Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

Qu'est-ce que l'analyse institutionnelle? Penser, agir après la mort de René Lourau (24)

Mercredi 13 décembre 2000, 9 h

 


Je profite du tennis de Romain pour écrire quelques nouvelles pages. Hier midi, déjeuner avec Pascal Dibie, Lucette, Christine Delory et Véronique… Pascal annonce qu’il contribue à un ouvrage de Malory qui va paraître chez Economica. Le soir, dîner avec Jean Pavlevski qui m’annonce qu’il a rencontré J. Malory :

- Tu connais Malory?

- Oui, et je peux même te dire que tu vas publier un livre de lui chez Economica.

 


En fait, je trouve que ce serait mieux de l’éditer dans une collection «Anthropologie historique» chez Anthropos!

 


Jean est soufflé :

-Comment sais-tu tout cela?

Finalement, Jean accepte une nouvelle collection «Anthropologie», où l’on pourra placer Christoph, Lefebvre et Malory. Le projet reste à engager, mais il est accepté sur le principe.

 


Ce matin un message de Christine sur mon répondeur. Il me faut la rappeler. Je la rappelle…

Les institutionnalistes de la huitième génération viennent de découvrir que l’article de Gaby Weigand qui leur a été rendu sur l’institutionnalisation est déjà paru sous mon nom dans Pratiques de formation. Stupéfaction! Ils demandent des explications à Christine, qui ne peut pas leur en donner. Elle est aussi surprise qu’eux.

 


Romain s’éclate totalement. Il n’y a que cinq enfants aujourd’hui et le prof peut les faire travailler individuellement.

 


Qu’écrire d’autre? Véronique occupe beaucoup de mon temps. Elle veut ranger les papiers avec moi. Elle a raison. On classe tout. On range tout. Dans deux ou trois semaines, on aura supprimé tous les papiers inutiles à la maison. Tout doucement, les documents sont regroupés par thème. Hier, on a passé toute la journée à répondre à des courriers urgents. Certains dataient de janvier dernier. Il faut comprendre ce chantier accumulé comme une incapacité, chez moi, à ne pas ouvrir des perspectives nouvelles. Je préfère commencer des livres nouveaux, des articles, des textes plutôt que de me plonger dans le rangement, et de conclure, de boucler mes dossiers. Mon bureau, rangé, me permettra de mieux vivre au présent. Il faut que je raconte à Odile le boulot que réalise sa fille. C’est considérable!

 


J’arrive à la fin de mon second carnet. Dois-je en ouvrir un troisième? Je n’ai pas envie de m’arrêter pour une question de cadre. Mais en même temps, je ne pensais pas poursuivre cette réflexion plus d’un an, après la mort de René.

 


Hier, en lisant Kurt Meyer, je pensais, que le travail de Lefebvre à l’intérieur du Parti Communiste entre 1928 et 1958 a souvent pris la forme d’une analyse interne. C’est ce que je dégage de ma lecture des chapitres sur le stalinisme. Kurt Meyer ne comprend pas que Lefebvre n’ait pas quitté le Parti en 1938, en 1945, etc. Pourquoi a-t-il attendu d’être suspendu pour partir? En fait, je crois que la logique de Lefebvre a été le combat de l’intérieur contre le dogmatisme, contre le stalinisme. Ce qu’il fit pour faire paraître le livre sur l’esthétique (refusé par la censure), à savoir mettre en exergue une phrase de Jdanov (le censeur stalinien) d’une banalité totale, et en même temps une phrase de Karl Marx qu’il avait totalement inventé: «L’art est la plus belle joie que l’homme se donne à lui-même» ressemble beaucoup au dispositif que j’ai construit avec Les cahiers de l’implication. L’exclusion de H. Lefebvre du Parti a certainement une cause proche (le rapport Khrouchtchev que Lefebvre avait lu à Berlin et que les communistes français considéraient comme un faux écrit par Henri), mais aussi cette histoire de fabrication d’une phrase de Marx qui ridiculisait totalement la censure soviétique. Il montrait ainsi qu’il suffisait d’écrire deux phrases en exergue, pour faire passer un texte refusé quatre ans durant. Qu’est-ce qu’un comité de lecture? Comment fonctionne la censure? etc. Qu’est-ce que le pouvoir des censeurs?

 

 

Vendredi 15 décembre 2000, 8 h

 


Hier, lors de mon séminaire, à des étudiants qui me demandaient de réinvestir l’AI, j’expliquais que mon objet cette année serait la rencontre de trois courants de pensée: l’AI, l’interculturel et l’éducation nouvelle. À midi, j’avais déjeuné avec Isabelle Nicolas (de Limoges) qui travaille sur l’esperanto et Ourega. Celui-ci a acheté les deux livres de Lefebvre, ainsi que le n°40 de Pratiques de formation sur Lourau. Je lui ai montré que l’on parlait de lui dans ce numéro.

