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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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R. Hess, G. Weigand : Analyse institutionnelle et pédagogie rééd en ligne (83)

La théorie de l'individuation, dans la première partie et déjà dans l'ouvrage consacré aux objets techniques, on l'a dit, est au cœur de l'allagmatique de la transduction. Pour ce qui est de l'humain, toute une nouvelle vision du développement de l'enfant et de l'adulte inachevé (Simondon comme Lapassade se réfèrent à la néotonie) est impliquée dans l'idée de phases et déphasages de l'être: "l'être originel n'est pas stable, il est métastable; il n'est pas un, il est en expansion à partir de lui-même (...). L'être ne se réduit pas à ce qu'il est; il est accumulé en lui-même, potentialisé" (Simondon, 1989, p. 230). Le principe d'identité, fondement de la logique instituée, est balayé par le devenir cumulatif des phases physique, biologique, psychique, sociale. Cette conception, anti-évolutionniste au sens de sélectif, éliminatoire, "progressive" (celle encore régnante, de Piaget) rejoint celle de cognitivistes "de gauche" ou ex-cognitivistes comme Varela, ainsi que celle de Daniel Stem, exposée plus haut, et qui concerne le développement du nourrisson.

 

Philosophe, technologue, psychologue à l'université de Poitiers puis à la Sorbonne, Simondon est un esprit curieux et érudit en matière technologique, ce qui lui avait permis, en un premier temps, de révolutionner la vision habituelle des objets techniques (cf. plus haut, Texte V) et d'ébaucher à partir de cette recherche la théorie de l'individuation qui doit nous arrêter car c'est elle qui, sur un terrain autre que l'onirisme -lequel, pas plus que le langage, n'entre dans son champ - rejoint et complète les hypothèses d'origine fort diverses, on l'a constaté, qui sont examinées dans le présent texte à propos du rêver.

 

L'intérêt pour le processus d'individuation, avec son caractère ontologique très marqué, n'est pas propre à Simondon, même s'il est l'un des rares à avoir mobilisé tellement d'énergie pour en asseoir la théorie. Des philosophes comme Leibniz et un psychanalyste comme Jung y ont également prêté une grande attention. Mais le philosophe, longtemps méconnu, auquel se réfère Simondon est Maine de Biran, qui au début du dix-neuvième siècle français, alors que les Idéologues se penchent régulièrement sur la question des rapports entre "le physique et le moral"(I61), a vu que "la subjectivité ne s'explique pas si expliquer veut dire rendre physique. Elle ne se déplie pas sur autre chose qu'elle-même" (Montebello, "Une individuation de la connaissance psycho-physique", dans l’ouvrage collectif Les neurosciences et la philosophie de l'action, sous la direction de Jean-Luc Petit, Paris, Vrin 1998). La difficulté à rendre compte de l'individuation psychique conduit du reste Maine de Biran, à la différence de Simondon, à s'intéresser au rêve. Il y trouve confirmation de ce que son successeur nommera l'allagmatique, la pensée comme opération: "Le principe d'individuation, principium individuationis, comme dit l'école, (est) l’effort pour notre propre individu" (cité par Montebello). Cet effort, dans le vocabulaire simondonien, serait proche de la tension qui assure l'équilibre métastable entre les composantes ou phases de l'être.

 

Dans sa singularité, le rêver fait partie de la tension entre les "états multiples de l'être", de la contradiction constructive que Lupasco décrit entre homogénéisation et hétérogénéisation, du passage de l'anthropologie à l'ontologie (Foucault et aussi Simondon). Le préindividuel physico­biologique s'y mêle au transindividuel psycho-social pour actualiser (suggérer, stimuler, créer) en nous la potentialité d'un autre monde (cf. Segalen, exergue du Texte 1) qui ne serait pas forcément ou uniquement dans un ailleurs mais aussi en nous, dans ce monde. S'interrogeant sur la nécessité du sommeil, Lichtenberg avec son délicieux humour remarquait: "Et qu'est-ce que l'homme quand il dort? Il n'est qu'une plante; ainsi le chef-d'œuvre de la création doit parfois devenir une plante afin de tenir son rôle de chef-d'œuvre quelques heures par jour" (Lichtenberg, Le miroir de l'âme, traduit de l'allemand, Paris, José Corti, 1997, p. 493, souligné par moi, RL).  "Dans le rêve, dit Valéry, on dirait que ce qui pense, comme la "Nature", se transforme de proche en proche (souligné par moi. RL). Celle qui fait des monstres et qui s'imite jusqu'à se changer insensiblement - celle qui ne hait pas une répétition vraiment indéfinie, et dont l'image la plus fidèle est une algue immense qui se propage" (souligné par moi, RL) Ou encore, du même: "Peut-être l'homme a tiré maintes choses du rêve (...), la notion du possible très étendu - la libre combinaison des événements - et l'idée des transformations" (Cahiers, 1974). Les surréalistes auraient dit : et l'idée de révolte contre l'institué, à quoi l'on pourrait ajouter que cette révolte commence par la prise de conscience de ses propres implications dans l'institutionnalisation. Et, comme me le souffle l'un de mes meilleurs accompagnateurs dans cette recherche, Frédéric Paulus, psychothérapeute, le rêver nous autorise à déborder un champ de connaissance, ou d'inconnaissance, pour avancer - Gravida, elle avance, dans le roman de Jansen et dans le commentaire, déjà cité, de Freud, (téléphone de l'île de La Réunion, ce 4 septembre 1998). Ne serait-ce que pour découvrir le plaisir de ce débordement hors de soi-même qui est une avancée vers soi-même, cela vaut la peine de s'endormir et de rêver, tel le jeune prince égyptien, entre les pattes du Sphinx.

 

(1) Encore que l'analogie (au sens de Simondon) mérite d'être examinée de plus près, on peut signaler, dans la théorie clinique, une recherche qui partant de "la troublante oscillation freudienne entre causalité matérielle et causalité psychique", emprunte au pragmaticisme de Pierce le concept d'abduction, ouvrant et en même temps confirmant ce que Freud avait suggéré quant au champ très vaste de la probabilité dans l'interprétation psychanalytique  (Bauleo, 1991).

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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