Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Dimanche 17 décembre 2000, 8 h
Je viens de relire le compte-rendu détaillé que j’ai écrit du séminaire d’AI d’hier. Il me faut aller plus loin dans la réflexion. J’ai été conduit à parler de Lefebvre lors de mes interventions. Régine Angel m’a dit à la sortie que, dans son séminaire, Lourau n’avait jamais évoqué Lefebvre. Voulait-elle dire par là que Lefebvre ne comptait pas pour Lourau? Je ne pense pas. La fixation de l’étudiant sur le discours du professeur (son mot à mot) oublie de contextualiser une réflexion. J’aurais voulu parler d’herméneutique (terme employé par Jean-Louis Le Grand). C’est dans cette direction qu’il faut aller. Il y a, chez Dominique Samson et Régine Angel, une centration sur «les mots» de Lourau, mais le manque de contextualisation de la pensée, le manque de mise en perspective laisse sur sa faim. Cette visite a eu un mérite: me faire prendre conscience que si c’était moi qui avais dû exposer la question: «Écrire l’AI», je m’y serais pris autrement, mais comment?
René Lourau, Patrice Ville et moi-même avons été les derniers à nous battre pour faire avancer l’analyse interne de la recherche à Paris VIII. Les autres «institutionnalistes», pendant ce temps, faisaient des étiquettes pour l’archivage des ouvrages de la bibliothèque d’AI. Il faut se poser la question suivante: n’est-il pas temps de renouer avec la prophétie? Hier, la prophétie a été décrite comme une «contre sociologie» faite par tous. Un site Internet, une liste de discussion ne permettraient-elles pas de sortir des ghettos de la salle A428? Il faut penser une ouverture au mondial. Il faut penser une interaction avec le monde réel: les gens, la vie. L’Université, espace figé, a cristallisé trop d’énergies d’agents de développement social. Elle a imposé qu’ils se coupent de leur terrain. Il faut venir à la fac pour «suivre le tronc commun», pour suivre les cours. On est totalement inapte à travailler à distance avec les techniques modernes. C’est tout à fait lamentable. Il faut sortir de l’archaïsme. L’AI doit rester un courant intellectuel innovant, branché y compris sur les techniques nouvelles.
11 h
Je repense à une remarque de Régine Angel, qui ne trouve pas bon, le numéro de Pratiques de formation sur Lourau:
-Il est court!
-128 pages tout de même…
Régine fait la moue.
Ce numéro n’était pas exposé sur la table de presse.
J’aurais aimé aller plus loin dans le commentaire.
Actuellement, je tiens deux journaux: le journal d’AI et le journal de mes lectures germaniques. Ne faudrait-il pas écrire un journal d’éditeur où je noterai tout ce que je fais comme directeur de collection?
18 h
J’ai passé la journée à relire Le psychologue dans la cité. Ce livre est incontournable. Il montre que lorsque René Lourau rencontre Georges Lapassade, ce dernier a déjà mis au point tous les concepts de l’AI: sociologie d’intervention, instituant, institué, institutionnalisation, autogestion, inconscient politique. Quand on pense que toute l’AI existait déjà en 1962! Certes, en 1967, elle traversait une période de latence, mais quelques mois plus tard, tout était changé!
J’ai reçu un coup de fil de Christine qui a fait un triomphe à Louvain-la-Neuve (elle a vendu quarante exemplaires de son livre). Quand je pense que son article sur l’écriture de René Lourau n’a même pas été évoqué hier. En tout cas, ce passage au LRAI m’a stimulé. Je travaille dur. J’ai rangé tous mes livres d’AI aujourd’hui. Il me manque trois livres de René Lourau. J’ai feuilleté Institution and interpretation de Samuel Weber (1987); livre qui cite Lourau. Il peut donner des idées. J’ai relu aussi Daniel Laurent (1982). Intéressant. À reprendre: sa contextualisation de la pensée de Lourau est intéressante… Olivier Cotinaud était à Royaumont en 1962 et écrit un livre sur l’AI en 1976… Il y a des fils à suivre.
Remi Hess
http://lesanalyseurs.over-blog.org