Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
CHAPITRE 10
Analyse institutionnelle et approche interculturelle
L'analyse institutionnelle, école théorique née en France, mais qui a eu des prolongements et des développements sur les cinq continents, s'est fondée comme microsociologie en 1965, lorsque Georges Lapassade a publié la première édition de Groupe, organisation, institution (1). À partir de la publication de cet ouvrage, G. Lapassade et ses disciples ont toujours pratiqué la microsociologie, sous différentes appellations (2). Cependant, cette pratique de la psychosociologie des groupes et des institutions s'est doublée, assez souvent, chez les institutionnalistes d'une autre forme de recherche qui, très souvent, les a engagés sur la question de la relativité des cultures, et de l'exploration interculturelle, et d'un engagement dans une forme d'ethnographie des cultures (3). Nous ferons, ici, une hypothèse : cette ouverture à l'Autre culture s'enracine dans un déracinement fondateur dans la culture d'origine, rendant l'appartenance identitaire d'origine fragile ou tout au moins questionnée.
L'interculturel
Précisons d'abord que l'interculturel est une notion vague. Nous faisons le choix de prendre cette notion dans son extension et sa compréhension maximales. Nous conviendrons que la rencontre interculturelle comprendra donc aussi bien les relations entre les cultures nationales ou ethniques, les relations entre les classes sociales, les confrontations entre disciplines, les métiers, toutes les appartenances idéologiques ou organisationnelles qui peuvent conduire à la rencontre de la différence et à la confrontation à l'Autre. Dans l'analyse institutionnelle, on accepte de dire, par exemple, qu'à l'école, il existe une différence entre la culture des professeurs et celle des élèves, ou qu'il existe une différence de cultures entre les genres (hommes/femmes), les générations, etc. Ces différences expliquent que chacun d'entre nous puisse voir une situation institutionnelle, avec un autre regard que les autres membres de l'institution. Expliciter le lieu d'où l'on parle, les appartenances institutionnelles de chacun dans leurs différences, est au fondement de l'analyse institutionnelle. La théorie de l'implication peut être définie comme une reconnaissance de la spécificité du regard de chacun. La mise en commun de ces spécificités qui nous caractérise est un travail interculturel permettant à chacun de se dire, mais aussi de comprendre en quoi son point de vue est particulier. Trop souvent, nous avons tendance à considérer que notre point de vue, notre lecture singulière du monde, est partagée par tous. Cet allant-de-soi peut être nommé «ethnocentrisme». Le travail que les institutionnalistes font pour prendre conscience du côté relatif de leur vision du monde est une forme particulière, mais très riche, de l'exploration interculturelle.
(1) Georges Lapassade, Groupe, organisation, institution, 5 éd., Paris, Anthropos, 2006.
(2) G. Lapassade, Microsociologies, Paris, Anthropos, 1996.
(3) Lucette Colin et Remi Hess dirigent une collection "Exploration interculturelle et science sociale" aux éditions Anthropos, qui a publié 50 titres entre 1996 et 2007.
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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