Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
L'expérience de l'Ofaj
Si l'on voulait entrer ici plus avant dans un terrain où l'objet interculturel a été exploré, on pourrait montrer le travail que les Institutionnalistes ont engagé sur le terrain franco-allemand dès 1974.
L'Office franco-allemand pour la Jeunesse a été créé en 1963 par De Gaulle et Adenauer pour faciliter la rencontre des jeunes de deux pays qui s'étaient fait la guerre pendant 150 ans.
En 1973, une évaluation de l’'OFAJ avait mis à jour que les difficultés des groupes de jeunes franco-allemands venaient du fait que les animateurs des groupes étaient exclusivement formés à partir d'un enseignement des langues. Un bureau de la recherche et de la formation fut constitué pour explorer la dimension interculturelle des groupes de jeunes franco-allemands. Ce bureau chercha à recruter des universitaires, venant de plusieurs disciplines des sciences humaines: anthropologie, sociologie, linguistique. Au départ, l'accueil de l'université à cette demande, tant en Allemagne qu'en France, était plus que réticent.
Les seuls à accepter une première expérience furent les institutionnalistes de Paris 8 (G. Lapassade, R. Hess, P. Ville, L. Colin; R. Barbier rejoignit ce groupe après). Ils travaillèrent avec Burkhard Muller, un théologien et psychanalyste de Tubingen. Assez vite les ethnologues Robert Jaulin et Pascal Dibie (Paris 7) et le linguiste Jean-René Ladmiral s'associèrent à ce chantier. Du côté allemand, Hans Nicklas, de Francfort, entra dans le groupe de recherche. L'école interculturelle de l'OFAJ naissait.
Depuis cette époque, une vraie recherche s'est développée. 150 chercheurs ont contribué à des programmes de recherche, ainsi Gabriele Weigand, qui rejoint ce groupe en 1985.
Les 4 millions de jeunes allemands ou français, ayant participés aux rencontres financées par l'OfaJ, constituaient un terrain d'enquête d'une richesse étonnante. Ces rencontres mettaient en principe en présence autant de jeunes des deux pays. Cela signifiait que l'on pouvait faire des observations participantes de groupes. L'observation se faisait le plus souvent en participant à l'organisation même des dispositifs de rencontre. La coupure entre animateurs et chercheurs a pu disparaître, dans certains programmes.
Aujourd'hui, de nombreuses publications, tant en allemand qu'en français (1)sont disponibles pour évaluer le chemin parcouru (2). Nous y renvoyons. Dans ce groupe, le groupe des Institutionnalistes fut significatif. Il influença fortement les dispositifs de recherche élaborés.
Pour ne prendre qu'un exemple de programme, citons l'exemple de Biographies franco-allemandes que nous venons d'instituer. Ce programme commence en juillet 2007. Sa description pourrait être la suivante :
«L'éducation comparée a trop longtemps été exclusivement statistique, donc statique. Elle ne prend pas en compte les continua ni temporel, ni anthropologique du moment pédagogique ou éducatif. Nous faisons l'hypothèse que la recherche biographique est un complément de perception indispensable sur les dynamiques d'insertions nationales et internationales. Sur le terrain franco-allemand, un chantier biographique de personnalités ayant accomplies un destin franco-allemand a été conçu en 2000-2002, et expérimenté par R. Hess et Gabriele Weigand en 2000-2007 (3). Durant cette période, nous avons produit ensemble :
-nos deux histoires de vie croisées, conçues selon deux modèles différents, mais centrées sur l'éducation tout au long de la vie d'un professeur français et d'une enseignante allemande (4),
-l'échange de nos journaux professionnels,
-une correspondance scientifique qui compte plusieurs centaines de lettres.
Ces productions ont pour but de servir de références dans un programme de formation de jeunes chercheurs à la biographie scientifique, dans lequel un doctorant allemand et un doctorant français font ensemble la biographie d'une figure, d'une personnalité d'un des deux pays. A terme, ce programme se propose de conduire 60 biographies significatives (30 allemandes et 30 françaises) dans des disciplines et métiers différents. Les biographies (120 à 240 pages) seront publiées dans une collection spécifique (5).