 


Danielle Lemeunier m’a donné le Nouveau Testament de Georges. Il confie sa maison au diocèse et me donne ses livres, les droits d’auteurs et ses archives - à titre particulier. C’est une solution meilleure pour moi que la précédente. Georges m’a appelé pour me demander le soir quelques informations sur mon texte L’analyseur Mayotte. Il préférerait L’analyseur mahorais… Je lui ai dit que j’avais trouvé son testament et que je le remerciais des dispositions qu’il avait prises à mon endroit. Il s’est contenté de dire: «Mets cette enveloppe en bonne place». Et il a raccroché.

 


Le soir, nous étions, Lucette et moi, à un cocktail organisé par la librairie Marie vaut d’âge. La conversation est arrivée sur Georges. Tout le monde connaissait son livre sur le Rap. Quelqu’un a parlé de La découverte de la dissociation. Enthousiaste… C’est vrai que c’est un grand livre!

 

 

17 h

 


Lucette, rentrant de la fac, m’annonce que Georges, avant de prendre ses dispositions testamentaires a pris conseil auprès de René Barbier qui a trouvé bonne la solution adoptée. En rangeant, Véronique et moi, nous avons retrouvé l’Ancien Testament, qui datait du 4 décembre 1998. Je l’ai archivé avec le nouveau. J’ai retrouvé également le manuscrit de Georges intitulé Itinéraire. Il est prêt à la fabrication. C’est un bon livre, mais son coût de fabrication sera élevé. Il faut tout frapper. Je voudrais pourtant en parler à Jean Pavlesvski. Il aurait sa place dans la collection «Anthropologie». Ce serait bien de le faire sortir en 2001. Cette collection aurait beaucoup d’allure. Le travail de rangement avance à grands pas. Je vais bientôt pouvoir écrire. Les chantiers se démarquent les uns des autres au fur et à mesure que les archives se structurent.

 


La théorie des moments passe par une exploration des principes de rangement d’une maison. Aujourd’hui j’ai été faire faire des petits rayonnages supplémentaires pour mon meuble de rangement. Du coup, j’ai pu dissocier «thèses soutenues, mais dont le rapport reste à faire» des «thèses à soutenir». Ce sont des petites choses, mais, avec les étiquettes que Véronique prépare, on va pouvoir avancer.

 


On a fait aussi des dossiers Lefebvre, Lapassade, Delory, Étudiants étrangers, Sans Papiers, etc. Il reste à ranger les papiers de l’université. Une fois que ce travail sera fait, il faudra que je demande à Véronique de s’attaquer aux archives de Lapassade. L’idée serait de travailler avec Georges lui-même au classement de ses textes, de sa documentation. Si l’on faisait cela à trois, cela irait assez vite. Je suis sûr que l’on pourrait sortir des livres pratiquement faits. Je pense qu’il est utile pour Georges et pour nous, ses disciples, de l’aider à sortir de son vivant des livres qui sont élaborés. Cela me pose un problème. J’étais sur le point de me mettre à mon œuvre de maturité, et cela risque de ralentir mon engagement sur mon propre terrain. Je vais tenter de parler de cela avec Georges, car si moi je puis l’aider à travailler, sa présence de lecteur m’aide considérablement dans l’évaluation de ce que je produis (cf. ses commentaires sur Mayotte).

 


Avec Lucette, on explore les ressources des catalogues des fournisseurs de l’université… Les boîtes à rangement de dossiers sont d’une grande détermination pour l’ordonnancement des idées. Aujourd’hui, la question qui s’est posée à plusieurs reprises était le sens productif que pouvait prendre un dossier.

 


J’ai lu les passages de Meyer sur la conception de l’œuvre que construit Lefebvre (pp. 112-115). Faire ces lectures, en pratiquant le rassemblement de pièces qui peuvent s’agencer dans un livre, une autobiographie, est tout à fait important.

 


J’aurais envie d’écrire en allemand. Ce que je note en français, je pourrais le formuler en allemand. J’ai envie que Gaby participe à cet événement du surgissement d’une renaissance de l’AI à travers ce rapprochement productif avec Georges. Nous avons fait des entretiens tous les trois à Sainte Gemme. Il faut les poursuivre.

 


Je vais devoir me préparer. Je fais ce soir une conférence à Clichy. Je vais retrouver à la table ronde Marie-Danielle Pierrelé (que je n’ai pas vu depuis quelques temps), Hélène Zanier, Bruno Mattei et Gabriel Cohn-Bendit. Si tout le monde est là, ce sera un événement intellectuel. On doit parler d’éducation nouvelle. C’est un atelier des États Généraux de l’écologie politique. Avant de partir, Véronique a voulu organiser son travail de lundi et mardi. Lucette a participé. On a retrouvé un meuble plein de dossiers qui recoupent ceux que l’on a classés aujourd’hui. J’ai retrouvé un dossier Lourau avec nos échanges épistolaires à propos de l’édition d’Implication et transduction et de La clé des champs… Quand on remue ainsi des vieux papiers, on mesure combien le quotidien peut se transmuer en histoire… Il y a un an, ces papiers n’avaient pas le même sens. Mes relations à René Lourau étaient celles de deux êtres engagés ensemble dans une lutte politique pour faire inscrire une étudiante étrangère que les bureaucrates nous empêchaient d’inscrire.

 


Remi Hess

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article