Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
La transduction
Deux auteurs institutionnalistes ont particulièrement exploré la notion de transduction: Henri Lefebvre et R. Lourau :
a).- H. Lefebvre
Dans La vie quotidienne dans le monde moderne, (Paris, Gallimard, Idées, 1968, p. 345-346), H. Lefebvre parle de la socio-analyse qui suppose une intervention dans la situation existante, la quotidienneté d'un groupe. L'intervention socio-analytique dissocie les aspects de la situation quotidienne, mêlés d'une fausse évidence, en un lieu et un temps. Elle associe des expériences jusque-là extérieures. Pour Lefebvre, la socio-analyse "procède par induction et transduction".
La transduction est une forme de logique présente fréquemment dans l'œuvre de Lefebvre du début des années 1960 jusqu'en 1969. Ainsi, dans la préface de la seconde édition de Logique formelle et logique dialectique, publiée en 1969, p. XXIII, H. Lefebvre écrit: "A côté de la déduction et de l'induction, la méthodologie approfondie dialectiquement devait présenter des opérations nouvelles, telles que la trans-duction, opération de la pensée sur/vers un objet virtuel pour le construire et le réaliser. Ce serait une logique de l'objet possible et/ou impossible".
Dans un article paru dans Architecture, formes, fonctions n°14 (1968), et repris dans Du rural à l'urbain, (1970, 3 éd. 2001, p. 155 à 157), Lefebvre propose une définition de la transduction, en signalant "l'urgence d'une transformation des concepts et des instruments intellectuels". Il reprend ici des formulations employées ailleurs. Il s'agit de faire la liste de certaines démarches mentales encore peu familières, mais qui sont indispensables : "a) La transduction. C'est une opération intellectuelle qui peut se poursuivre méthodiquement et qui diffère de l'induction et de la déduction classique, mais aussi de la construction de "modèles", de la simulation, des énonciations d'hypothèses. La transduction élabore et construit un objet théorique, un objet possible, à partir d'informations portant sur la réalité, ainsi que d'une problématique posée par cette réalité. La transduction suppose un feed-back incessant entre le cadre conceptuel utilisé et les observations empiriques. Sa théorie (méthodologie) met en forme les opérations mentales spontanées de l'urbaniste, de l'architecte, du sociologue, du politique, du philosophe. Elle introduit la rigueur dans l'invention et la connaissance dans l'utopie". (Le b) concerne l'utopie expérimentale).
Où Lefebvre développe-t-il pour la première fois la notion de transduction? C'est en 1961, dans le volume 2 de la Critique de la vie quotidienne intitulé Fondements d'une sociologie de la quotidienneté(p. 2). Ce texte est important à la fois par sa précision, et par le fait qu'il happe totalement à R. Lourau quand celui-ci reprend cette problématique en juin 1993, c'est-à-dire deux années après la mort de Lefebvre.
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org