Un financement de l'Office franco-allemand pour la Jeunesse, obtenu pour 3 ans, nous permettra de nous rencontrer régulièrement. Ce programme accueillera donc des jeunes chercheurs que nous formerons aux méthodes biographiques.
(1) Dans la "Bibliothèque européenne des sciences de l'éducation" (Armand Colin), Remi Hess et Antoine Savoye ont édité une vingtaine d'ouvrages entre 1989 et 1995, dont six rendent compte de la recherche de l'OFAJ : Jacques Demorgon, L'exploration interculturelle. Pour une pédagogie internationale. 1989, plusieurs fois réédité; Remi Hess, Gabriele Weigand, La relation pédagogique. 1994; Jean-René Ladmiral et Edmond Marc Lipiansky, La communication interculturelle, 1989, plusieurs fois réédité; Gérard Mauger, René Bendit et Christian von Wolffersdorff, Jeunesses et sociétés. Perspectives de la recherche en France et en Allemagne, 1994 Martine Abdallah-Pretceille et Alexander Thomas, Relations et apprentissages interculturels, 1995; Gabrielle Varro, Les couples mixtes et leurs enfants en France et en Allemagne, 1995.
A partir de 1996, Lucette Colin et Remi Hess fondent la collection «exploration interculturelle et science sociale», dans laquelle sont publiés : Lucette Colin et Burkhard Millier (éd.), La pédagogie des rencontres interculturelles, 1996 ; Jacques Demorgon, Complexités des cultures et de l'interculturel, 2 édition 2000; Jacques Demorgon, L’interculturation du monde, 2000; Jacques Demorgon, Critique de l'interculturel, 2005; Pascal Dibie et Christoph Wulf, (éd.) L'ethnosociologie des rencontres interculturelles, 1999; Florence Giust Desprairies et Burkhard Millier (éd.), La formation dans le contexte interculturel, 1998; Remi Hess, Christoph Wulf (éd.), Parcours, passages et paradoxes de l'interculturel, 1999; Remi Hess, Pédagogues sans frontière, écrire l'intérité, 1998; Remi Hess, Gabriele Weigand (éd.), L'observation participante dans les situations interculturelles, 2006.
(2) Christoph Wulf, «Les chemins de la recherche interculturelle, Remi Hess, l'Allemagne, l'Ofaj: du terrain à l'édition» (pp. 97-112). Anne-Marie Drouin Hans, «La traduction, modèle interprétatif pour l'interculturel» (pp. 112-130) in Mohamed Daoud et Gabriele Weigand, Quelle éducation pour l'homme total? Remi Hess et la théorie de moments, Op. cit.
(3) Ce projet a été présenté par R. Hess dans le cadre d'un colloque à Berlin en 2002 sur les sciences de l'éducation en Allemagne et en France (R. Hess, "Histoire de vie", in J. Beillerot, Christoph Wulf, L'éducation en France et en Allemagne, diagnostics de notre temps, Paris, L'Harmattan, 2003, pp. 57-70, traduction allemande : in Erziehungswissenschaftliche Zeitdiagnosen: Deutschland und Frankreich, Berlin, Waxman, 2003, pp. 44-54).
(4) Mohamed Daoud, Gabriele Weigand, Quelle éducation pour l'homme total ? Remi Hess et la théorie des moments (Constantine, 2007, 425 pages). Ce livre prend la forme d'un ouvrage collectif, où 25 proches de R. Hess décrivent chacun l'un de ses moments. La passion pédagogique, l'histoire de vie de G. Weigand, par R. Hess, à paraître.
(5) Equipe d'encadrement de ce projet: Remi Hess (Prof. Paris 8, Experice) Jean-Louis Le Grand (Prof. Paris 8, Experice), Kareen Illiade (doctorante Experice), pour la France ; Gabriele Weigand (Prof., Univ. Karlsruhe), Barbara Friebertshäuser (Prof. Univ. de Francfort), Lars Schmelter (junior professeur de Karlsruhe), pour l'Allemagne.
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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