groupe objet de groupe sujet (F. Guattari). On retrouve ici une prolongation de la notion de "sérialité", de Sartre. Plus profondément, les théories de L'être et le néant, et les polémiques qu'elles ont suscitées dans les rangs des intellectuels marxistes au lendemain de la guerre (1945-46), ont influencé la psychothérapie institutionnelle.

 

Beaucoup de psychiatres institutionnalistes étaient engagés du côté du Parti communiste. Ils vivaient des contradictions fortes, des «conflits de loyauté», car, à cette époque, les sciences humaines, et la démarche de Sartre parmi d'autres, étaient considérées par le Parti Communiste comme de l'idéologie bourgeoise, qui avait pour fonction d'accentuer l'exploitation de la classe ouvrière (1). Pour revisiter cette époque, on peut se reporter à l'Existentialisme d'Henri Lefebvre, un philosophe qui a une importance considérable dans cette histoire (2). En 1946, il attaque violemment Sartre, son existentialisme et plus généralement la naïveté de la démarche phénoménologique qu'il stigmatise. Il ridiculise le nombrilisme de Kierkegaard, le cosmologisme de Nietzsche, les contradictions d'Husserl et la pensée "pour la mort" d'Heidegger. On sait que ces 4 auteurs furent une référence centrale des Existentialistes français.

 

Les critiques d'Henri Lefebvre à l'égard de Jean-Paul Sartre portent sur le risque de fidéisme, contenu dans L'être et le néant. Il montre que la question du changement social, et l'exigence de penser l'homme total est davantage présente dans la pensée de K. Marx que dans celle de J-P. Sartre. H. Lefebvre trouve qu'il y a une contradiction entre la liberté sartrienne et l'exigence d'engagement!

 

Ce qui nous intéresse dans la polémique avec J-P. Sartre, c'est qu'elle est productive, à la fois pour J-P. Sartre, qui répond à H. Lefebvre en lui reprenant sa méthode régressive-progressive (Question de méthode), et surtout elle permet d'engager une réflexion approfondie sur le rapport de l'existentialisme au marxisme (Critique de la raison dialectique). Les discussions entre J-P. Sartre et H. Lefebvre s'étendent de 1946 à 1965 (avec la publication de Métaphilosophie de H. Lefebvre qui répond notamment à Critique de la raison dialectique). C'est-à-dire que ce qui se fonde au départ comme une lutte à mort théorique va durer vingt ans. Durant toute cette période, de nombreux articles sont publiés de part et d'autres.

 

Une reconnaissance mutuelle finit par s'imposer.

 

La psychothérapie institutionnelle n'est pas étrangère à ces discussions. Individuellement les gens de Saint Alban, et ceux de la Borde, suivent ces débats. L'existentialisme s'intéresse au sujet, à la liberté du sujet, à l'aliénation, au travail d'articulation de l'individuel et du collectif, comme le marxisme d'Henri Lefebvre d'ailleurs, qui développe dès 1947 une Critique de la vie quotidienne, qui porte en elle une force énorme. Elle aura de solides prolongements dans les années 1960 et 1970.

 

A la lecture des trois tomes de La critique de la vie quotidienne, on s'aperçoit que la phénoménologie n'est pas loin ! Même s'il critique Husserl et Heidegger, Henri Lefebvre les connaît bien. Pour terminer avec cette réponse à la question posée, je rappellerais seulement qu'Henri Lefebvre a recruté René Lourau à Nanterre comme assistant, et qu'il a été le directeur de thèse de René Lourau et de Remi Hess. Il a participé à différentes rencontres d'AI, comme Montsouris 3 en 1984! Et il évoque régulièrement l'Ai dans ses écrits à partir de 1968. Sa pensée a fortement influencé René Lourau et plusieurs universitaires institutionnalistes de notre génération (notamment Patrice Ville). Ses livres ont été traduits dans une trentaine de langues (3). Il est lu davantage par les sociologues, les politologues aujourd'hui que par les psychologues. Pourtant, dans les années 1950-60, ses livres intéressaient la psychosociologie. Il y a des parties de son œuvre qui doivent être relues aujourd'hui. La France le redécouvre. Depuis 2000, les Institutionnalistes ont réédité une dizaine de ses livres.

 

(1) Sur ce point, voir mes introductions aux livres d'H. Lefebvre de cette période, comme : Méthodologie des sciences, Contribution à l'esthétique, opus cit.

 

(2) Henri Lefebvre, L'Existentialisme, Paris Anthropos, 2e édition, 2001, préface de R. Hess.

 

(3) - À Sao Paulo, il existe une école lefebvrienne bien vivante, dont la revue française La somme et le reste va publier, en français, de nombreuses contributions.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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