Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Samedi 16 décembre 2000, midi
Mon carnet se termine. Il faut être concis. Hier soir vers 23 h 30, en sortant du débat de Clichy «Changeons d’éducation pour changer de société» (70 participants), nous avons été, Lucette et moi, à la fête donnée en l’honneur de Jean-Marie Brohm, à l’occasion de ses soixante ans.
Au moment où l’on arrivait, Georges Bertin avait mis une valse de Strauss. J’ai pressé le pas pour voir la danse… Je pensais inviter Lucette, mais une amie de Jean-Marie m’a sauté dessus. On s’est intégré tout de suite par la danse… Si René Lourau avait été là, il aurait invité Lucette… Cela avait un côté surréaliste… Lucette a été captée par Michel Bernard, qui a consacré de si belles pages à Lapassade et Lourau dans sa Critique des fondements de l’éducation… J’ai ainsi retrouvé beaucoup des institutionnalistes des années 1970… Cette bande qui travaillait sur la question du corps avec Françoise Lourau et les autres: François Gantheret, par exemple, est passé…
J’ai eu une discussion longue et prolongée avec Marc Perelman, professeur d’université, qui a un Institut universitaire professionnel sur les métiers du livre à Saint Cloud. Il dirige les Éditions de la passion. Tout naturellement, la discussion est venue sur Lefebvre et Lourau. Les Éditions de la passion seraient intéressées de rééditer L’analyse institutionnelle. Ils voulaient aussi refaire La production et l’espace. J’ai eu de la chance de passer avant. Cette discussion sera prolongée. On s’est promis de se revoir.
Patrick Vasseur, prof à Caen dans l’UFR de mon cousin Damien Davesne, a également sympathisé avec moi. Il est spécialiste de sociologie politique. Il a de gros problème avec Damien, qu’il juge «scientiste». Le climat était «marxiste». Par exemple, il y avait Boris Fraenkel qui, malgré ses 80 ans, n’a pu s’empêcher de me dire:
-Pourquoi t’intéresses-tu à Lefebvre? Tu n’est pas marxiste!
Boris m’a fait raconter ma relation avec Lefebvre. Il ne savait pas que j’ai fait un livre sur lui. Je lui ai dit:
-Actuellement, je trouve que cela manque d’intellectuels capables de repenser politiquement le monde actuel. J’ai envie de me replonger dans le marxisme…
Il était dubitatif. On a dû se séparer, car il devait être une heure du matin et il avait trouvé une voiture pour rentrer à Montreuil, où il habite.
Pour moi, Boris c’est celui que l’on a fait entrer avec Lapassade, Patrice et Antoine au département des sciences de l’éducation en 1974 et qui, quatre mois après son élection, proposait l’exclusion de notre groupe, recevant alors l’appui de tous les staliniens du département! Boris est trop vieux pour que je lui montre le lien entre Marx et Lourau. Lorsque mes livres paraîtront sur cette question, il risque de ne plus être en mesure de changer sa «Weltanschauung»! J’ai eu le temps de lui parler de Kurt Meyer et Müller-Schöll. Pendant ce temps, Lucette parlait avec Jacques Ardoino.
Samedi 16 décembre 2000, 14 h 30
En arrivant à Paris VIII, je vais porter deux cartons de thèses dans la salle 428. Je rencontre Thierry, un étudiant qui veut s’inscrire avec moi en DEA et que je refuse pour des raisons de saturation. On part ensemble dans la salle 2278 (salle de recherche). Au moment où l’on arrive, il y a un tour de table. Les gens se présentent. On est dix-huit dans la salle. Une table de presse a été préparée. Les numéros des Dossiers pédagogiques sont exposés, ainsi que de vieux numéros de Pratiques de formation. Dominique Samson fait une thèse (L’ombre de l’auteur, dans l’écriture) sous la direction d’Antoine et Patrice… Régine Angel prépare une thèse sur l’institution de la thèse, avec Antoine. Ce sont elles qui parlent du sujet:«Écrire l’analyse institutionnelle»…
Georges Lapassade survient dans le séminaire. Il parle de l’implication:
-Pourquoi Lourau ne cherche pas les matériaux d’une théorie de l’implication dans la socianalyse ou dans l’analyse institutionnelle? se demande-t-il.
Et il répond:
-Parce qu’elle n’existe pas.
Gilles n’est pas d’accord.
À la fin, on a l’impression que les gens sont contents. Personnellement, j’étais venu pour trouver des solutions aux problèmes techniques d’écriture que je me pose… J’ai l’impression que l’idée d’aller chercher du côté de la méthode régressive progressive, solution à la question de l’exposé d’une recherche, ne concerne pas ces étudiantes.
Remi Hess
http://lesanalyseurs.over-blog.org