Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Lancer une innovation pédagogique
Dès le début, j'ai été partie prenante de ce projet. Pour trouver un concept pédagogique qui permette de construire notre programme, nous avons créé un groupe de travail avec des psychologues, des universitaires, mais aussi des parents d'élèves surdoués. A ces personnes, se sont joints des professeurs du lycée qui s'intéressaient à ce chantier. L'entrée dans ce groupe était libre. Chacun pouvait décider s'il entrait dans le projet, ou pas.
Nous avons commencé à penser ce projet un semestre avant la première rentrée scolaire. Nous avions six mois pour expliciter ce que nous voulions faire, définir une conception. Tout ce travail de préparation était un réel engagement, car les enseignants prenaient sur leur temps libre pour organiser des réunions. Ce travail n'était pas payé. Personne parmi nous n'avait de théorie a priori.
L'apport d'Hans-Joaquim Gardyan
Nous avons fait appel à un enseignant qui avait dix années d'expérience avec des élèves surdoués dans une école privée expérimentale. C'est dans ses apports que nous avons puisé notre inspiration. Cette école pionnière était d'inspiration chrétienne. Cet homme, Hans-Joaquim Gardyan, nous a présenté sa conception de manière très vivante : il nous expliquait comment il travaillait avec les jeunes.
La base de sa conception était l'anthropologie chrétienne, ce qui voulait dire concrètement pour lui : prendre au sérieux chaque enfant, le soutenir, l'aider, même et surtout quand il rencontre des problèmes. Il a créé deux formules : «Nicht fur Jeden das Gleiche, sondern fur Aile das Beste», et «Fôrdern und Fordern». Ce qui signifie «Pas la même chose pour chacun, mais pour tous le meilleur», et «Faire progresser et exiger». «Fôrdern» (faire progresser) était à l'intention des faibles, ceux qui étaient les moins intelligents. Là, il appelait à un vrai soutien individuel. Il nous a fait comprendre que les surdoués sont des enfants qui rencontrent beaucoup de problèmes car s'ils sont avancés sur le plan intellectuel, ils sont souvent très en retard sur le plan affectif, relationnel, et tout particulièrement sur le plan émotif.
Je me souviens très bien, même si cela fait six ans maintenant, de l'impact intellectuel de son discours sur moi. J'ai déjà dit que je m'étais intéressée beaucoup à la personne. A cette époque, je travaillais à mon habilitation sur ce thème. Plusieurs de mes collègues vivaient des réticences par rapport à son discours. Ils disaient :
-Hans-Joaquim Gardyan vient d'une école privée, ce qu'il dit n'est pas transposable dans notre lycée. Même si son concept est attirant, il s'agit d'un fondement anthropologique chrétien. Il ne peut convenir pour nous...
Notre intervenant a souligné la différence à faire chez les élèves entre capacité et performance. Il disait qu'il fallait comprendre cette différence, et y voir le plus grand défi. Il tentait de montrer que le rôle des enseignants est de transformer des possibles, des capacités de l'enfant, en performances effectives.
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org