Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
S'assumer dans sa différence
J'ai eu besoin de mes six semaines de vacances pour accepter cette note. Et ensuite, je me suis dit :
-Trotzdem (cependant!), bien que l'inspecteur me juge mauvaise, je vais continuer dans le sens qui est le mien. Je vais développer "ma" pédagogie, celle en laquelle je crois profondément...
Pour terminer sur l'inspection, dans ma carrière de professeur, quatre années plus tard, j'ai été montée à 4, plus quatre années plus tard à 3, alors que d'ordinaire, en Bavière, il faut attendre huit ans entre le 4 et le 3, etc. Certains collègues ont commencé à 3, alors qu'il était de notoriété publique qu'ils faisaient de mauvais cours. Alors que j'étais la professeur de confiance (Vertrauenslehrerin), choisie par les élèves, je devais assumer l'injustice. J'ai renié ce système institutionnel établi selon des critères injustes. Les élèves me racontaient l'incompétence de certains collègues qui avaient des 2 ! Je suis restée révoltée. Et j'ai continué à développer ma pédagogie, dans le sens que je jugeais bon.
Durant cette période, en Bavière, on était dans un système traditionnel partout. Le professeur donnait des cours de 45 minutes, puis on changeait de cours. Pareil pour les élèves ! Il existe un livre qui décrit très bien ce système: dans l'école d'aujourd'hui, explique-t-il, il faut «einschalten, ausschalten, umschalten» («allumer, couper, changer»). C'est une histoire de moments imposés par le système, et qui fonctionne contre les personnes. C'est une forme de maltraitance, qui a aussi été critiquée en France, notamment par Michel Lobrot, dans son livre A quoi sert l'école? (1)
Cet enseignement était toujours dirigé par le professeur. Tout est centré sur le maître. 90 % du cours est dominé par une méthode qui s'appelle en allemand: Fragen entwicUender Unterricht (Leçons suscitant des questions). C'est le professeur qui pose des questions. Tu attends que les élèves donnent la réponse attendue. La logique de cette méthode est la convergence sur la pensée du maître. Cela risque d'exclure la pensée divergente.
Le professeur croit que toute la classe a compris, si un élève a donné le "mot" que le maître attendait. C'est une méthode totalement archaïque, mais qui a été massivement pratiquée. Ce système était dominant dans toutes les matières. Dans les lycées bavarois, on retrouvait cette méthode absolument partout !
(1) - Michel Lobrot, A quoi sert l'école?, Paris, Armand Colin, 1994.
Mis en ligne par Bernadette et Benyounès Bellagnech
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